Carney s’adresse aux Canadiens : « Les États-Unis ont changé, le Canada doit réagir »
Auteur: Simon Kabbaj
Un tournant radical dans la relation canado-américaine

C’est une déclaration qui marque un avant et un après. Dans une allocution vidéo de dix minutes diffusée ce dimanche, le Premier ministre canadien Mark Carney a annoncé un changement de cap majeur pour son pays. Autrefois considérée comme une force, la dépendance économique du Canada envers les États-Unis est désormais perçue comme un handicap. Un handicap qu’il est urgent de corriger.
Le ton est grave, le message sans équivoque. Le Premier ministre a exposé les efforts de son gouvernement pour solidifier l’économie canadienne en attirant de nouveaux investissements et en concluant des accords commerciaux avec d’autres nations. Pour lui, le constat est clair : le partenaire américain n’est plus aussi fiable qu’auparavant.
« Le monde est plus dangereux et plus divisé », a affirmé Mark Carney. Face à cette nouvelle réalité, il estime que le Canada doit impérativement revoir sa stratégie. Une stratégie qui, pendant des décennies, a reposé sur la proximité avec son puissant voisin du sud.
Les raisons d’une prise de distance nécessaire

Pourquoi ce revirement soudain ? Mark Carney pointe directement du doigt la politique commerciale américaine. « Les États-Unis ont fondamentalement changé leur approche du commerce, augmentant leurs droits de douane à des niveaux jamais vus depuis la Grande Dépression », a-t-il précisé. Cette analyse l’amène à une conclusion brutale : « Beaucoup de nos anciennes forces, basées sur nos liens étroits avec l’Amérique, sont devenues des faiblesses. Des faiblesses que nous devons corriger. »
Les conséquences de cette politique se font déjà sentir. Le Premier ministre a rappelé que les droits de douane imposés par le président américain Donald Trump ont durement touché les travailleurs des industries automobile et sidérurgique. De plus, les entreprises hésitent à investir, « bridées par le voile d’incertitude qui pèse sur nous tous ».
Au-delà de l’économie, les tensions sont aussi d’ordre politique. De nombreux Canadiens ont été irrités par les commentaires de Donald Trump suggérant que le Canada devienne le 51e État américain, ajoutant une dimension sensible à ce dossier déjà complexe.
Un plan d’action pour l’autonomie canadienne

Face à ce constat, Mark Carney refuse l’immobilisme. Il a promis de tenir les Canadiens régulièrement informés des efforts de son gouvernement pour diversifier l’économie et réduire la dépendance vis-à-vis des États-Unis. « La sécurité ne peut être atteinte en ignorant l’évidence ou en minimisant les menaces très réelles auxquelles nous, Canadiens, sommes confrontés », a-t-il martelé, avant d’ajouter : « Je vous promets que je n’édulcorerai jamais nos défis. »
Son plan d’action est clair : le Canada doit se recentrer sur ses propres forces. « Nous devons prendre soin de nous-mêmes car nous ne pouvons pas compter sur un seul partenaire étranger », a-t-il déclaré. Le Premier ministre a détaillé une série de mesures ambitieuses : attirer de nouveaux investissements, doubler la capacité de production d’énergie propre, et réduire les barrières commerciales à l’intérieur même du pays. Il a également mis en avant l’augmentation des dépenses de défense, la réduction des impôts et les efforts pour rendre le logement plus abordable.
L’idée centrale est de reprendre la main. « Nous ne pouvons pas contrôler les perturbations venant de nos voisins. Nous ne pouvons pas contrôler notre avenir dans l’espoir que cela s’arrêtera soudainement », a-t-il insisté. « Nous pouvons contrôler ce qui se passe ici. Nous pouvons bâtir un pays plus fort, capable de résister aux perturbations venues de l’étranger. » Pour lui, se contenter d’espérer que « les États-Unis reviendront à la normale » n’est pas une option viable. Sa formule est lapidaire : « L’espoir n’est pas un plan et la nostalgie n’est pas une stratégie. »
Un avertissement qui ne date pas d’hier

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Cette prise de position n’est pas une surprise totale pour ceux qui suivent la carrière de Mark Carney. Avant de devenir Premier ministre, il a été gouverneur de la Banque du Canada, puis de la Banque d’Angleterre, ce qui lui confère une expertise reconnue sur les grands équilibres mondiaux.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il évoque un basculement du pouvoir mondial. En janvier, lors d’un discours au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, il avait été largement applaudi pour avoir condamné la coercition économique exercée par les grandes puissances sur les petits pays.
Ces remarques lui avaient valu une réplique cinglante de Donald Trump. « Le Canada vit grâce aux États-Unis », avait lancé le président américain après le discours. « Souviens-toi de ça, Mark, la prochaine fois que tu feras tes déclarations. » Dimanche, la Maison Blanche n’a pas réagi dans l’immédiat à la nouvelle allocution du Premier ministre canadien.
Un contexte politique tendu et des échéances cruciales
L’intervention de Mark Carney survient à un moment politique clé. Il vient de s’assurer un gouvernement majoritaire suite à des victoires lors d’élections partielles. Dans le même temps, l’opposition conservatrice le presse de conclure un accord commercial avec les États-Unis, une de ses promesses lors des élections de l’année dernière.
Une échéance importante se profile à l’horizon : une révision de la version actuelle de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui lie le Canada, les États-Unis et le Mexique, est prévue pour le mois de juillet. La déclaration du Premier ministre place donc les jalons d’une négociation qui s’annonce tendue.
Rappelant l’histoire, Carney a souligné que le Canada a « été un excellent voisin », se tenant aux côtés des États-Unis dans des conflits comme l’Afghanistan et les deux guerres mondiales. Mais le temps de la fidélité inconditionnelle semble révolu. « Les États-Unis ont changé et nous devons réagir », a-t-il conclu. Le mot d’ordre est désormais clair : « Il s’agit de reprendre le contrôle de notre sécurité, de nos frontières et de notre avenir. »
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