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En fouillant une colline, des archéologues découvrent une “usine” datant de 125 000 ans
Crédit: lanature.ca (image IA)

Bien avant Ford, l’invention de la production de masse

L’image de la chaîne de montage, on la doit en grande partie à Henry Ford, en 1913. Une révolution industrielle. Pourtant, l’idée de produire en série pour optimiser les ressources est bien plus ancienne. Une étude publiée dans la revue Science Advances nous transporte 125 000 ans en arrière, révélant que nos lointains cousins, les Néandertaliens, opéraient déjà ce que l’on pourrait appeler des « usines à graisse » pour extraire la précieuse moelle osseuse nécessaire à leur alimentation.

Cette découverte majeure suggère une compréhension bien plus fine qu’on ne l’imaginait de leur régime de survie. Les habitants de ce site préhistorique étaient capables non seulement de comprendre leur environnement, mais aussi de planifier à l’avance la chasse et la collecte des ressources. Une organisation qui bouscule bien des idées reçues.

Voyage à Neumark-Nord, un paysage figé dans le temps

Ces recherches récentes, menées par l’Université de Leyde, viennent enrichir des décennies de travaux sur le site archéologique de Neumark-Nord, près de Leipzig, en Allemagne. Il y a environ 125 000 ans, la Terre connaissait une période interglaciaire, avec un climat très semblable au nôtre. Un cadre de vie que les Néandertaliens avaient su exploiter.

Les recherches antérieures sur ce même site avaient déjà montré qu’ils chassaient et dépeçaient des éléphants à défenses droites dans la région. Une communication de l’Université de Leyde précise qu’il existe également des preuves de l’utilisation de plantes, bien que ces vestiges organiques soient rarement conservés. D’autres études avaient même prouvé que les habitants utilisaient le feu pour gérer la végétation. Cette nouvelle découverte ne fait que confirmer une idée : l’homme de Néandertal a longtemps été sous-estimé.

Au cœur de l’usine : le traitement méthodique des os

Que se passait-il exactement dans cet atelier préhistorique ? Les archéologues ayant mené les dernières fouilles ont constaté que les Néandertaliens avaient délibérément choisi cet emplacement au bord du lac pour traiter les os d’au moins 172 mammifères. Parmi eux, des cerfs, des chevaux et des aurochs, une espèce de bovin aujourd’hui disparue.

Leur méthode était double. D’abord, ils cassaient les os des grands mammifères pour en extraire directement la moelle. Ensuite, ils broyaient les os restants en milliers de fragments qu’ils faisaient chauffer dans de l’eau. Le but ? Extraire la graisse osseuse, une substance extrêmement riche en calories. Ces découvertes repoussent de plusieurs milliers d’années les estimations concernant la mise en place de stratégies avancées de collecte des ressources.

Des esprits calculateurs, pas seulement des chasseurs

Ce qui frappe les chercheurs, c’est le degré d’organisation. Lutz Kindler, premier auteur de l’étude, l’a affirmé dans le communiqué de presse : « C’était intensif, organisé et stratégique. Les Néandertaliens géraient clairement les ressources avec précision — planifiant les chasses, transportant les carcasses et extrayant la graisse dans une zone dédiée à cette tâche. Ils comprenaient à la fois la valeur nutritionnelle de la graisse et comment y accéder efficacement — ce qui impliquait très probablement de mettre en cache des parties de carcasses dans le paysage pour les transporter et les utiliser plus tard sur le site de traitement de la graisse. »

Les experts pensent que les Néandertaliens avaient conscience d’un certain « quota de graisse » à atteindre pour que ce processus, littéralement éreintant, en vaille la peine. Les auteurs de l’article insistent sur la quantité impressionnante d’herbivores que les Néandertaliens de Neumark-Nord devaient chasser, démontrant leur capacité à anticiper et à exploiter leur environnement de manière efficace.

Une fenêtre archéologique d’une richesse exceptionnelle

Si cette étude a pu livrer autant de détails, c’est grâce à une particularité rare du site. Ce n’est pas seulement un campement qui a été préservé, mais un paysage entier. Une aubaine pour les scientifiques qui peuvent ainsi étudier comment les Néandertaliens influençaient leur environnement dans sa globalité.

Fulco Scherjon, chercheur impliqué dans le projet, l’a souligné dans le communiqué : « L’étendue énorme et la préservation exceptionnelle du complexe du site de Neumark-Nord nous offrent une occasion unique d’étudier comment les Néandertaliens ont influencé leur environnement — la flore comme la faune. C’est extrêmement rare pour un site aussi ancien — et cela ouvre des perspectives passionnantes pour les recherches futures. » Le livre de l’histoire de Néandertal est donc loin d’être refermé.

Selon la source : popularmechanics.com

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