Les sondes Voyager de la NASA ont détecté un « mur » à 30 000–50 000 K aux confins du Système solaire
Auteur: Mathieu Gagnon
L’origine d’une mission spatiale au long cours
L’aventure spatiale moderne trouve ses racines dans un projet d’exploration lancé en 1977. La NASA déploie alors les sondes Voyager avec un objectif précis : étudier les confins du Système solaire et analyser le milieu interstellaire qui s’étend entre les étoiles.
En progressant vers ces zones éloignées, ces deux engins ont fini par atteindre une barrière thermique distincte à la frontière de notre système d’origine. Lors de leur passage au travers de cette délimitation spatiale, les capteurs embarqués ont enregistré des températures de l’ordre de 30 000 à 50 000 kelvins, ce qui correspond à une échelle de 54 000 à 90 000 degrés Fahrenheit.
Ces données de température expliquent l’expression de mur de feu régulièrement utilisée pour décrire cette zone de l’univers. Précisons qu’une version antérieure du présent article détaillant cette observation a initialement été publiée en juin 2025.
Les différentes manières de concevoir la frontière

Déterminer la fin exacte du Système solaire soulève plusieurs questions de délimitation cosmique. Une première approche consiste à situer cette limite là où s’arrêtent les planètes, ou encore au niveau du nuage d’Oort. Ce dernier représente la frontière marquant l’influence gravitationnelle du Soleil, au sein de laquelle certains objets peuvent encore amorcer un retour en direction de notre étoile.
Une seconde méthode de définition se base sur l’étendue du champ magnétique solaire. L’extrémité est alors considérée comme la zone où ce champ vient s’écraser contre le milieu interstellaire, une région spécifique que les scientifiques désignent sous le nom d’héliopause.
« Le Soleil envoie un flux constant de particules chargées appelé le vent solaire, qui voyage finalement au-delà de toutes les planètes jusqu’à environ trois fois la distance de Pluton avant d’être entravé par le milieu interstellaire », explique la NASA. « Cela forme une bulle géante autour du Soleil et de ses planètes, connue sous le nom d’héliosphère. »
La mécanique complexe de l’héliopause

L’héliopause se situe géographiquement juste au-delà de cette immense bulle protectrice. « La frontière entre le vent solaire et le vent interstellaire est l’héliopause, où la pression des deux vents est en équilibre. Cet équilibre de pression fait que le vent solaire rebrousse chemin et s’écoule le long de la queue de l’héliosphère », poursuit la NASA.
Cette interaction génère un phénomène physique identifiable dans le vide spatial. « Alors que l’héliosphère fend l’espace interstellaire, un choc d’étrave se forme, semblable à ce qui se forme lorsqu’un navire fend l’océan. »
Sur le plan de la chronologie, le 25 août 2012 constitue une date majeure. Voyager 1 devient alors le premier vaisseau spatial à dépasser l’héliosphère pour franchir l’héliopause. La sonde Voyager 2 effectue la même traversée au cours de l’année 2018. Avant le passage de ces appareils, les chercheurs ignoraient la localisation exacte de cette démarcation cosmique.
Une barrière thermique mouvante et peu dense

Le fait que les deux machines aient percuté cette frontière à des éloignements variables a permis d’étayer plusieurs prédictions théoriques. « Les scientifiques s’attendaient à ce que le bord de l’héliosphère, appelé l’héliopause, puisse se déplacer au fur et à mesure que l’activité du Soleil change, un peu comme un poumon se dilate et se contracte avec la respiration », explique un communiqué de la NASA. « Ceci était cohérent avec le fait que les deux sondes ont rencontré l’héliopause à des distances différentes du Soleil. »
Malgré l’appellation courante de mur, il ne s’agit pas d’un bord rigide. Les engins y ont toutefois enregistré la présence de températures mesurant de 30 000 à 50 000 kelvins, soit de 54 000 à 90 000 degrés Fahrenheit.
Le maintien en fonction du matériel s’explique par les caractéristiques de l’environnement. Si les particules mesurées par les instruments s’avèrent extrêmement énergétiques, cette région de l’espace demeure très peu pourvue en particules. Les risques de collision s’avèrent si faibles qu’une quantité insuffisante de chaleur a pu être transférée au duo de sondes pour les endommager.
Des relevés inédits sur le magnétisme extérieur

Près de 50 ans après leur lancement, les sondes Voyager continuent de transmettre des informations en provenance de l’autre côté de ce mur. À l’heure actuelle, elles demeurent les deux uniques appareils à avoir franchi cet espace interstellaire. Elles ont rapporté plusieurs éléments imprévus lors de notre premier aperçu hors du Système solaire.
Ces observations permettent d’affiner la compréhension des forces en présence. « Une observation par l’instrument de champ magnétique de Voyager 2 confirme un résultat surprenant de Voyager 1 : le champ magnétique dans la région juste au-delà de l’héliopause est parallèle au champ magnétique à l’intérieur de l’héliosphère », a expliqué la NASA, peu après la révélation de l’une de ces surprises.
L’apport croisé de ces expéditions consolide l’analyse des astrophysiciens de l’agence spatiale. « Avec Voyager 1, les scientifiques n’avaient qu’un seul échantillon de ces champs magnétiques et ne pouvaient pas dire avec certitude si l’alignement apparent était caractéristique de toute la région extérieure ou juste une coïncidence. Les observations du magnétomètre de Voyager 2 confirment la découverte de Voyager 1 et indiquent que les deux champs s’alignent. »
Selon la source : iflscience.com