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Un équipage simulant une mission martienne dépasse les 200 jours en subissant une « perte de signal » avec la Terre
Crédit: NASA

Le cap des 200 jours sous silence radio

credit : lanature.ca (image IA)

L’agence spatiale américaine prépare activement l’envoi d’êtres humains vers la planète rouge. Pour anticiper les difficultés que rencontreront les futurs astronautes, la NASA organise des missions simulées reproduisant les conditions martiennes, avec leur lot de défis, d’épreuves et de délais de communication. L’humanité n’est pas encore prête à faire le grand saut, mais ces exercices permettent d’emmagasiner des connaissances essentielles sur le comportement humain dans l’espace lointain.

La deuxième itération de ce programme a franchi son cap de la mi-parcours. En effet, le 7 mai, la mission CHAPEA 2, acronyme de Crew Health and Performance Exploration Analog, a atteint son 200e jour de simulation. Actuellement, les participants traversent une période d’isolement particulière, marquée par une coupure totale et programmée des communications avec le monde extérieur.

La vie à bord de la structure imprimée en 3D

Les quatre membres de l’équipage ont intégré la base le 19 octobre 2025. Cette installation, nommée Dune Alpha, consiste en un habitat de 158 mètres carrés, soit 1 700 pieds carrés, entièrement fabriqué grâce à la technologie de l’impression en 3D. Le groupe devrait terminer son séjour juste à temps pour la fête d’Halloween, achevant ainsi un périple immobile d’une durée totale de 378 jours. L’équipe se compose du commandant Ross Elder, de l’officier scientifique Matthew Montgomery, de l’ingénieur de vol James Spicer et de l’officier médical Ellen Ellis.

Le déroulement de l’opération se poursuit de manière optimale. Les membres ont déjà mené à bien des opérations robotiques, assuré l’entretien de leur habitat et cultivé des plantes. La responsable médicale s’est exprimée dans un communiqué : « Je suis fière des accomplissements de l’équipage au cours des 200 derniers jours — affrontant chaque défi avec courage et trouvant de nouvelles façons d’améliorer notre performance et notre efficacité quotidiennement, » précise Ellen Ellis. James Spicer abonde dans ce sens : « Nous abordons chaque jour en nous engageant à faire notre meilleur travail, que nous fassions une sortie spatiale simulée, de la géologie, de l’exercice, une activité médicale, ou quoi que ce soit entre les deux, » souligne-t-il, avant d’ajouter : « Ce qui nous garde motivés, c’est de savoir que nous contribuons directement aux objectifs d’exploration de l’espace lointain de la NASA. »

La simulation minutieuse des contraintes spatiales

credit : lanature.ca (image IA)

L’isolement dans la structure Dune Alpha s’accompagne de ressources limitées et de défaillances matérielles programmées. Les participants font l’expérience du confinement et des retards de communication inhérents aux distances interplanétaires. Ces décalages durent entre 5 et 20 minutes, reproduisant fidèlement l’amplitude des délais observables depuis Mars.

Une étape particulièrement difficile est en cours : l’équipe traverse une simulation de perte de signal d’une durée de deux semaines. Ce scénario reproduit le phénomène naturel qui survient lorsque la planète rouge passe derrière le Soleil depuis le point de vue de la Terre. Durant cette quinzaine, les opérations planifiées continuent normalement, mais tout contact direct avec le centre de contrôle est rompu. Ce dernier garde bien entendu un œil sur l’ensemble des activités à distance. L’officier scientifique aborde les difficultés de l’exercice : « Avoir des ressources limitées, que ce soit des outils, des équipements, des logiciels, des fournitures, ou pas d’internet, limite vraiment ce dont vous disposez pour résoudre les problèmes, » explique Matthew Montgomery. Il conclut : « Trouver des solutions créatives et intelligentes a été à la fois difficile et gratifiant. »

Les défis médicaux et écologiques à résoudre

Les missions habitées à long terme exigent de surmonter d’immenses défis. Les personnes qui envisagent de passer une période prolongée sur un autre monde doivent anticiper ces problématiques pour y apporter des solutions durables. Le livre primé A City on Mars soulève ces questions et explore ce qui attend les futurs voyageurs de l’espace. Le docteur Kelly Weinersmith, co-autrice de l’ouvrage, confie lors d’une interview exclusive accordée à IFLScience : « La première grande surprise pour moi a été de voir à quel point nous en savons peu sur la médecine spatiale qui est pertinente pour la vie dans une colonie spatiale. Des centaines d’astronautes sont allés dans l’espace à bord de stations en orbite autour de la Terre, et je supposais que nous avions appris la majeure partie de ce que nous avions besoin de savoir grâce à ces astronautes et aux expériences qu’ils ont menées en orbite, » détaille-t-elle.

Zach Weinersmith, le co-auteur du livre, pointe du doigt un domaine d’ingénierie précis. « Ce dans quoi j’investirais immédiatement serait ce que l’on appelle les écologies en boucle fermée. Ce sont des systèmes dans lesquels vous avez essentiellement un conteneur scellé et vous y créez un écosystème, » affirme-t-il. Il précise l’ampleur du défi technique : « En gros une mini-Terre. Nous ne l’avons fait que quelques fois. Jusqu’à présent, l’échelle maximale que nous avons réalisée est de huit [personnes] et nous ne savons pas comment cela évolue. »

Des données inestimables pour l’avenir de l’exploration

credit : lanature.ca (image IA)

Le programme CHAPEA commence à apporter des éléments de réponse à ces nombreuses inconnues scientifiques. En plaçant l’équipage dans cet environnement extrême simulé, les chercheurs récoltent des données fondamentales sur les performances cognitives et physiques humaines. Ils observent avec attention comment les individus gèrent le stress tout en maintenant un niveau de productivité constant au fil des semaines d’isolement.

Sara Whiting, scientifique du projet et directrice de mission au centre spatial Johnson pour le programme de recherche humaine de la NASA, met en perspective l’importance de ces travaux. « Les missions de longue durée sont relativement rares dans l’histoire de la NASA à ce jour, » indique-t-elle. Elle ajoute : « Les leçons opérationnelles apprises, ainsi que les données détaillées sur la santé et les performances que cet équipage fournit, arrivent au moment parfait pour informer le développement d’une présence lunaire durable et des objectifs à plus long terme pour les missions martiennes avec équipage. » Fort de ces avancées, l’agence spatiale prévoit déjà l’organisation d’une troisième mission CHAPEA après l’achèvement de la présente expédition.

Selon la source : iflscience.com

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