Artemis III a déjà été repoussée à fin 2027, deux mois après l’annonce d’un nouveau plan lunaire ambitieux de la NASA
Auteur: Mathieu Gagnon
Un changement de cap express pour la NASA

L’agenda spatial américain vient de subir une nouvelle secousse majeure, à peine deux mois après la présentation de la nouvelle stratégie du programme Artemis. L’administrateur de la NASA, Jared Isaacman, avait annoncé à la fin du mois de février que la mission Artemis III n’avait plus pour objectif de se poser sur la Lune à la mi-2027. Ce calendrier initial a été balayé pour laisser place à une approche différente, axée sur des essais préalables.
Le plan dévoilé en début d’année prévoyait que la mission rejoigne des atterrisseurs lunaires de fabrication privée en orbite basse terrestre afin de les tester dans cet environnement. Cependant, cette trajectoire révisée ne se concrétisera plus dans les délais espérés. La mission Artemis III a été officiellement reportée à la fin de l’année 2027 au plus tôt, une décision qui risque de provoquer une réaction en chaîne sur l’ensemble de la planification spatiale de l’agence.
L’évolution complexe des attributions et des atterrissages

L’histoire de ce programme est marquée par de nombreuses révisions et par une concurrence acharnée entre les géants du secteur privé. Le système d’atterrissage humain, connu sous l’acronyme HLS, a été attribué aux entreprises SpaceX d’Elon Musk et Blue Origin de Jeff Bezos, au terme d’une longue bataille juridique. Ces deux acteurs majeurs doivent concevoir les véhicules qui transporteront les astronautes vers la surface lunaire.
Le projet originel tablait sur le vaisseau Starship de SpaceX pour acheminer Artemis III en 2027, puis pour emmener Artemis IV à la surface de la Lune en 2028. Ensuite, l’année 2030 devait voir l’atterrisseur Blue Moon de Blue Origin prendre le relais pour transporter les équipages lors de la mission Artemis V. Ce schéma clair a été bouleversé par le projet présenté en février par Jared Isaacman, lui-même milliardaire du secteur spatial.
Son plan alternatif concentrait les efforts d’Artemis III sur un test en orbite terrestre basse des atterrisseurs au milieu de l’année prochaine. Les alunissages étaient alors repoussés à la mi-2028 et à la fin 2028 pour les missions Artemis IV et Artemis V. Cette feuille de route était déjà perçue par les observateurs comme particulièrement optimiste au moment de son annonce, ce qui explique le récent glissement vers la fin 2027 pour la première phase de test.
Batailles budgétaires sur la colline du Capitole

Les enjeux de ce calendrier s’inscrivent dans un contexte politique particulièrement tendu. Le lundi 27 avril, le directeur de la NASA s’est rendu au Capitole pour une audition budgétaire menée par la sous-commission des crédits de la Chambre des représentants chargée du commerce, de la justice et des sciences. Jared Isaacman a dû y défendre l’engagement de la Maison Blanche envers l’agence spatiale, face à des vents contraires majeurs.
L’administration Trump prévoit en effet de réduire de 23 % le budget alloué à l’agence spatiale. Face à cette perspective de coupes franches, le Congrès se montre prêt à aller à l’encontre des volontés présidentielles pour plaider en faveur d’un budget plus conséquent. Ces discussions financières sont cruciales pour maintenir le programme en vie et assurer son développement technique.
C’est au cours de cette même audition que Jared Isaacman a apporté des garanties concernant l’avancement matériel du projet. Il a confirmé que Blue Origin et SpaceX lui avaient tous deux assuré que le système d’atterrissage humain serait opérationnel pour le test prévu à la fin de l’année 2027, tentant ainsi de rassurer les parlementaires sur la viabilité du nouveau calendrier.
Des défis techniques immenses à surmonter

Bien qu’il soit envisageable que ces promesses industrielles soient tenues, il est nécessaire de contextualiser ces affirmations face à la réalité du terrain. L’atterrisseur Blue Moon n’a pas encore été testé sans équipage en orbite. Sachant qu’il devait initialement être livré d’ici 2030, ce nouveau calendrier implique une accélération massive et sans précédent de son développement. Du côté du Starship, le problème prend une forme presque opposée.
Le vaisseau de SpaceX a certes été testé à de multiples reprises, mais les résultats ont été mitigés. Le véhicule a subi plusieurs explosions au cours de ses derniers essais. Malgré de récents succès, le programme affiche un retard significatif sur son planning. L’année dernière, le Starship aurait dû démontrer ses capacités de ravitaillement en carburant dans l’espace, ce qu’il n’a pas réussi à faire. Face à ces retards, SpaceX n’a pas répondu à notre demande de commentaire.
L’importance de ces manœuvres est pourtant capitale, comme l’avait précisé un porte-parole de la NASA à IFLScience en 2024 : « Le transfert de propergol cryogénique à grande échelle, de Starship à Starship, est une capacité critique nécessaire pour la mission du système d’atterrissage humain Starship pour Artemis III et Artemis IV, ». Il a ensuite détaillé la procédure : « Le test de transfert de propergol fait partie d’une série de tests, aux côtés d’examens de conception détaillés, qui fourniront à la NASA des données et des preuves pour certifier l’atterrisseur. À la suite de la démonstration de transfert de propergol, la NASA examinera les résultats du test et certifiera les systèmes d’atterrissage avant les missions de démonstration avec équipage afin de garantir la sécurité des astronautes et le succès de la mission. »
Une histoire jalonnée de reports perpétuels

À ces défis techniques s’ajoutent des révélations troublantes sur les véritables prévisions internes des constructeurs. En novembre dernier, une fuite de documents internes de SpaceX, rapportée par Audrey Decker chez Politico, a mis en lumière que l’entreprise ne serait pas prête à se poser sur la Lune avant au moins septembre 2028. Ce document souligne le décalage entre les annonces publiques et la réalité de l’ingénierie aérospatiale.
La date de cet alunissage tant attendu n’a cessé de reculer depuis le début du programme. Initialement envisagé pour l’année 2024, il a d’abord glissé à 2025, puis a été repoussé à 2026. À la fin de l’année 2024, un consensus semblait avoir été trouvé sur une date fixée à la mi-2027. Ces ajustements constants reflètent la difficulté inhérente à concevoir des missions spatiales d’une telle envergure.
Cependant, les experts alertaient sur ces glissements depuis un certain temps déjà. Une analyse publiée il y a près de deux ans par le Government Accountability Office (le bureau de la responsabilité gouvernementale) suggérait déjà que la mission d’atterrissage sur la Lune serait probablement repoussée jusqu’en 2028. Avec le nouveau report de la mission Artemis III à la fin de l’année 2027 pour un simple test orbital, l’objectif d’un retour humain sur la surface lunaire en 2028 pourrait bien devenir, lui aussi, très improbable.
Selon la source : iflscience.com