Des débris d’une fusée de SpaceX devraient percuter la Lune le 5 août 2026, au bord du cratère Einstein
Auteur: Mathieu Gagnon
La trajectoire inéluctable d’un débris spatial vers notre satellite

Un fragment de fusée appartenant à l’entreprise SpaceX va s’écraser sur la Lune cet été. Cet événement cosmique, calculé pour se produire précisément le 5 août 2026 à 2 h 44 (heure de l’Est des États-Unis), implique un morceau résiduel d’un lanceur Falcon 9. Ce n’est pas le premier déchet de l’industrie spatiale qui termine sa course en heurtant notre satellite naturel au cours de ces dernières années.
La prédiction de cet impact est l’œuvre de l’astronome Bill Gray, créateur du projet Project Pluto. Le chercheur s’est appuyé sur son propre logiciel de suivi astronomique ainsi que sur de multiples observations accessibles au grand public pour établir la route de ce fragment technologique vers la surface lunaire.
Une origine liée à un succès historique de l’exploration lunaire

Ce bloc de ferraille spatiale provient du lancement de la mission lunaire privée baptisée Blue Ghost. Ce programme ambitieux, mené par l’entreprise américaine Firefly Aerospace, s’est illustré par une réussite spectaculaire lorsqu’il s’est posé dans la région de la mer des Crises, connue sous le nom de Mare Crisium sur la Lune. Cet atterrissage a eu lieu le 2 mars 2025.
Cette mission représente une étape majeure dans la conquête spatiale moderne, puisqu’il s’agissait du tout premier atterrissage en douceur commercial entièrement réussi sur le sol lunaire. Le débris spatial impliqué dans le prochain crash correspond à l’étage supérieur de la fusée Falcon 9 qui a rendu ce voyage possible. Il est actuellement répertorié par les systèmes de suivi sous l’identifiant spécifique 2025-010D.
Des conditions de frappe qui compliquent l’observation depuis la Terre

L’impact devrait frapper la Lune aux alentours du bord du cratère d’Einstein. Cette position exacte reste cependant susceptible de se modifier légèrement sous l’influence de la pression de rayonnement solaire. La lumière émise par le Soleil possède en effet la capacité de déplacer la matière dans le vide, un principe que l’on observe lors de l’utilisation de voiles solaires. Bien que cette force soit très faible sur des objets qui ne sont pas spécifiquement optimisés pour l’exploiter, son effet sur la trajectoire finale demeure mesurable.
Le morceau de fusée devrait s’encastrer dans la surface lunaire à une vitesse vertigineuse de 2,43 kilomètres par seconde, ce qui représente 5 400 miles par heure. Il est hautement improbable que l’événement soit directement observable depuis la Terre. Le choc est prévu sur le limbe de la face visible, mais notre satellite sera alors dans la phase décroissante. La zone ciblée se retrouvera totalement illuminée. Aucune de ces deux conditions ne s’avère idéale pour permettre aux télescopes terrestres d’assister au spectacle en direct.
Les traces durables des collisions spatiales

S’il sera très complexe d’observer la collision au moment précis où elle se produira, la communauté scientifique a de grandes chances de pouvoir en étudier les conséquences physiques par la suite. Un précédent incident similaire permet d’anticiper la nature des stigmates que ce crash laissera. Lorsqu’une fusée chinoise a percuté la Lune en mars 2022, la collision a engendré un double cratère très particulier, qui a pu être repéré depuis l’espace par la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter de la NASA.
Dans le cas de l’engin chinois, les chercheurs ont soupçonné que la présence de deux extrémités lourdes sur la structure — avec la charge utile massée d’un côté et le système de motorisation de l’autre — avait conduit à la formation de ce cratère jumeau. Les mensurations de cette double cicatrice s’élevaient à 18 mètres, soit 59 pieds, de diamètre pour la première cavité, et à 16 mètres, soit 52 pieds, pour la seconde. Quel que soit le résultat visuel de la collision à venir sur le bord du cratère d’Einstein, l’impact en lui-même ne représentera pas un problème majeur pour le satellite.
Les véritables enjeux de la gestion des lanceurs obsolètes

L’astronome Bill Gray expose l’étendue des connaissances sur cette fusée et sa destination finale dans une mise à jour détaillée de ses travaux. Son analyse de la situation est directe : « Eh bien… je ne m’inquiéterais pas vraiment beaucoup à ce sujet. Si quoi que ce soit, je serais plus préoccupé par les nombreux objets similaires qui ne frappent pas la lune et frappent la haute atmosphère de la terre à la place », écrit le chercheur.
Si la problématique des déchets spatiaux constitue une préoccupation sérieuse pour la communauté internationale, ce spécialiste rappelle que c’est sur l’orbite terrestre basse que notre attention doit se concentrer. Ce prochain impact lunaire s’inscrit au sein d’une tendance bien identifiée dans l’industrie : celle de ne pas considérer ce qui pourrait arriver aux fusées une fois que ces dernières ont déployé leur charge utile. Un remerciement formel (H/T) a été adressé au média Space.com pour la diffusion initiale de l’alerte sur cette trajectoire orbitale.
Selon la source : iflscience.com