C’est la saison de la chute des bois de cerf – voici pourquoi il ne faut pas les ramasser si vous en trouvez
Auteur: Mathieu Gagnon
Un attribut majestueux mais éphémère

Un majestueux cerf élaphe se dressant au sommet d’une colline offre un spectacle impressionnant, singulièrement lorsque ses immenses bois pointent vers le ciel. Ces ramures constituent des éléments d’une importance vitale au sein de la société des cervidés, capables de séduire les femelles et de défendre le mâle contre les rivaux tentant de lui dérober son territoire.
Pourquoi, dès lors, finissent-ils simplement par tomber chaque année ? La réponse réside dans la nature même de ces appendices. Il est essentiel de savoir que les bois matures sont en réalité des os morts et ramifiés. Cette caractéristique les distingue nettement des cornes, qui sont quant à elles constituées de kératine enroulée autour d’un noyau d’os vivant.
Ce phénomène annuel de chute porte un nom spécifique : la mue. Il concerne une grande variété d’espèces nord-américaines dotées de bois, parmi lesquelles figurent le cerf de Virginie, l’élan et le wapiti. Le caribou, également connu sous l’appellation de renne, présente la particularité de posséder des bois tant chez les mâles que chez les femelles.
La renaissance de l’os sous le velours

Lorsque les bois entament leur processus de repousse après la mue, ils se parent d’une couche protectrice appelée « velours ». Il s’agit d’une peau très spécialisée, particulièrement riche en vaisseaux sanguins et en cellules nerveuses, qui assure l’alimentation de l’os en pleine formation au sommet du crâne.
Une fois la croissance achevée, ce velours se dessèche et meurt. Les cervidés s’en débarrassent alors en frottant vigoureusement leurs bois contre le sol ou sur les branches des arbres environnants. Ce rituel naturel permet d’éliminer les tissus organiques devenus inutiles et marque la fin du cycle de développement de l’appendice.
Ce processus de nettoyage modifie durablement l’aspect visuel de la ramure. L’os initialement blanc des bois prend une teinte plus brunâtre, une coloration directement laissée par les résidus du velours et des vaisseaux sanguins incrustés dans les aspérités de la matière osseuse.
Une croissance fulgurante stimulée par la lumière

Les bois sont considérés comme le tissu mammalien à la croissance la plus rapide au monde. Ce développement spectaculaire est déclenché conjointement par l’augmentation des niveaux d’ensoleillement et par la production de testostérone dans l’organisme de l’animal.
« Un grand spécimen mâle de l’élan Alces alces, la plus grande espèce vivante de cervidé, originaire d’Europe et d’Amérique du Nord, peut développer une ramure complète pesant 36 kg en un seul été, ajoutant 0,5 kg d’os chaque jour », explique le Livre Guinness des records.
Des bois de grande taille sont souvent perçus comme un indicateur d’âge, de force et d’aptitude génétique au sein des hardes. Les mâles les utilisent typiquement pendant la saison des amours, période durant laquelle les combats peuvent s’avérer assez agressifs. Une fois cette période de reproduction terminée, les niveaux de testostérone dans le sang de l’animal chutent, provoquant inévitablement la chute des bois.
Une stratégie de survie énergétique face à l’hiver

La production d’une ramure aussi imposante représente un processus particulièrement gourmand en énergie. La constitution de cette structure osseuse nécessite en effet d’importantes quantités de nutriments, de minéraux et de protéines, puisés directement dans les réserves du mammifère.
Pendant l’hiver, l’absence de bois permet aux cervidés de préserver leur énergie à une période de l’année où la nourriture se fait beaucoup plus rare. Conserver cette lourde masse osseuse sur la tête constituerait une dépense calorique inutile dans un environnement devenu soudainement hostile.
Cette perte annuelle présente un avantage évolutif majeur. Si un mâle conservait la même paire de bois toute sa vie, le tissu étant mort, il resterait irrémédiablement coincé avec la ramure qu’il avait pu développer lorsqu’il n’était qu’un jeune cerf. En renouvelant ses bois chaque année, l’animal peut s’orner d’une couronne de plus en plus impressionnante et volumineuse au fil des saisons.
La réglementation stricte autour du ramassage en forêt

Bien qu’il puisse être très tentant d’emporter une paire de bois trouvée lors d’une promenade en forêt, l’US Fish and Wildlife Service souligne qu’il est illégal de prélever des éléments naturels sur de nombreuses terres publiques. Une fois tombés, ces ossements deviennent une part vitale de l’écosystème, fournissant aux rongeurs et à d’autres créatures une précieuse source de calcium pour leur survie.
La collecte légale des bois issus de la mue reste possible, mais elle est soumise à des règles strictes. Elle peut nécessiter l’obtention d’un permis ou la réponse à un questionnaire éthique, et les exigences varient considérablement d’une zone à l’autre, y compris au sein d’un même État. Des interdictions de ramassage sont souvent mises en place lors des mois particulièrement cruciaux afin de protéger la sécurité des animaux sauvages et des personnes.
Malgré l’existence de ces cadres légaux, le braconnage illégal des bois tombés est devenu plus fréquent au cours des dernières années. Cette recrudescence des prélèvements sauvages est principalement alimentée par la demande commerciale croissante en jouets à mâcher pour chiens et en objets de décoration intérieure.
Selon la source : iflscience.com