Le traitement au plasma conserve les fleurs coupées fraîches pendant deux semaines sans produits chimiques
Auteur: Mathieu Gagnon
L’impact environnemental dissimulé des bouquets traditionnels

L’industrie florale génère un coût environnemental souvent ignoré par le grand public. La préparation et la commercialisation des bouquets impliquent généralement un transport sur de longues distances ainsi que l’utilisation massive de conservateurs chimiques. En Australie, le marché s’appuie fortement sur l’importation de végétaux soumis à de lourds traitements industriels.
Face à ce constat, une équipe de la Griffith University a décidé de repenser ces méthodes en explorant des solutions alternatives. Le docteur Maksym Rybachuk explique l’enjeu de leur démarche de recherche : « La plupart des fleurs coupées vendues en Australie sont importées et traitées chimiquement, créant des impacts environnementaux et sur la chaîne d’approvisionnement ; cette recherche explore une alternative plus propre et sans produits chimiques aux conservateurs floraux traditionnels, offrant une approche plus durable. »
Une expérimentation ciblée sur trois variétés végétales

Pour mener à bien ces recherches, les scientifiques ont sélectionné trois variétés florales spécifiques : des roses, des gerberas et des dahlias. Le docteur Nathan Garland détaille l’origine et la répartition initiale de ces échantillons biologiques : « Les fleurs utilisées dans l’expérience provenaient de sources locales et n’étaient pas traitées, et ont ensuite été exposées au plasma, à de la nourriture pour fleurs, ou à de l’eau claire comme témoins. »
Les végétaux ont été divisés en cinq groupes de test distincts. Les conditions variaient d’une absence totale de traitement jusqu’à une exposition complète au plasma atmosphérique. Le suivi s’est déroulé sur une période de deux semaines avec une grande rigueur analytique pour récolter des données précises. « Nous avons ensuite surveillé les changements quotidiennement, y compris la perte de poids, l’absorption d’eau, la couleur et le déclin physique, » précise le docteur Nathan Garland.
Le plasma atmosphérique au service de la botanique

Le cœur de cette expérimentation repose sur l’utilisation du plasma, un état énergisé du gaz capable de neutraliser les bactéries et les agents pathogènes. Ce procédé physique présente l’avantage majeur d’éliminer les micro-organismes nocifs sans nécessiter la moindre substance chimique. Il est couramment employé dans divers secteurs exigeants tels que la médecine et l’agriculture.
Les études antérieures se concentraient principalement sur le traitement des plaies, la germination des graines et la conservation des aliments. Son application directe pour prolonger la durée de vie de fleurs coupées constitue une avancée inédite dans ce domaine. Le docteur Maksym Rybachuk souligne cette transposition technologique : « Notre exploration pour découvrir si le plasma atmosphérique—une technologie déjà utilisée en médecine et en agriculture—pouvait prolonger la vie des fleurs coupées sans produits chimiques a montré des résultats positifs. »
Des résultats manifestes au terme de quatorze jours

À l’issue de la période de test de deux semaines, les bouquets ayant reçu le traitement au plasma se démarquaient nettement des autres groupes. Ces fleurs avaient largement conservé leur couleur d’origine ainsi que leur fraîcheur structurelle. Le docteur Nathan Garland observe ce phénomène avec enthousiasme : « Ce fut merveilleux de voir l’intégrité florale des bouquets traités au plasma maintenue à la fin de l’expérience. »
Ce succès repose sur une approche de recherche hautement interdisciplinaire, croisant la physique, l’ingénierie et les sciences biologiques. L’équipe a pu compter sur la participation de Sophia Gurevich, une chercheuse internationale de troisième cycle originaire d’Allemagne. Ses travaux ont été dirigés conjointement par le docteur Maksym Rybachuk et le docteur Nathan Garland au sein du Queensland Quantum and Advanced Technologies Research Institute (QUATRI), un pôle de l’université dédié aux technologies de pointe.
De nouvelles perspectives pour le secteur de la fleuristerie

Les conclusions de cette étude ouvrent la voie à des transformations potentielles dans la gestion des produits végétaux commerciaux. Forte de ce premier succès probant, l’équipe scientifique espère élargir le périmètre de son projet. Les prochaines phases d’expérimentation se concentreront sur l’application du plasma à des espèces florales indigènes.
Les chercheurs prévoient d’étendre ces protocoles de test aux graines et à d’autres matériaux biologiques délicats. L’objectif final affiché par les scientifiques reste de fournir à l’industrie de la fleuristerie une alternative totalement exempte de produits chimiques pour la préservation des fleurs coupées à grande échelle.
Selon la source : phys.org