L’Iran juge « déraisonnable » toute reprise des pourparlers de paix après les frappes israéliennes
Auteur: Simon Kabbaj
Une trêve fragile face à des objectifs irréconciliables

L’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines formulée mardi par le président américain Donald Trump n’a pas suffi à apaiser la volatilité persistante qui règne au Moyen-Orient. Alors que des pourparlers de paix visant à forger un accord permanent avec les États-Unis sont censés débuter samedi, l’incertitude demeure quant à la viabilité de cette trêve. Les deux parties ont d’ores et déjà présenté des programmes de négociations qui s’opposent de manière frontale.
Le négociateur en chef de l’Iran et président du parlement, Mohammed Bager Qalibaf, a mis en lumière ces profondes divergences en suggérant qu’il serait déraisonnable de poursuivre ces discussions. Selon lui, Israël a déjà violé plusieurs conditions de cet accord de cessez-le-feu en intensifiant sa guerre parallèle contre le Hezbollah, la milice alignée sur l’Iran. Dans le même temps, il accuse les États-Unis d’avoir enfreint l’entente en exigeant que Téhéran abandonne ses ambitions nucléaires.
La position iranienne a été formulée sans ambiguïté par l’intermédiaire de son négociateur en chef. « Dans une telle situation, un cessez-le-feu bilatéral ou des négociations étaient déraisonnables », a déclaré Mohammed Bager Qalibaf dans un communiqué officiel. Ces déclarations interviennent après cinq semaines d’une guerre qui a coûté la vie à des milliers de personnes. Bien que les États-Unis et l’Iran aient tous deux revendiqué la victoire, leurs différends fondamentaux restent non résolus, chaque camp s’accrochant à des exigences concurrentes pour un accord qui pourrait façonner la région pour des générations.
Le front libanais échappe à l’accord de cessez-le-feu

La réalité sur le terrain a rapidement mis à l’épreuve les annonces diplomatiques. Mercredi, Israël a pilonné le Liban avec ses frappes les plus intenses à ce jour, provoquant la mort de centaines de personnes. Ces opérations militaires ont déclenché une menace de représailles de la part de l’Iran. Face à l’escalade, Israël et les États-Unis ont tous deux précisé que le cessez-le-feu de deux semaines ne couvrait pas le territoire libanais. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a d’ailleurs confirmé que les frappes allaient se poursuivre.
En déplacement à Budapest, le vice-président américain JD Vance, qui dirigera la délégation des États-Unis lors des pourparlers, a apporté des éclaircissements sur cette incompréhension mutuelle. « Je pense que les Iraniens pensaient que le cessez-le-feu incluait le Liban, et ce n’était tout simplement pas le cas », a-t-il déclaré aux journalistes présents. De son côté, Benjamin Netanyahu a assuré qu’Israël gardait le « doigt sur la gâchette » et se tenait prêt à reprendre les combats à « à tout moment ». Tôt jeudi, le Hezbollah, groupe militant soutenu par l’Iran au Liban, a annoncé avoir tiré des roquettes sur le nord d’Israël en réponse à ce qu’il qualifie de « violations du cessez-le-feu ».
Le bilan humain de ces opérations s’avère particulièrement lourd. Le service de la défense civile libanaise a indiqué que 254 personnes avaient été tuées mercredi dans des frappes israéliennes à travers le Liban. Le bilan le plus élevé a été recensé dans la capitale, Beyrouth, où les raids israéliens ont fait 91 morts selon les autorités locales. Des résidents ont témoigné que certaines de ces frappes israéliennes ont été menées sans les avertissements habituels demandant aux civils d’évacuer les lieux.
Le programme nucléaire, cœur des revendications

Outre la situation au Liban, les deux camps semblent très éloignés sur la question du programme nucléaire iranien, qui constitue l’un des facteurs cités par Donald Trump comme fondement de la guerre. Le président américain a affirmé que l’Iran avait accepté de cesser d’enrichir de l’uranium, une matière qui peut être transformée en armes nucléaires. En complément, la Maison Blanche a déclaré que Téhéran avait indiqué son intention de remettre ses stocks existants.
Donald Trump a exprimé cette orientation sur les réseaux sociaux, en utilisant une terminologie très imagée : « Les États-Unis vont, en travaillant avec l’Iran, déterrer et retirer toute la ‘poussière’ nucléaire… profondément enfouie », a-t-il publié. Cependant, le discours tenu par les autorités iraniennes diffère radicalement de cette présentation des faits.
Mohammed Bager Qalibaf a en effet contredit ces affirmations depuis Téhéran. Le président du parlement iranien a soutenu que l’Iran était autorisé à poursuivre l’enrichissement d’uranium selon les termes mêmes du cessez-le-feu. Jusqu’à présent, l’Iran conserve effectivement son stock d’uranium hautement enrichi, dont la qualité est proche de celle requise pour la fabrication d’armes, illustrant la persistance de ce différend central.
Secousses sur les marchés et tensions énergétiques dans le Golfe

Malgré l’incertitude ambiante, les indices boursiers mondiaux ont bondi [MKTS/GLOB] [.N], tandis que les prix du pétrole ont plongé de 14 % pour s’établir près de 95 dollars le baril [O/R], après être tombés jusqu’à 90,40 dollars. Le pétrole brut de référence Brent reste environ 25 dollars plus élevé qu’avant le début des attaques conjointes américano-israéliennes. Cette évolution des marchés intervient alors que l’Iran a démontré sa capacité à couper les approvisionnements énergétiques du Golfe grâce à son emprise sur le détroit d’Ormuz, et ce, malgré des décennies d’investissements militaires américains massifs dans la région.
Cette dynamique de pouvoir redéfinie s’est traduite par des actions directes. Selon une source de l’industrie pétrolière, l’Iran a frappé des installations pétrolières dans les pays voisins du Golfe, incluant un oléoduc en Arabie saoudite qui a été utilisé pour contourner le détroit d’Ormuz sous blocus. Le Koweït, Bahreïn et les Émirats arabes unis ont également signalé des frappes de missiles et de drones sur leurs territoires.
Conséquence de ces tensions, le détroit d’Ormuz est resté fermé aux navires naviguant sans permis. Les expéditeurs ont fait savoir qu’ils avaient besoin de plus de clarté avant de reprendre le transit. Dans ce contexte, la marine des Gardiens de la Révolution iraniens a publié une carte indiquant des itinéraires de navigation alternatifs dans le détroit d’Ormuz afin d’aider les navires à éviter les mines navales, selon les informations rapportées par l’agence de presse semi-officielle iranienne ISNA.
Réactions internationales et offensives tarifaires

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La communauté internationale a réagi en ordre dispersé à cette succession d’événements. Sur le front diplomatique, le président français Emmanuel Macron a condamné « avec la plus grande fermeté » ce qu’il a qualifié d’attaques israéliennes aveugles sur le Liban. Dans une déclaration publiée sur la plateforme X, le chef de l’État français a insisté sur le fait que le Liban « doit être pleinement couvert » par le cessez-le-feu.
Une coalition plus large de dirigeants internationaux a également pris la parole. Les dirigeants de 13 pays européens, rejoints par le Japon et le Canada, ont publié une déclaration conjointe. Ils y saluent le cessez-le-feu et appellent à une fin rapide des hostilités dans un but précis : « éviter une grave crise énergétique mondiale ». Cette préoccupation illustre l’impact économique mondial immédiat de ce conflit régional.
Parallèlement à ces tractations diplomatiques, Donald Trump a multiplié les interventions numériques. Dans une série de messages en ligne, il a annoncé la mise en place de nouveaux droits de douane de 50 % sur tous les biens provenant de n’importe quel pays qui fournit des armes à l’Iran, bien qu’il ne dispose pas de l’autorité nécessaire pour appliquer une telle mesure.
Un régime iranien qui se maintient au terme de l’offensive

Le conflit, lancé le 28 février par Donald Trump et Benjamin Netanyahu, poursuivait des objectifs ambitieux. Les deux dirigeants affirmaient vouloir empêcher l’Iran de projeter ses forces au-delà de ses frontières, mettre fin à son programme nucléaire et créer les conditions permettant aux Iraniens de renverser leurs dirigeants. Mercredi, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a déclaré que Washington avait remporté une victoire militaire décisive.
Pourtant, la réalité politique interne de l’Iran dresse un tableau différent. Le leadership clérical, qui avait été confronté à des manifestations de masse il y a quelques mois, a résisté à l’assaut de la superpuissance sans montrer aucun signe d’effondrement interne. De plus, Téhéran conserve sa capacité à frapper ses voisins avec des missiles et des drones. Dans la nuit, des foules sont descendues dans les rues d’Iran pour célébrer l’annonce de la trêve, agitant des drapeaux iraniens et brûlant ceux des États-Unis et d’Israël.
Malgré ces célébrations nocturnes, une certaine méfiance subsiste quant à la durabilité de l’accord parmi la population. Alireza, 29 ans, employé du gouvernement à Téhéran, a confié ses doutes par téléphone à l’agence Reuters : « Israël ne laissera pas la diplomatie fonctionner et Trump pourrait changer d’avis demain. Mais au moins, nous pouvons dormir ce soir sans frappes ».
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