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Des microbes capables de dégrader le plastique sont bien plus répandus que les scientifiques ne le pensaient
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une présence planétaire insoupçonnée

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Une récente analyse menée par le rédacteur scientifique Eric Ralls pour la publication Earth.com met en lumière une découverte fondamentale. Les chercheurs ont formellement identifié plus de 600 000 protéines microbiennes possédant la capacité de dégrader des plastiques, qu’ils soient d’origine naturelle ou synthétique. Cette révélation modifie profondément l’approche de la pollution plastique, en la replaçant dans le contexte d’une biosphère qui dispose déjà d’un vaste arsenal moléculaire pour réagir à ce phénomène.

En explorant un catalogue mondial de protéines microbiennes, les scientifiques ont repéré ces signaux d’activité dans des échantillons provenant des océans, des sols, des sources thermales et des régions polaires. Le docteur Pere Puigbo, chercheur à l’Université de Turku, a mis en évidence que ces protéines destructrices de polymères sont présentes chez plus de 95 % des espèces microbiennes examinées. Cette vaste répartition englobe à la fois les bactéries et les archées, prouvant que cette faculté n’est pas confinée à quelques groupes isolés, mais qu’elle est profondément ancrée dans l’ensemble de la vie microbienne. La question de savoir avec quelle constance ces gènes se traduisent par une véritable dégradation du plastique dans divers environnements réels reste néanmoins ouverte.

L’élaboration d’un registre moléculaire inédit

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Pour structurer ces immenses volumes de données, l’équipe a rassemblé les protéines similaires au sein de groupes orthologues, définis comme des familles de gènes issues d’ancêtres communs. Cette méthode rigoureuse a permis de comparer sur une base identique des microbes très éloignés les uns des autres, même lorsque les organismes provenaient d’habitats radicalement différents. Au sein des génomes de référence étudiés, ces protéines liées au plastique représentaient environ 3,5 % de l’ensemble des protéines microbiennes recensées. En comparaison avec une base de données antérieure plus modeste nommée PlasticDB, ce nouveau registre a fait passer le champ de recherche d’un peu plus de 100 enzymes connues à des centaines de milliers.

L’étude souligne toutefois que tous les plastiques ne présentent pas la même vulnérabilité face à cet assaut biologique. Les schémas les plus nets sont apparus lorsque l’équipe a classé les matériaux en fonction de leur chimie. Sur les 39 types de plastiques analysés, 11 étaient d’origine naturelle et 28 avaient été fabriqués par l’homme. Un grand nombre des signaux les plus intenses ont été détectés dans les plastiques chimiquement les plus complexes. Ces derniers intègrent de l’oxygène ou de l’azote directement à l’intérieur de leur chaîne moléculaire, offrant ainsi aux enzymes un plus grand nombre de sites chimiques où elles peuvent se lier pour opérer une coupure. Cette observation aide à comprendre pourquoi certains matériaux réputés difficiles à détruire ne résistent pas tous de la même manière à la décomposition microbienne une fois qu’ils se fragmentent.

Le rôle déterminant des conditions locales

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La présence de ces familles de protéines varie considérablement selon les zones géographiques et climatiques. À travers l’observation de 23 environnements distincts, il s’est avéré que ces mêmes groupes ne se répartissaient pas dans des proportions identiques partout. Les sols et les échantillons endolithiques, qui abritent des microbes vivant à l’intérieur des fissures et des pores des roches, se sont distingués par des réserves exceptionnellement riches en enzymes liées au plastique. Dans les milieux aquatiques, de nombreux groupes étaient très répandus, bien que certains amas d’enzymes aient montré une implantation plus marquée sur la terre ferme que dans l’eau. Cette répartition inégale indique que les conditions locales, qu’il s’agisse du stress lié au manque de nutriments ou de la température, jouent un rôle déterminant dans le maintien de ces capacités de dégradation.

L’exploration détaillée s’est poursuivie chez les procaryotes, ces organismes unicellulaires dépourvus de noyau. Les chercheurs y ont découvert que les bactéries possédaient des répertoires d’outils liés à la dégradation plastique plus vastes que ceux des archées. En moyenne, les génomes bactériens contenaient environ 20 groupes pertinents, contre une moyenne de 11 pour les génomes archéens. Le signal des archées demeure toutefois d’une importance capitale, car la pollution plastique atteint aujourd’hui des zones extrêmement pauvres en oxygène et des milieux inhospitaliers où ces micro-organismes spécifiques prospèrent. Cette prédominance des bactéries guidera très certainement les futures sélections en laboratoire, sans pour autant effacer les archées du paysage de la dépollution.

La plastisphère sous la loupe de la génomique

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Les microplastiques s’accumulent déjà massivement sur le fond des océans, une zone où les estimations volumétriques ont atteint le chiffre de 14 millions de tonnes. À la surface de ces déchets, de nombreux microbes commencent systématiquement par former un biofilm, une couche communautaire visqueuse et adhérente qui permet aux enzymes de rester fixées sur leur cible. Une fois installées, les protéines sécrétées peuvent sectionner les longues chaînes polymères en morceaux de plus petite taille, que les cellules sont ensuite capables d’absorber pour se nourrir. Les chercheurs qualifient depuis longtemps ces communautés fixées sur les plastiques de plastisphère. L’actuelle étude prolonge ce concept en le transposant à une analyse génomique de bien plus grande envergure.

Ce nouveau registre a été conçu comme un véritable outil de recherche destiné à orienter la prochaine phase d’expérimentations, et non comme un verdict définitif. Il repose sur un ensemble de référence englobant 2 296 espèces microbiennes, ce qui permet aux scientifiques de comparer de nouveaux prélèvements sur une toile de fond évolutive extrêmement large. Cette approche prend tout son sens dans le domaine de la métagénomique, une discipline consistant à séquencer l’ADN de communautés entières, où les spécialistes parviennent souvent à identifier les microbes avant même de connaître le fonctionnement exact de leurs enzymes. Utilisée de cette manière, la base de données sert de filtre pour resserrer le champ d’investigation avant le lancement des coûteux travaux de validation en laboratoire.

La nature comme modèle face aux incertitudes scientifiques

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L’avenir de cette filière semble s’orienter vers la fabrication de plastiques conçus pour correspondre aux capacités enzymatiques déjà courantes dans les écosystèmes locaux. « Cette ressource fournit une vue globale du potentiel de biodégradation codé dans la nature », a déclaré le docteur Miho Nakamura, co-auteur principal de l’étude affilié à l’Université de Turku et à l’Institut des sciences de Tokyo (Institute of Science Tokyo). Concrètement, des enzymes prélevées dans des sols froids, des sources thermales ou des environnements marins pourraient inspirer la mise au point d’outils de recyclage spécifiquement adaptés à un site donné. La recherche met ainsi en garde contre l’élaboration d’une stratégie universelle, un polymère capable de se décomposer dans un habitat spécifique pouvant persister longuement dans un autre.

Une limite stricte traverse néanmoins l’intégralité de ces travaux : la découverte d’un gène prometteur n’équivaut pas à la garantie d’une enzyme fonctionnelle. Les correspondances de séquences permettent d’identifier une chimie probable, mais l’activité réelle dépend toujours de la température, des nutriments environnants et de l’accès à un plastique déjà altéré ou usé. Des tests en laboratoire restent donc indispensables pour confirmer si un candidat sectionne effectivement les polymères en conditions réelles, ou s’il se contente de ressembler à un agent capable de le faire. Cette prudence maintient la grande utilité des résultats sans en exagérer la portée, préparant idéalement le terrain pour les expérimentations qui s’avèrent aujourd’hui cruciales. La nature détient un potentiel de dégradation des plastiques infiniment supérieur aux précédentes cartographies, un potentiel rythmé par l’écologie. La transformation de ces gènes en outils de dépollution dépend désormais de tests rigoureux, d’une conception plus intelligente des matériaux et d’une intégration précise à l’environnement local. L’étude complète figure dans la revue Environmental Technology & Innovation.

Selon la source : earth.com

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