Air Canada suspend 6 liaisons aériennes en raison de la hausse des prix du carburant
Auteur: Simon Kabbaj
Une crise sans précédent pour le transport aérien

Face à une flambée des coûts du carburant, Air Canada a annoncé la suspension de six de ses liaisons, affectant à la fois des vols intérieurs et transfrontaliers. La compagnie aérienne a directement lié cette décision à la situation géopolitique au Moyen-Orient, qui a provoqué une augmentation drastique des prix.
Dans une déclaration publiée vendredi, le transporteur a expliqué la situation sans détour. « Les prix du kérosène ont doublé depuis le début du conflit iranien, affectant certaines liaisons et vols à faible rentabilité qui ne sont plus économiquement réalisables », a précisé Air Canada. La compagnie a ajouté que des « ajustements d’horaires, y compris certaines réductions de fréquence, sont effectués en réponse ».
Cette mesure drastique, bien que représentant environ 1% de la capacité annuelle totale mesurée en sièges-milles disponibles, signale une période de turbulences pour l’ensemble du secteur. Air Canada a assuré que les clients concernés par ces annulations seraient contactés pour se voir proposer d’autres options de voyage.
Liaison intérieure : Fort McMurray – Vancouver

La première des liaisons intérieures touchées est celle qui relie Fort McMurray, en Alberta, à Vancouver. Air Canada a confirmé que ce service serait suspendu à compter du 28 mai. Cette décision illustre comment les routes régionales, souvent moins rentables, sont parmi les premières à être réévaluées en période de crise économique.
Cette coupe affecte directement la connectivité entre le cœur de l’industrie pétrolière de l’Alberta et la principale métropole de la Colombie-Britannique. Pour les voyageurs d’affaires et les résidents de ces régions, cette suspension signifie des temps de trajet plus longs et des options de vol plus limitées, soulignant l’impact concret de la hausse des coûts opérationnels pour les compagnies aériennes.
Le Grand Nord : Yellowknife – Toronto

Une autre ligne intérieure majeure subit les conséquences de cette crise : la liaison entre Yellowknife et Toronto. La suspension de cette route a été fixée au 30 août. Ce vol représente un lien vital entre la capitale des Territoires du Nord-Ouest et le plus grand hub aéroportuaire du Canada.
La suppression de ce service direct met en évidence la vulnérabilité des liaisons desservant les régions éloignées du pays. Pour les habitants du Nord, le transport aérien n’est pas un luxe mais une nécessité. L’arrêt de cette ligne, justifié par une rentabilité jugée insuffisante face à l’explosion des coûts du kérosène, risque d’isoler davantage ces communautés.
Pause transfrontalière : Salt Lake City – Toronto

Les vols internationaux ne sont pas épargnés. Le service entre Salt Lake City, aux États-Unis, et Toronto sera temporairement suspendu à partir du 30 juin. Cette décision marque une pause significative dans les liaisons transfrontalières de la compagnie.
Fait notable, Air Canada a fourni un horizon pour une éventuelle reprise, indiquant qu’elle prévoyait de « reprendre en 2027 ». Cette échéance lointaine témoigne de la vision à long terme de la crise actuelle et de ses répercussions attendues sur la rentabilité des vols internationaux. La suspension affectera les voyages d’affaires et de loisirs entre l’Utah et l’Ontario.
New York : les vols vers JFK au départ de Toronto et Montréal

L’une des destinations les plus populaires, New York, est également touchée. Les vols à destination de l’aéroport international John F. Kennedy (JFK) au départ de Toronto et de Montréal seront temporairement suspendus du 1er juin au 25 octobre. Cette interruption concerne spécifiquement un vol depuis Montréal et trois vols depuis Toronto.
Cependant, Air Canada a tenu à nuancer l’impact de cette mesure. La compagnie a souligné qu’elle continuerait d’offrir 34 vols quotidiens entre le Canada et les deux autres aéroports de la région de New York : LaGuardia et Newark Liberty International au New Jersey. La desserte de la métropole américaine reste donc dense, bien que l’accès à JFK soit momentanément interrompu.
Projet avorté : la nouvelle route Guadalajara – Montréal

La crise actuelle ne se contente pas de perturber les opérations existantes, elle freine également les projets d’expansion. Air Canada a ainsi annoncé la suspension d’une route qui était en cours de planification entre Guadalajara, au Mexique, et Montréal. Ce projet est donc mis en veille avant même d’avoir vu le jour.
Cette décision montre comment l’incertitude économique et la volatilité des coûts forcent les compagnies à revoir leurs ambitions de croissance. Le lancement de nouvelles liaisons internationales représente un investissement important, et le contexte actuel rend ce type de pari trop risqué pour le moment.
Un secteur en état d’alerte face à la crise du carburant

La décision d’Air Canada s’inscrit dans un contexte de crise généralisée pour le transport aérien. WestJet a également annoncé au début du mois la consolidation de vols sur plusieurs liaisons à faible demande, réduisant sa capacité de 1% en avril et de 3% en mai. D’autres compagnies comme Porter Airlines et Air Transat ont, tout comme Air Canada et WestJet, annoncé des hausses de tarifs ou l’ajout de surtaxes pour compenser le coût du carburant.
John Gradek, maître de conférences en gestion de l’aviation à l’Université McGill, a qualifié la situation de « pire crise que nous ayons jamais connue dans l’aviation ». Il a averti que même si le détroit d’Hormuz rouvrait, la réparation de la capacité de raffinage de la région pourrait prendre des années. « Et sans carburant, on ne peut pas voler », a-t-il conclu. L’Agence internationale de l’énergie a également tiré la sonnette d’alarme, affirmant que l’Europe disposait de « peut-être six semaines environ » de réserves de kérosène.
Une lueur d’espoir est apparue vendredi, lorsque le ministre iranien des Affaires étrangères a annoncé que le passage des navires commerciaux dans le détroit d’Hormuz était de nouveau « complètement ouvert » suite à un cessez-le-feu de 10 jours entre Israël et le Liban. Cette nouvelle a fait chuter les prix du pétrole de 10%. Cependant, le président américain Donald Trump a déclaré que le blocus naval américain sur l’Iran resterait en place jusqu’à la conclusion d’un accord avec Téhéran, maintenant un niveau d’incertitude élevé.
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