Voyager 1 manque d’énergie : la NASA coupe un instrument pour prolonger la mission
Auteur: Mathieu Gagnon
Une décision cruciale aux confins du système solaire

C’est une merveille d’ingénierie qui continue de fasciner le monde. En août prochain, la sonde Voyager 1 célébrera ses 49 ans de voyage ininterrompu dans l’espace. En novembre, elle deviendra le premier objet de fabrication humaine à se trouver à une distance d’un jour-lumière de la Terre. Mais même à cette distance vertigineuse, le poids des années se fait sentir.
Face à une baisse de puissance critique, l’équipe de la mission a dû prendre une décision difficile. Le 17 avril, un ordre a été envoyé à travers le vide intersidéral : éteindre l’un des instruments de la sonde pour préserver l’énergie restante et prolonger la vie de cette exploratrice légendaire.
Le cœur nucléaire de Voyager s’affaiblit

Pour survivre si loin du Soleil, Voyager 1 tire son énergie d’un générateur thermoélectrique à radioisotope. Ce système ingénieux utilise la chaleur produite par la désintégration de plutonium pour la convertir en électricité. Mais ce processus n’est pas éternel. Lentement mais sûrement, la quantité de plutonium diminue, et avec elle, la production d’électricité et de chaleur de la batterie de la sonde.
En février dernier, une alerte a secoué l’équipe au sol. Lors d’une manœuvre de roulis de routine, les ingénieurs ont constaté une chute de puissance significative. Une nouvelle baisse aurait pu déclencher le système de protection contre les sous-tensions, un mécanisme de sécurité qui entraîne l’arrêt de divers composants pour sauvegarder la sonde. Bien que conçu pour protéger l’engin, son activation à plus de 25 milliards de kilomètres (15 millions de miles) de la Terre représente un risque immense pour la récupération des systèmes.
Le sacrifice d’un instrument historique

L’équipe a donc décidé d’agir vite en désactivant l’expérience sur les particules chargées de basse énergie, connue sous le nom de LECP. Il s’agit d’une perte importante pour la mission. Cet instrument fonctionnait de manière quasi ininterrompue depuis 1977. Il a fourni des données d’une valeur inestimable lorsque la sonde a quitté l’héliosphère – la bulle de particules solaires qui entoure notre système – pour pénétrer dans l’espace interstellaire.
Le choix de cet instrument n’a pas été fait au hasard. Il figurait en tête d’une liste de priorités établie pour les cas où une telle mesure deviendrait nécessaire. Les deux sondes, Voyager 1 et sa jumelle Voyager 2, sont équipées de la même suite de 10 instruments. À titre de comparaison, le LECP de Voyager 2 a été éteint en mars 2025. Avec cette nouvelle désactivation, seuls trois instruments restent désormais opérationnels sur Voyager 1.
La longévité avant tout : la parole de la NASA

Cette décision, bien que douloureuse, était la meilleure solution pour assurer la survie de la mission. C’est ce qu’a expliqué Kareem Badaruddin, le responsable de la mission Voyager au Jet Propulsion Laboratory (JPL), dans une déclaration officielle. « Bien que l’arrêt d’un instrument scientifique ne soit la préférence de personne, c’est la meilleure option disponible », a-t-il affirmé.
Il a ensuite tenu à rassurer sur l’état de la sonde : « Voyager 1 dispose encore de deux instruments scientifiques opérationnels – un qui écoute les ondes de plasma et un qui mesure les champs magnétiques. Ils fonctionnent toujours très bien, renvoyant des données d’une région de l’espace qu’aucun autre engin de fabrication humaine n’a jamais explorée. L’équipe reste concentrée sur le maintien en activité des deux Voyagers aussi longtemps que possible. »
Un plan audacieux pour l’avenir des sondes Voyager

Ce développement triste mais nécessaire s’inscrit dans une stratégie à plus long terme. L’équipe a élaboré un plan, surnommé « le Big Bang », qui vise à éteindre simultanément plusieurs systèmes pour les remplacer par des approches à faible consommation d’énergie. L’objectif est de permettre à la sonde de continuer à fonctionner encore plus longtemps.
Ce plan sera d’abord testé sur Voyager 2, qui se trouve un peu plus près de la Terre et dispose d’un peu plus de puissance. Le premier essai pourrait avoir lieu dans quelques semaines seulement. En cas de succès, la même procédure sera appliquée à Voyager 1, mais pas avant le mois de juillet. Fait notable, alors que l’extinction d’un instrument est généralement définitive, les ingénieurs n’excluent pas la possibilité que le LECP de Voyager 1 puisse un jour être réactivé.
Selon la source : iflscience.com