Un discours à géométrie variable
Le ton a changé. Après avoir promis une récupération rapide de l’uranium iranien, Donald Trump a opéré un virage à 180 degrés. Lundi, le président américain a affirmé qu’il serait en réalité « long et difficile » d’exhumer le stock stratégique de l’Iran. Une déclaration qui sème le trouble, d’autant que la localisation exacte de ce matériau reste incertaine suite aux récentes frappes américaines contre les sites nucléaires du pays.
Ce changement de discours est d’autant plus marquant qu’il contredit directement ses propos tenus quelques jours plus tôt. Vendredi, devant ses partisans, il assurait que l’uranium iranien serait rapporté « sous peu » aux États-Unis. Comment expliquer une telle contradiction en si peu de temps ? La situation sur le terrain serait-elle plus complexe que prévu ?
L’opération « Marteau de minuit » et ses conséquences
Pour justifier ce nouveau calendrier, Donald Trump a invoqué le succès même de l’offensive militaire. Dans un message publié lundi soir sur son réseau Truth Social, il a apporté des précisions. « L’opération Marteau de minuit a mené à l’anéantissement complet et total des sites de poussière nucléaire en Iran. C’est pourquoi la déterrer sera un processus long et difficile », a-t-il écrit.
L’expression de « poussière nucléaire » est une formule propre au dirigeant américain. Elle désigne de manière indifférenciée les stocks d’uranium enrichi que possédait l’Iran, mais également le matériel nucléaire qui aurait été enfoui sous les décombres lors des bombardements américains de juin 2025. C’est un revirement complet par rapport à sa déclaration du jeudi précédent, où il assurait que Téhéran avait accepté de céder son uranium enrichi, l’une de ses principales exigences. Le lendemain, en meeting en Arizona, il martelait : « On va aller le chercher, on va le rapporter aux États-Unis sous peu ».
Téhéran dément formellement

Face aux affirmations américaines, la réponse de l’Iran est sans équivoque. Téhéran a fermement nié avoir consenti au transfert de son uranium. Par la voix du porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, le gouvernement a opposé un refus catégorique. « L’uranium enrichi de l’Iran ne sera transféré nulle part », a-t-il déclaré, dans une communication citée par la télévision d’État.
Cette passe d’armes s’inscrit dans un contexte de méfiance durable. Depuis de nombreuses années, les Américains, les Israéliens et les Européens soupçonnent le régime iranien de chercher à se doter de l’arme nucléaire. De son côté, Téhéran a toujours démenti ces accusations, défendant son droit à l’enrichissement de l’uranium pour un usage strictement civil, notamment la production d’énergie.
Un programme nucléaire mis à mal
La question de l’uranium est devenue centrale après les récents événements militaires qui ont secoué la région. Le programme nucléaire iranien a en effet été très gravement endommagé. Les destructions sont la conséquence directe de la « guerre des 12 jours », qui s’est déroulée en juin 2025.
Cette courte mais intense période de conflit a été suivie, au cours des dernières semaines, par une campagne de frappes aériennes de grande ampleur. Menée conjointement par les forces américaines et israéliennes, cette offensive a ciblé spécifiquement les infrastructures nucléaires iraniennes, laissant le programme en ruines et posant la question du devenir des matières fissiles restantes.
Un cessez-le-feu sur le fil du rasoir

Depuis le 8 avril, les armes se sont tues. Un cessez-le-feu est entré en vigueur entre l’Iran et les États-Unis, mettant un terme, au moins temporairement, à plus d’un mois d’une guerre qui a embrasé le Moyen-Orient. Ce conflit a eu des répercussions bien au-delà de la région, ébranlant l’économie mondiale.
Mais cette accalmie pourrait être de courte durée. Donald Trump a lui-même précisé à l’agence Bloomberg que la trêve devait expirer mercredi soir. Cette échéance imminente ajoute à la tension, alors que la plus grande incertitude entoure une possible reprise des pourparlers. Des discussions entre Téhéran et Washington devaient se tenir au Pakistan, mais leur tenue reste aujourd’hui suspendue à un fil.
Selon la source : journaldemontreal.com