Des scientifiques élucident le mystère d’une étrange « sphère dorée » découverte au large de l’Alaska — et ce n’est pas un œuf
Auteur: Mathieu Gagnon
Une découverte inattendue dans le golfe d’Alaska

En fouillant les fonds marins à la fin de l’été 2023, les scientifiques ont fait une rencontre pour le moins inattendue. L’expédition Seascape Alaska 5, menée par la NOAA (l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique), explorait alors les eaux sombres du golfe d’Alaska. Les caméras de leur véhicule à commande à distance (ROV) ont soudainement capté une image inhabituelle : un « orbe doré » délicatement niché au milieu du fond marin rocheux.
Sur le moment, l’équipe qui opérait le sous-marin robotisé depuis le navire de surface a été stupéfaite par cette masse brillante. La découverte a eu lieu à une profondeur impressionnante de 3 250 mètres, ce qui représente plus de 2 miles sous la surface de l’océan. Face à cet objet inconnu, l’équipage n’avait aucune idée de ce qu’il observait, initiant ainsi une enquête scientifique qui allait s’étaler sur plus de deux ans de recherche avant de livrer ses secrets.
Le scénario d’un film d’horreur sous-marin

L’apparition de ce globe doré sur les moniteurs a immédiatement suscité des réactions partagées entre fascination et appréhension au sein de l’équipage. Un membre de l’équipe de l’expédition a d’ailleurs formulé ses craintes à voix haute : « J’espère juste que lorsque nous allons le piquer, rien ne décidera d’en sortir. C’est comme le début d’un film d’horreur ».
L’incertitude régnait dans la salle de contrôle. « Je ne sais pas quoi penser de cela », a ajouté ce même membre du personnel. « Ma première supposition serait une éponge, mais je ne sais pas ce que je regarde […] Cela semble spongieux, mais maintenant je vois une potentielle enveloppe d’œuf ? »
Pour lever le voile sur ce mystère, il fallait ramener l’objet à la surface. Un bras robotique aspirant a été manœuvré avec précaution pour aspirer le spécimen et le remonter à bord du navire. Une fois l’expédition de retour sur la terre ferme, le globe a été expédié au Musée national d’histoire naturelle (NMNH) de la Smithsonian Institution pour des analyses approfondies. Les experts de l’institution eux-mêmes se sont retrouvés perplexes face à l’échantillon.
L’énigme posée aux experts du Musée national d’histoire naturelle

L’enquête a été prise en charge par Allen Collins, docteur, zoologiste et directeur du Laboratoire national de systématique des pêches de la NOAA, dont les locaux sont situés au sein du NMNH. Dans une déclaration officielle, il explique la démarche initiale : « Nous travaillons sur des centaines d’échantillons différents et je soupçonnais que nos processus de routine clarifieraient le mystère ».
Cependant, les méthodes habituelles ont rapidement montré leurs limites. « Mais cela s’est transformé en un cas particulier qui a nécessité des efforts concentrés et l’expertise de plusieurs individus différents. C’était un mystère complexe qui a nécessité une expertise morphologique, génétique, en haute mer et en bioinformatique pour être résolu », précise le zoologiste.
Au premier coup d’œil, l’objet ne présentait pas l’anatomie typique d’un animal. Les observations ont révélé un matériau fibreux doté d’une surface stratifiée et remplie de cellules urticantes. Ces caractéristiques ont permis de formuler une première hypothèse : l’orbe appartenait au groupe des cnidaires, un ancien embranchement d’animaux marins qui comprend notamment les coraux et les anémones.
Le verdict du séquençage génétique

Pour confirmer l’origine exacte du spécimen, les chercheurs se sont tournés vers les preuves génétiques. La première tentative, utilisant la technique du code-barres ADN, s’est révélée non concluante. Cette impasse s’explique probablement par le fait que l’échantillon avait été contaminé par de la vie microscopique lors de son séjour prolongé dans l’océan. Déterminée à trouver une réponse, l’équipe scientifique est passée à une méthode beaucoup plus rigoureuse : le séquençage du génome entier.
Cette approche approfondie a finalement confirmé leurs soupçons. Les résultats ont révélé que l’échantillon contenait une quantité énorme de matériel génétique provenant d’une anémone des profondeurs. Plus précisément, l’ADN est apparu presque génétiquement identique à celui de Relicanthus daphneae, un cnidaire qui vit dans les abysses du Pacifique Est. Comme le révèle l’équipe dans un nouveau document de prépublication, l’orbe doré n’était autre qu’un amas de tissus morts qui s’était détaché de la base d’une anémone géante des profondeurs.
La conclusion est donc formelle : cet objet mystérieux ne correspond ni à des œufs extraterrestres ni à des artefacts anciens de l’Atlantide, bien que la véritable nature de la découverte reste fascinante. Le document de prépublication détaillant ces résultats est d’ailleurs disponible pour la communauté scientifique sur bioRxiv.
L’importance stratégique de l’exploration des grands fonds

Cette identification minutieuse illustre les défis et les réussites de la science océanographique contemporaine. Le capitaine William Mowitt, directeur par intérim de l’exploration océanique de la NOAA, a souligné la valeur de ces démarches. « Très souvent dans l’exploration des grands fonds océaniques, nous trouvons ces mystères captivants, comme ‘l’orbe doré’. Avec des techniques avancées comme le séquençage de l’ADN, nous sommes capables d’en résoudre de plus en plus », explique-t-il.
Le responsable de la NOAA a ensuite élargi le propos sur la mission fondamentale de l’agence. « C’est pourquoi nous continuons à explorer — pour percer les secrets des profondeurs et mieux comprendre comment l’océan et ses ressources peuvent stimuler la croissance économique, renforcer notre sécurité nationale et préserver notre planète », conclut-il.
L’histoire de cet orbe, passé de curiosité troublante à donnée scientifique précieuse, démontre que les profondeurs marines abritent encore un vaste monde organique à cartographier. Les innovations technologiques et la collaboration interdisciplinaire continuent de transformer l’inconnu en savoir documenté.
Selon la source : iflscience.com