Un trésor perdu, une tempête mortelle : comment des plongeurs ont découvert par hasard un légendaire navire pirate et ses secrets
Auteur: Mathieu Gagnon
Une découverte fortuite dans les profondeurs de l’océan

En 2005, l’entreprise Odyssey Marine Exploration (OME), basée en Floride, explore les fonds marins avec un objectif précis. L’équipe de chercheurs recherche l’épave du HMS Sussex, un navire de guerre anglais équipé de 80 canons, disparu dans les flots en 1694. C’est au cours de cette expédition, menée il y a plusieurs décennies, que les spécialistes tombent par hasard sur un tout autre vestige dans les eaux situées entre le Maroc et l’Espagne.
Le véhicule télécommandé de l’équipe révèle la présence d’un navire pirate du dix-huitième siècle, lourdement armé. Ce bateau corsaire barbaresque constitue une trouvaille inédite dans ces eaux de la région. Sean Kingsley, archéologue et chercheur impliqué dans cette découverte, précise au média Live Science qu’il s’agit du « premier corsaire d’Alger trouvé dans le cœur de la Barbarie ».
L’empreinte des corsaires sur le bassin méditerranéen
Les corsaires barbaresques, terme désignant à la fois les navires et les équipages, opéraient en tant que corsaires pour le compte de plusieurs pays situés le long de la côte nord de l’Afrique. Souvent assimilés à des pirates, ils ont dominé la mer Méditerranée du dix-septième siècle jusqu’au début du dix-neuvième siècle. Leur suprématie a finalement pris fin à la suite de la seconde guerre barbaresque.
Cette entreprise maritime a semé la terreur sur les mers au large des côtes africaines pendant plus d’un siècle. Sean Kingsley explique à la publication Newsweek : « Moins célèbre que les pirates des Caraïbes, la capitale corsaire d’Alger s’est tournée vers la piraterie bien plus tôt et représentait une entreprise beaucoup plus importante ». Le chercheur ajoute une comparaison pour situer l’ampleur de la menace : « Là où Barbe Noire et sa bande inspiraient la crainte de Dieu à des navires isolés, les pirates barbaresques terrorisaient des nations entières. »
L’arsenal et les stratégies de l’équipage pirate

L’inspection minutieuse du navire par les archéologues dévoile un armement conçu pour mener des attaques frontales. Le navire embarquait quatre grands canons, dix canons pivotants, ainsi qu’une grande quantité de mousquets destinés à un équipage composé de 20 pirates. La présence de casseroles et de poêles originaires de la ville d’Alger, ancienne plaque tournante des corsaires barbaresques, offre des indices matériels sur leur logistique quotidienne.
Les experts déduisent de ces trouvailles que le navire se faisait passer pour un banal bateau de commerce afin de masquer ses véritables intentions. Selon les hypothèses des chercheurs, le navire se dirigeait très probablement vers la côte espagnole dans le but de capturer et de piller des colonies. Une tempête inattendue a finalement frappé le bâtiment, ce qui constitue l’explication la plus probable de son naufrage au fond de la mer.
La datation complexe du vestige archéologique

Les artefacts remontés à la surface permettent d’estimer la période d’activité de ce corsaire. Les chercheurs s’appuient sur des objets de la vie quotidienne pour resserrer la chronologie. Sean Kingsley souligne auprès de Newsweek : « La datation la plus précise provient des bouteilles en verre qui ont été soufflées, au plus tard, entre 1740 et 1760. Le navire ne peut donc pas être postérieur à 1760 ».
D’autres éléments découverts à bord, tels qu’une longue-vue européenne, des céramiques et divers bols, viennent confirmer cette fourchette de temps. La publication Newsweek rapporte toutefois que les spécialistes ne sont pas encore en mesure de déterminer avec exactitude la date de construction du navire ni la durée totale de son service sur les mers.
L’état de conservation et la mémoire maritime

Les conditions au fond de l’eau ont offert une préservation très hétérogène au navire. Archaeology Magazine indique que le tiers inférieur de la coque est resté intact, n’ayant été perturbé ni par les plongeurs ni par les bateaux de pêche au cours des quatre derniers siècles. Les parties supérieures du navire barbaresque ont, en revanche, été entièrement détruites par des tarets, des organismes marins considérés comme les termites de la mer.
Ces dégradations n’entament pas l’intérêt des chercheurs face aux informations récoltées, l’épave offrant un aperçu documenté de ce à quoi pouvaient ressembler les mers du dix-septième siècle. Greg Stemm, directeur de Seascape Artifact Exhibits Inc., confie à Newsweek : « La menace des corsaires d’Alger était une terreur quotidienne pour l’Occident ». Le spécialiste conclut en affirmant : « L’épave trouvée dans les eaux profondes est un écho précieux de l’une des grandes horreurs maritimes de la Méditerranée occidentale. »
Selon la source : popularmechanics.com