Des scientifiques ont découvert un ancien monument égyptien dédié à un souverain étranger
Auteur: Mathieu Gagnon
L’épreuve du temps face à la pierre de Karnak

Les scribes de l’Égypte antique consignaient souvent leurs registres sur des rouleaux de papyrus. Si certains de ces documents ont traversé les millénaires, une grande partie d’entre eux s’est totalement désintégrée sous le poids des années. Ce phénomène d’effacement épargne toutefois les archives taillées directement dans la roche, qui conservent une trace inaltérable du passé. Dans le monde antique, des piliers rocheux connus sous le nom de stèles étaient érigés dans le but précis de commémorer des événements majeurs.
Les plus anciens monuments de ce type découverts en Égypte servent de marqueurs funéraires datant de la Première Dynastie. Cette pratique s’observait au sein de cultures lointaines et diverses, allant des Mayas de Mésoamérique jusqu’aux Assyriens, en passant par les Grecs et les Romains. Récemment, une nouvelle stèle a été exhumée par des archéologues à Karnak. Ces chercheurs travaillaient sur la conservation et la réinstallation d’un mur datant du règne du pharaon Ramsès III. Découverte au milieu de ruines de maisons et de bâtiments en briques de boue datant des périodes romaine tardive et byzantine, cette stèle taillée dans le grès met en scène le dirigeant romain Tibère, représenté au milieu de divinités égyptiennes.
Un empereur garant de l’ordre cosmique
Arborant la célèbre double couronne, un couvre-chef symbolisant l’unité de la Haute et de la Basse-Égypte, Tibère apparaît sur ce monument en protecteur de l’ordre cosmique. Ce concept fondateur, connu sous le nom de Maât, est intimement lié à la déesse portant ce même nom. Le choix de représenter l’empereur et général romain sous les traits d’un pharaon montre le souverain en train d’accomplir des rituels destinés à apaiser les dieux de cette terre conquise précédemment par Auguste, son prédécesseur direct.
Le bloc mis au jour dans le complexe des temples de Karnak, situé à Louxor, offre un exemple précis de cette intégration théologique. Sur cette stèle, Tibère se tient aux côtés d’Amon-Rê, le maître des dieux, de la déesse mère Mout, et de leur fils Khonsou. Ces trois figures divines forment ensemble ce que l’on appelle la Triade thébaine. L’ensemble de la scène se trouve immortalisé au-dessus de cinq lignes de hiéroglyphes destinées à célébrer d’anciennes rénovations effectuées sur le mur du temple d’Amon.
Une filiation politique héritée des Ptolémées

À l’instar d’autres souverains romains, Tibère apparaissait sous la forme d’un pharaon au sein des temples égyptiens. Cette pratique s’inscrit dans la continuité d’une longue tradition remontant à la dynastie ptolémaïque. Elle consistait à représenter le dirigeant en place selon le cadre religieux ancien de l’Égypte. Des scènes peintes ou sculptées dans les temples, notamment ceux de Dendérah et de Philæ, montrent Tibère vêtu des atours de la royauté égyptienne, formulant des offrandes aux divinités locales plutôt qu’au panthéon romain.
L’histoire montre que les empereurs de Rome étaient souvent considérés comme des pharaons, une logique d’assimilation qu’Alexandre le Grand avait déjà suivie avant eux. Les artistes locaux les dessinaient avec les traits caractéristiques des Égyptiens. Leurs visages étaient frappés sur les pièces de monnaie du territoire, tandis que leurs noms se voyaient inscrits en hiéroglyphes à l’intérieur de cartouches ovales identiques à ceux employés pour les pharaons des époques révolues.
La présence impériale gravée dans les temples
L’empereur Claude fournit un autre exemple marquant de cette acculturation visuelle. Son image fut gravée sur le temple d’Isis à Chanhour. Sur l’une de ces gravures, on l’observe en train d’ériger un temple dédié à Min, le dieu de la fertilité. Une autre représentation dévoile ce même empereur présentant respectueusement une offrande à cette divinité, illustrant le respect imposé des rites locaux.
Plus au sud, Trajan apparaît foudroyant ses ennemis sur un relief en grès. Cette œuvre est située au niveau du temple d’Esna, un édifice consacré au dieu Khnoum à tête de bélier. Ce genre de scènes devait agir comme des versions idéalisées de rituels qui ont pu être effectivement réalisés dans la réalité. Lors de ces cérémonies, des personnes physiques ou des statues prenaient alors la place du roi et des dieux pour faire vivre le culte.
Les multiples strates d’une restauration complexe

La mission archéologique à l’origine de cette découverte a été menée par le Centre franco-égyptien d’étude des temples de Karnak. Ce projet de grande ampleur s’est déroulé en coopération avec le Centre national de la recherche scientifique et le Conseil suprême des Antiquités. Conduite entre 2022 et 2025, cette initiative savante a permis de faire renaître la porte de Ramsès III. L’équipe a minutieusement retiré, restauré et documenté chaque bloc de pierre de la structure avant d’employer des méthodes modernes pour la réassembler. Les chercheurs ont alors découvert que certains blocs déjà décorés provenaient du règne d’Amenhotep III, deux cents ans plus tôt. Cela signifie que la porte fut probablement construite à l’origine durant cette période ancienne et a évolué avec les pharaons successifs, révélant de multiples phases de construction allant du Nouvel Empire jusqu’aux périodes grecque et romaine.
Un récent communiqué de presse du ministère du Tourisme et des Archives apporte un éclairage officiel sur cette longue série de chantiers historiques. Le document institutionnel précise le détail de ces opérations : « La mission a été capable de découvrir un pavement qui a été enregistré pour la première fois au début du vingtième siècle, qui relie la Porte de Ramsès III et la Place de la Troisième Place à l’intérieur des temples de Karnak. »
Selon la source : popularmechanics.com