Ils découvrent un trésor vieux de 1 000 ans enfoui sous terre, puis comprennent pourquoi il avait été abandonné
Auteur: Mathieu Gagnon
Une ferme suédoise révèle un complexe historique majeur

Une simple colline boisée située au nord-est de Stockholm dissimulait un pan entier de l’histoire scandinave. En 2025, une équipe d’archéologues appartenant à la division Arkeologerna du Musée d’histoire de la Suède a révélé au public les résultats de fouilles menées sur les terres d’une ancienne ferme suédoise, dans la commune de Täby. Le sol de cette région a livré un ensemble d’artefacts datant de l’âge du fer tardif, une période s’étendant d’environ 500 à 1050 après J.-C.
Les fouilles ont mis au jour une vaste zone comprenant 34 bâtiments distincts ainsi qu’un terrain funéraire adjacent. L’ampleur de la découverte se mesure au nombre d’objets exhumés par les chercheurs. Au total, le site a permis de recenser 1 450 artefacts historiques, documentant avec précision le quotidien de cette époque lointaine.
Parmi cette impressionnante collection, les experts ont identifié environ 1 300 objets directement liés aux activités agricoles de l’ancienne exploitation. Les 150 artefacts restants étaient, quant à eux, associés à la nécropole voisine. La véritable surprise de cette expédition s’est toutefois manifestée sous la forme d’un dépôt précieux, soigneusement enfoui dans le sol depuis plus d’un millénaire.
Le trésor du bloc creux : une préservation inattendue

C’est à proximité d’une maison plus ancienne, sous un bloc creux, que les archéologues ont fait la trouvaille la plus marquante de la mission : un pot rempli d’un trésor en argent datant de l’époque viking. Ce récipient renfermait une collection d’objets précieux comprenant des colliers et des bracelets en argent, des anneaux exclusifs pour les bras et le cou, une amulette en argent, des perles, ainsi que des pendentifs ornés de pièces de monnaie.
« La trouvaille est exceptionnelle non seulement en raison de la variété des objets en argent », a précisé John Hamilton, chef de projet au Musée d’histoire de la Suède, dans une déclaration traduite, « mais aussi en raison de la connexion directe avec les restes du site funéraire de la ferme. » Le contenu du pot ne se limitait pas aux métaux précieux, puisqu’un sac fabriqué à partir de lin et de soie y était précieusement conservé.
La survie de ce sac en tissu à travers les siècles constitue un phénomène rare. Selon les explications fournies par John Hamilton, la préservation de cette matière textile est vraisemblablement due à une réaction chimique naturelle : les ions d’argent dégagés par les bijoux ont interagi avec le tissu, empêchant ainsi sa dégradation dans la terre humide de Scandinavie.
Un réseau monétaire s’étendant de la Perse à l’Angleterre
L’élément central du sac en lin s’est avéré être un pendentif particulièrement complexe, composé de 12 pièces de monnaie d’origines diverses. Les numismates ont pu identifier des pièces européennes côtoyant des monnaies islamiques, toutes frappées entre les années 904 et 997 après J.-C. Cette collection hétéroclite témoigne des vastes réseaux d’échanges de l’époque, les pièces ayant été frappées en Perse, en Bavière, en Bohême, en Normandie ou encore en Angleterre.
Les analyses scientifiques du sac ont révélé un autre détail fascinant : la présence de pollens anciens. Les chercheurs y ont identifié des traces de céréales et de plantes médicinales typiques de l’âge viking. Ces résidus organiques offrent un indice supplémentaire sur la fonction initiale de l’objet et sur les coutumes locales de cette période.
« Le sac en lin présentait également des détails en soie d’un type très exclusif qui ont dû être importés de l’extérieur », a souligné John Hamilton. « C’était probablement un sac spécial qui a pu être utilisé pour autre chose au départ, par exemple dans un contexte rituel. » La richesse des matériaux, alliée à l’origine lointaine des pièces, souligne l’importance sociale de la personne à qui ces objets appartenaient.
La fermeture de la ferme et la cérémonie finale

Pour les experts qui ont étudié la disposition du site, ce dépôt précieux s’inscrit dans une démarche symbolique forte. L’enfouissement du pot correspondrait à une expérience rituelle qui aurait pu coïncider avec la fermeture définitive de la ferme. « Le trésor a pu être enterré en conclusion d’une longue et grandiose cérémonie pour honorer une femme défunte de haut rang », a expliqué le chef de projet, émettant l’hypothèse que l’exploitation agricole a cessé ses activités précisément à ce moment-là.
La dimension spirituelle du lieu est étayée par l’architecture environnante. Sur les 34 bâtiments découverts, l’équipe estime que jusqu’à 15 d’entre eux étaient associés à des actes rituels, une déduction rendue possible par leur proximité immédiate avec les sépultures. Le site funéraire a fait l’objet d’une attention particulière de la part des archéologues, qui ont examiné cinq tombes spécifiques.
Parmi ces cinq sépultures, trois contenaient des cercueils, tandis que les deux autres abritaient des restes issus de crémations. Les chercheurs ont procédé à des analyses ADN sur les ossements retrouvés. Bien que les résultats n’aient pas permis de tirer des conclusions hautement définitives, ils ont tout de même démontré que des individus apparentés et non apparentés reposaient ensemble sur ce même site.
Céramiques étrangères et mystère des origines

L’analyse des objets du quotidien a fourni d’autres indices sur les habitants de cette colline forestière de Täby. Les équipes ont mis au jour de nombreuses poteries façonnées avec de l’argile domestique locale. Cependant, le style de ces céramiques ne correspondait pas aux traditions de la région : il s’apparentait davantage à un courant esthétique très répandu de l’autre côté de la mer Baltique.
Selon l’analyse de John Hamilton, cette disparité stylistique indique que les poteries ont été fabriquées par une personne venue de l’extérieur de la région, qui a fini par s’installer durablement à Täby. Cette découverte soulève de nouvelles interrogations sur l’identité des occupants de la ferme et sur leurs parcours migratoires.
Une question demeure en suspens pour les archéologues : l’individu qui façonnait cette poterie aux influences étrangères était-il la même personne qui possédait le trésor d’argent rempli de pièces collectées à travers tout le continent ? Si tel était le cas, l’histoire de ce site illustre l’existence d’une vie rythmée par d’immenses voyages à travers l’Europe et l’Orient.
Selon la source : popularmechanics.com