Les derniers Néandertaliens se sont réfugiés dans une tanière d’hibernation d’ours des cavernes il y a environ 39 000 ans
Auteur: Mathieu Gagnon
Une survie inattendue au nord-ouest de l’Espagne

Une petite enclave isolée dans le nord-ouest de l’Espagne a peut-être servi de foyer à l’une des toutes dernières populations de Néandertaliens ayant existé. Cette occupation s’est déroulée précisément au moment où l’espèce commençait à être remplacée par les humains anatomiquement modernes. Cette période charnière marque la fin d’une ère pour ces anciens homininés, qui ont réussi à survivre un peu plus longtemps que ce que les modèles précédents suggéraient.
Confinés dans une zone forestière qui ne cessait de se réduire, ces Néandertaliens tardifs luttaient pour trouver un habitat permanent tout au long de l’année. Leur mode de vie nomade les a poussés à chercher refuge dans des abris précaires. Ils ont ainsi passé une partie de leur existence à s’abriter dans une caverne qui accueillait en même temps des ours des cavernes en période d’hibernation.
L’impact du changement climatique sur la péninsule Ibérique

Dans la région de la Cantabrie, située dans le nord de l’Espagne, les preuves de l’existence des Néandertaliens se poursuivent jusqu’à il y a environ 40 000 ans. Jusqu’à récemment, aucune trace similaire n’avait été découverte dans la région voisine de la Galice. Cette absence de vestiges laissait supposer que cet ancien homininé avait disparu de cette partie de la péninsule Ibérique à une date antérieure.
Cette disparition présumée coïncidait avec d’importants bouleversements environnementaux. Le changement climatique a entraîné le remplacement progressif des habitats forestiers denses par des prairies sèches et ouvertes. Dans ce nouveau paysage dénué de couvert végétal, les Néandertaliens se trouvaient beaucoup moins capables d’assurer leur survie quotidienne et de chasser efficacement les ressources nécessaires.
Les révélations des fouilles de Cova Eirós

Des chercheurs ont finalement mis au jour des traces d’occupation néandertalienne à l’intérieur d’une grotte galicienne nommée Cova Eirós. Cet assemblage archéologique, daté d’il y a environ 39 000 ans, se compose d’outils en pierre caractéristiques de l’industrie moustérienne. Cette technologie est fortement associée aux Néandertaliens. Les fouilles ont également révélé des restes de petits mammifères qui étaient vraisemblablement chassés par ces anciens homininés.
L’analyse de ces espèces proies apporte des indications cruciales, car il s’agit exclusivement d’animaux vivant en forêt. À l’inverse, les espèces qui occupent les plaines ouvertes, comme les chevaux et les rhinocéros, sont virtuellement absentes de la collection découverte. Cela suggère qu’au moins une partie de la Galice a pu rester boisée, même si la région au sens large devenait dominée par les prairies, offrant ainsi un refuge ultime pour ces Néandertaliens très tardifs.
Les auteurs de l’étude formulent cette dynamique environnementale de manière explicite. « Les derniers Néandertaliens ont survécu sur ce site entre [42 000 et 39 000 ans] en raison des conditions environnementales favorables offertes par cette zone, qui a pu fonctionner comme un refuge, » expliquent-ils. Ils précisent ce constat géographique : « L’importance de ces habitats était fondamentale pour les groupes de Néandertaliens qui habitaient la péninsule Ibérique, favorisant l’occupation de ces vallées boisées par rapport aux zones ouvertes et sèches aux ressources beaucoup plus limitées. »
Une cohabitation précaire avec les grands prédateurs

Les artefacts retrouvés à Cova Eirós présentent une nature fragmentée. Cet état de conservation indique que le site n’a pas été utilisé comme une résidence permanente par ces Néandertaliens galiciens. La grotte a probablement été occupée de manière sporadique et pour de courtes périodes, marquant des haltes temporaires dans leur rude parcours nomade.
La présence d’autres restes d’animaux au sein de la cavité permet aux chercheurs de reconstituer l’atmosphère des lieux. Ils décrivent un schéma d’incursions néandertaliennes « alternant avec l’utilisation du site comme tanière d’hibernation pour l’ours des cavernes et la présence sporadique d’autres prédateurs. » Le simple fait d’être contraints de se cacher dans une grotte à ours souligne la grande vulnérabilité de ces populations à ce stade ultime de leur histoire.
Une chronologie repoussée face à Homo sapiens

Les preuves présentées par les scientifiques démontrent une véritable résilience de l’espèce. Même si les Néandertaliens luttaient manifestement face à la disparition de leur habitat, ils ont réussi à s’accrocher légèrement plus longtemps que prévu. Les auteurs écrivent à ce sujet : « Notre étude montre que les communautés néandertaliennes étaient présentes dans un environnement encore favorable à l’occupation après cet appauvrissement présumé de l’habitat. »
Les découvertes de Cova Eirós sont postérieures à la disparition supposée des technologies moustériennes dans le nord de l’Ibérie. Elles s’avèrent également plus jeunes que les premiers outils aurignaciens de la région, qui signalent l’arrivée d’Homo sapiens. Les Néandertaliens étaient donc toujours présents dans certaines parties de la Galice à une époque où l’on pensait auparavant qu’ils avaient été remplacés par les humains modernes. L’intégralité de ces recherches décisives est publiée dans la revue scientifique Quaternary International.
Selon la source : iflscience.com