La NASA prépare un plan audacieux pour rattraper un télescope spatial en chute cette année, et les tests viennent de commencer
Auteur: Mathieu Gagnon
Une mission de sauvetage inédite en orbite

Dans les mois à venir, l’agence spatiale américaine et l’entreprise spatiale privée Katalyst vont s’atteler à une mission totalement inédite. Leur objectif consiste à lancer un vaisseau spatial conçu pour attraper un télescope en orbite et le déplacer vers une trajectoire plus sécurisée.
Cette intervention s’avère absolument nécessaire pour la préservation de l’équipement. L’instrument scientifique présente en effet une probabilité très élevée de retomber à travers l’atmosphère terrestre au cours de cette année.
Pour préparer cette opération de sauvetage sans précédent, le vaisseau spatial baptisé LINK, développé par Katalyst pour propulser le télescope, subit actuellement une série de tests rigoureux avant son lancement officiel.
L’héritage de l’observatoire Neil Gehrels Swift

Le télescope au cœur de cette mission n’est autre que l’observatoire Neil Gehrels Swift. Il s’agit d’une mission vétérante, dont le lancement initial dans l’espace remonte au 20 novembre 2004.
Depuis sa mise en orbite, cet appareil a principalement observé les événements les plus puissants de l’univers, connus sous le nom de sursauts gamma. Ses capacités d’observation scientifique ne se limitent toutefois pas à ces phénomènes extrêmement lumineux.
Récemment, l’observatoire spatial a tourné ses instruments vers la comète interstellaire 3I/ATLAS. Cette polyvalence en fait un instrument unique et d’une importance majeure dans l’espace, rendant la dégradation progressive de son orbite d’autant plus préoccupante pour la communauté scientifique.
Le piège de l’atmosphère et de l’activité solaire

L’atmosphère de notre planète ne s’arrête pas brusquement au moment de franchir la frontière de l’espace. Elle devient de plus en plus raréfiée, mais sa présence demeure constante à ces altitudes. Lentement, au fil du temps, cette atmosphère extrêmement ténue freine les engins spatiaux. Une vitesse plus faible autour de la Terre entraîne inévitablement une baisse de l’orbite.
La situation s’intensifie lors des périodes de forte activité solaire. Le cycle solaire actuel, qui a atteint son pic en octobre 2024, provoque un gonflement de l’atmosphère, augmentant ainsi la traînée exercée sur les objets en orbite. L’observatoire Swift a subi ces effets de manière massive.
Les calculs effectués en novembre 2025 indiquaient une probabilité de 50 pour cent que le télescope retombe sur Terre et se consume dans l’atmosphère d’ici juin 2026, avec un risque grimpant à 90 pour cent pour une chute avant 2027. Face à l’urgence, la NASA a octroyé un contrat de 30 millions de dollars à Katalyst pour fabriquer un vaisseau robotique capable de hisser Swift vers une orbite plus stable. Depuis le 14 avril, ce vaisseau LINK subit des tests au Goddard Space Flight Center de la NASA.
Une course contre la montre stratégique

« Il ne s’est écoulé qu’environ sept mois depuis que la NASA a attribué à Katalyst un contrat pour tenter de propulser Swift avec le satellite LINK de l’entreprise », a déclaré S. Bradley Cenko, chercheur principal de Swift au NASA Goddard, dans un communiqué. « Combiné à nos modifications des opérations scientifiques, les équipes créent la meilleure opportunité possible pour prolonger la durée de vie de Swift et poursuivre son héritage d’exploration cosmique. »
Au cours des derniers mois, l’équipe en charge de Swift a pris la décision d’éteindre des instruments et de modifier les opérations pour réduire massivement la consommation d’énergie. Cette approche leur a permis de repositionner les panneaux solaires afin de réduire la traînée autant que possible, prolongeant ainsi le calendrier disponible de plusieurs mois.
« Swift produit toujours des données scientifiques précieuses, et nous avons un moyen de préserver cela tout en établissant un plan directeur pour la façon dont nous opérons dans l’espace », a ajouté Ghonhee Lee, le directeur général de Katalyst. « La mission de propulsion de Swift est conçue pour prolonger la vie d’un vaisseau spatial existant, un vaisseau qui n’est pas conçu pour l’entretien, rapidement et de manière rentable. La NASA dirige le virage vers des façons plus flexibles d’opérer dans l’espace en travaillant avec des entreprises comme Katalyst pour tirer le meilleur parti de ses missions et offrir le meilleur rendement aux contribuables. »
Les exigences d’un lancement par avion

Aucun détail n’est actuellement disponible concernant la date exacte à laquelle le vaisseau LINK prendra son envol vers l’espace. Il était initialement prévu que le lancement n’ait pas lieu avant le mois de juin 2026.
L’engin spatial accomplira son voyage à bord d’une fusée Pegasus XL développée par l’entreprise Northrop Grumman. La particularité de cette procédure réside dans son point d’origine : la fusée ne sera pas lancée depuis le sol, mais larguée directement depuis un avion en vol.
Cette configuration spécifique garantira à LINK d’atteindre l’orbite très particulière de Swift avec facilité. Ce choix logistique s’impose naturellement sur le plan technique, puisqu’aucun des spatioports américains actuels ne dispose de la configuration adéquate pour rejoindre le télescope spatial en suivant une simple trajectoire balistique traditionnelle.
Selon la source : iflscience.com