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Des molécules organiques vieilles de 3,5 milliards d’années libérées grâce à une expérience inédite sur une autre planète
Crédit: NASA/JPL-Caltech/MSSS

Une première historique sur la planète rouge

credit : lanature.ca (image IA)

C’est une expérience sans précédent qui vient de livrer ses secrets depuis la surface de Mars. Pour la toute première fois, une analyse chimique d’un genre nouveau a été menée sur une autre planète, libérant des molécules organiques piégées dans l’argile depuis 3,5 milliards d’années. Une équipe internationale de chercheurs vient de publier les résultats de cette manœuvre, qui révèle la présence de plus de 20 de ces molécules, avec des implications considérables pour la quête de traces de vie ancienne.

Cette avancée majeure pourrait bien redéfinir notre approche de l’exploration martienne. En prouvant que des composés complexes peuvent être préservés sur de si longues périodes, elle ouvre une nouvelle fenêtre sur le passé potentiellement habitable de la planète rouge.

L’instrument SAM et son test de la dernière chance

Au cœur de cette découverte se trouve le rover Curiosity de la NASA et son instrument baptisé SAM, pour « Sample Analysis at Mars ». Ce laboratoire miniature est capable de réaliser neuf expériences de chimie par voie humide. Parmi elles, deux seulement utilisent un composé chimique spécial, l’hydroxyde de tétraméthylammonium (TMAH). Ces deux tests sont si précieux qu’ils sont réservés aux échantillons les plus prometteurs, obligeant l’équipe scientifique à une sélection drastique.

La toute première de ces expériences au TMAH a eu lieu en septembre 2020, correspondant aux jours martiens (sols) 2880 à 2882. Les résultats, aujourd’hui dévoilés, ont confirmé que la zone ciblée était un choix exceptionnel, validant des années de préparation et d’anticipation.

Un trésor organique de 3,5 milliards d’années

credit : lanature.ca (image IA)

Amy Williams, de l’Université de Floride, est l’auteure principale de l’étude et a participé au développement de cette expérience chimique. Dans un communiqué, elle exprime la portée de cette trouvaille : « Nous pensons que nous observons de la matière organique qui a été préservée sur Mars pendant 3,5 milliards d’années ». Une affirmation qui pèse lourd dans le monde de l’astrobiologie.

Elle poursuit en expliquant l’importance de cette préservation. « Il est vraiment utile d’avoir la preuve que de la matière organique ancienne est préservée, car c’est un moyen d’évaluer l’habitabilité d’un environnement. Et si nous voulons chercher des preuves de vie sous forme de carbone organique préservé, cela démontre que c’est possible. »

La surprise d’un précurseur de l’ADN

Parmi les molécules identifiées, l’une d’elles a particulièrement retenu l’attention des scientifiques : un hétérocycle azoté. Il s’agit d’une structure en anneau composée d’atomes de carbone qui inclut également un atome d’azote. C’est une découverte majeure, car une telle molécule n’avait jamais été observée sur Mars auparavant. Sa structure est remarquablement similaire à des précurseurs connus de l’ADN et de l’ARN.

« Cette détection est assez profonde car ces structures peuvent être des précurseurs chimiques de molécules plus complexes contenant de l’azote », a déclaré Amy Williams à la NASA. « Les hétérocycles azotés n’ont jamais été trouvés auparavant à la surface de Mars ni confirmés dans les météorites martiennes. »

Outre cette molécule vedette, l’étude rapporte la présence de nombreux autres composés organiques. Un grand nombre d’entre eux sont également retrouvés dans des météorites, ce qui suggère une origine commune.

Des briques de la vie venues des étoiles ?

credit : lanature.ca (image IA)

L’hypothèse d’une source météoritique pour ces molécules est renforcée par les analyses. Cette piste ouvre une perspective fascinante sur l’origine des ingrédients nécessaires à la vie, non seulement sur Mars mais aussi sur notre propre planète. « Les mêmes substances qui sont tombées sur Mars depuis les météorites sont celles qui sont tombées sur Terre, et elles ont probablement fourni les briques élémentaires pour la vie telle que nous la connaissons sur notre planète », avance Amy Williams.

Techniquement, le rôle du TMAH est de fragmenter les grosses molécules organiques complexes. Une fois brisées en plus petits morceaux, ces molécules peuvent être analysées par l’instrument SAM grâce à une technique appelée chromatographie en phase gazeuse. Le succès de cette première tentative a donc une portée qui dépasse largement la seule planète Mars.

Une promesse pour les missions futures

Cette expérience réussie ouvre la voie à de futures investigations. « Nous savons maintenant qu’il y a de grosses matières organiques complexes préservées dans le sous-sol peu profond de Mars, et cela est très prometteur pour la préservation de grosses matières organiques complexes qui pourraient être un signe de vie », ajoute Amy Williams. Une perspective qui galvanise déjà les équipes des prochaines missions.

Le test au TMAH ne restera pas l’apanage de Curiosity. Le rover Rosalind Franklin de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), qui doit s’envoler pour Mars dans quelques années, en sera également équipé. Plus loin encore, la mission Dragonfly de la NASA, qui explorera Titan, la lune de Saturne, embarquera aussi cette technologie. L’étude complète détaillant ces résultats a été publiée dans la revue scientifique Nature Communications.

Selon la source : iflscience.com

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