Avec le retour d’El Niño, 2026 pourrait connaître les phénomènes météo les plus extrêmes de l’histoire moderne
Auteur: Mathieu Gagnon
Un début d’année qui alarme les climatologues

2026 pourrait bien entrer dans les livres d’histoire pour des raisons que personne ne souhaiterait célébrer. Seulement cinq mois après le début de l’année, la planète a déjà été frappée par une succession extraordinaire d’événements météorologiques extrêmes. Des incendies massifs ont ravagé de vastes territoires en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud. Mais selon les experts, le pire reste peut-être à venir.
L’organisation World Weather Attribution (WWA), qui analyse les liens entre événements extrêmes et changement climatique, vient de publier une mise à jour inquiétante. Le retour imminent d’El Niño dans les mois qui viennent menace de pousser les extrêmes climatiques de 2026 à un niveau encore jamais atteint. Canicules record, températures sans précédent, sécheresses dévastatrices et incendies incontrôlables pourraient se multiplier à travers le monde.
Cette année commence à ressembler à un condensé de tous les scénarios que les scientifiques redoutaient. Qu’est-ce qui explique cette accélération brutale des phénomènes extrêmes ? Et comment El Niño risque-t-il d’aggraver encore la situation ?
Une accumulation sans précédent d’événements extrêmes

Les cinq premiers mois de 2026 ont déjà livré un catalogue impressionnant de records climatiques. Les températures de surface des océans à travers le monde grimpent vers des sommets historiques. Certains jours, elles ont même dépassé les niveaux records établis en 2024. Du côté de l’Arctique, la situation n’est pas meilleure : la glace de mer de l’hémisphère Nord a atteint son étendue la plus faible jamais enregistrée pour cette période de l’année. La glace arctique elle-même a battu un record à la baisse pour la deuxième année consécutive.
Sur terre, les anomalies se multiplient également. Plusieurs États américains ont enregistré leurs hivers les plus chauds jamais mesurés. Le Groenland a connu son mois de janvier le plus chaud de son histoire. En Europe, l’Espagne a traversé le début d’année le plus humide en près de cinq décennies, un contraste saisissant avec les conditions de sécheresse les plus sévères que le pays avait connues en plus de 1 200 ans, survenues il y a seulement quelques années.
L’hémisphère Sud n’est pas épargné. En Australie, des températures largement supérieures à 40°C (104°F) ont transformé de vastes régions en véritables brasiers, déclenchant un danger d’incendie catastrophique et créant les pires conditions depuis les terribles feux de brousse du Black Summer en 2019-2020. L’Inde a enregistré des températures atteignant 46°C (114,8°F). En France, des records mensuels de température ont été pulvérisés en février, tandis que certains États brésiliens ont subi leur mois le plus humide jamais enregistré, provoquant des inondations meurtrières et des glissements de terrain dévastateurs. Des incendies étendus ont balayé des portions entières de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique du Sud.
Le changement climatique et le retour redouté d’El Niño

Beaucoup de ces événements extrêmes sont directement liés à l’augmentation des températures mondiales et à la perturbation des systèmes météorologiques causée par le changement climatique d’origine humaine. Mais ce tableau déjà sombre pourrait n’être que le début d’une séquence encore plus dramatique.
Plusieurs organisations de surveillance climatique ont annoncé qu’il est très probable qu’El Niño réapparaisse cette année. Certains prévisionnistes vont même plus loin en estimant qu’il pourrait s’agir d’un épisode particulièrement puissant. Cette perspective inquiète profondément la communauté scientifique, car un El Niño fort agit comme un accélérateur de tous les phénomènes extrêmes déjà en cours.
Quand on combine les effets du changement climatique de fond avec l’arrivée d’un phénomène El Niño majeur, on obtient un cocktail météorologique potentiellement explosif. Les conséquences pourraient se faire sentir dans toutes les régions du globe, de manières différentes mais toujours intenses.
Comprendre El Niño et son influence mondiale

Mais qu’est-ce exactement qu’El Niño, et pourquoi ce phénomène naturel suscite-t-il autant d’inquiétude ? El Niño se définit par une augmentation des températures océaniques et de la pression atmosphérique dans l’est de l’océan Pacifique tropical. Ce qui se produit dans cette zone spécifique de l’océan ne reste pas localisé : les conditions qui s’y développent ont un effet d’entraînement qui se propage à travers toute la planète.
El Niño influence une multitude de phénomènes météorologiques : les régimes de précipitations, l’intensité et la fréquence des sécheresses, la formation des cyclones tropicaux, la survenue de canicules, et bien d’autres encore. Ses ramifications touchent pratiquement tous les continents, modifiant les conditions météorologiques de manière parfois radicale dans des régions éloignées de plusieurs milliers de kilomètres du Pacifique.
L’un des impacts les plus significatifs d’El Niño est sa tendance à pousser les températures moyennes mondiales vers le haut. Historiquement, les années marquées par un épisode El Niño fort figurent systématiquement parmi les plus chaudes jamais enregistrées. Cette hausse généralisée augmente considérablement les probabilités de battre de nouveaux records de température. D’ailleurs, certains scientifiques parient déjà que 2026 se classera parmi les années les plus chaudes jamais mesurées, voire qu’elle deviendra l’année la plus chaude de l’histoire des relevés météorologiques.
Vers une année sans précédent pour les incendies mondiaux

Parmi tous les dangers que fait peser El Niño, la menace des incendies préoccupe particulièrement les experts. Les températures plus élevées, les sécheresses prolongées et les conditions généralement plus sèches convergent vers ce que la WWA décrit comme une potentielle « année sans précédent d’incendies à l’échelle mondiale ».
Theodore Keeping, expert en incendies de forêt à l’Imperial College de Londres et membre du groupe WWA, a livré cette semaine aux journalistes une analyse particulièrement sombre de la situation. Selon ses déclarations rapportées par Reuters, il a expliqué : « Bien que dans de nombreuses régions du monde, la saison mondiale des incendies ne se soit pas encore intensifiée, ce démarrage rapide, combiné avec l’El Niño prévu, signifie que nous assistons à la matérialisation d’une année particulièrement sévère. »
L’expert a poursuivi avec un avertissement encore plus inquiétant : « La probabilité d’incendies extrêmes nuisibles pourrait potentiellement être la plus élevée que nous ayons vue dans l’histoire récente si un El Niño fort se développe effectivement. » Cette déclaration souligne l’urgence de la situation. Alors que la saison des incendies n’a même pas encore atteint son pic dans de nombreuses régions, les conditions actuelles laissent présager des mois à venir particulièrement éprouvants. La combinaison d’un démarrage précoce et intense de la saison des feux avec l’arrivée d’un El Niño puissant crée un scénario dont l’ampleur pourrait dépasser tout ce qui a été observé ces dernières décennies.
2026, un tournant dans l’histoire climatique moderne

Tous les indicateurs convergent donc vers la même conclusion préoccupante : 2026 pourrait marquer un tournant dans l’histoire climatique moderne. Les cinq premiers mois ont déjà accumulé plus d’événements extrêmes que des années entières dans le passé. Et avec le retour d’El Niño qui se profile dans les mois à venir, cette accumulation risque de s’accélérer encore.
La question n’est plus de savoir si 2026 sera une année exceptionnelle d’un point de vue météorologique, mais plutôt de mesurer l’ampleur des records qui seront battus. Les scientifiques scrutent avec inquiétude l’évolution des températures océaniques dans le Pacifique tropical, sachant que chaque dixième de degré supplémentaire dans cette région peut avoir des répercussions majeures sur l’ensemble du système climatique planétaire.
Pour les populations du monde entier, ces prévisions signifient qu’il faut se préparer à affronter des conditions météorologiques de plus en plus difficiles. Des canicules aux inondations, des sécheresses aux incendies, 2026 pourrait bien devenir l’année de référence, celle qui illustre de manière concrète et indiscutable la réalité du dérèglement climatique en cours. Une année pour les livres d’histoire, certes, mais pour des raisons qui rappellent avec force l’urgence d’agir face au changement climatique.
Selon la source : iflscience.com