Sommet Xi-Trump : ce mot lourd de sens prononcé par la Chine sur l’avenir de Taïwan
Auteur: Adam David
Une rencontre sous haute tension

C’est un sommet qui s’est ouvert sur une mise en garde. Ce jeudi, le président chinois Xi Jinping n’a pas tardé à prévenir son homologue américain, Donald Trump, du risque de « conflit » au sujet de Taïwan. Un avertissement sévère qui a donné le ton d’une rencontre où les tensions, qu’elles soient bilatérales ou mondiales, étaient multiples. Le décor était planté, dès les premières heures.
Pourtant, un autre son de cloche s’est fait entendre. Sur un registre plus apaisé, Xi Jinping a également promis une plus grande ouverture de son pays aux entreprises étrangères, y compris américaines. De son côté, la Maison-Blanche a rapporté une convergence de vues entre les deux dirigeants sur un autre point chaud du globe : la nécessité de maintenir le détroit d’Ormuz ouvert à la navigation.
Fait notable, Donald Trump est resté étonnamment discret au début de son séjour, contrastant avec son habitude. Devant les caméras, les deux hommes ont rivalisé de cordialité, le président américain allant jusqu’à promettre un « avenir fabuleux » aux relations entre Washington et Pékin.
Taïwan : la ligne rouge de Pékin

La déclaration de Xi Jinping sur Taïwan a particulièrement détonné. Rapportée par la télévision d’État chinoise alors même que les discussions avec Donald Trump se poursuivaient, elle a mis en lumière le point le plus sensible des relations sino-américaines. Les mots du président chinois furent sans équivoque : « La question de Taïwan est la plus importante dans les relations sino-américaines. Si elle est bien traitée, les relations entre les deux pays (Chine et États-Unis) pourront rester globalement stables. Si elle est mal traitée, les deux pays se heurteront, voire entreront en conflit ».
Un mot, en particulier, a retenu l’attention : « conflit ». Les analystes précisent que le terme employé en mandarin n’implique pas forcément un affrontement militaire, mais la gravité du propos demeure. Pour la Chine, le message est clair. Pékin considère Taïwan comme l’une de ses provinces, qu’elle cherche à réunifier avec le reste du territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949. Si une solution pacifique est privilégiée, la Chine se réserve toujours la possibilité de recourir à la force.
Face à cette position, la politique américaine navigue sur une ligne de crête. Washington assure un soutien militaire solide à l’île, sans pour autant lui accorder une reconnaissance officielle en tant qu’État indépendant, ni appuyer ouvertement ses velléités d’indépendance.
Du Golfe persique aux semi-conducteurs

La question taïwanaise n’était que la partie émergée de l’iceberg. Le sommet s’est ouvert sur une longue liste de sujets de crispation : les relations commerciales, la menace de guerre avec l’Iran, l’accès aux terres rares et aux semi-conducteurs, ou encore la compétition dans le domaine de l’intelligence artificielle. Autant de querelles aux ramifications mondiales.
Le dossier iranien figurait en bonne place. L’administration américaine avait fait savoir en amont que Donald Trump comptait faire pression sur la Chine. L’objectif ? Que Pékin, partenaire stratégique et économique majeur de Téhéran et principal importateur de son pétrole, use de son influence pour trouver une sortie de crise dans le Golfe. Sur ce point, un accord a été trouvé, selon la Maison-Blanche : MM. Trump et Xi « ont convenu que le détroit d’Ormuz devait rester ouvert afin de garantir la libre circulation des produits énergétiques ».
Le compte rendu américain a toutefois révélé une information intéressante, absente du communiqué chinois. Selon la Maison-Blanche, Xi Jinping aurait exprimé son intérêt pour l’achat de davantage de pétrole américain. Une manière de réduire sa dépendance aux importations qui transitent par le détroit d’Ormuz. Le silence de Pékin sur ce point illustre les divergences de communication entre les deux capitales. À noter que le compte rendu de la Maison-Blanche n’évoque, lui, pas le sujet de Taïwan.
Le grand spectacle de la diplomatie

Avant les discussions tendues, place au faste. Xi Jinping a déroulé le tapis rouge pour accueillir Donald Trump au monumental Palais du Peuple, ce haut lieu du pouvoir qui jouxte la place Tiananmen, au cœur de Pékin. Pour l’occasion, l’immense esplanade était pavoisée aux couleurs des deux nations, la Chine et les États-Unis.
Le protocole fut millimétré. Après avoir passé en revue une garde militaire au son d’une salve de canons, les deux chefs d’État ont salué une foule d’enfants. Agitant des fleurs et les drapeaux des deux pays, ils scandaient « bienvenue, bienvenue, chaleureuse bienvenue ! ». C’est seulement après cette démonstration d’apparat que MM. Xi et Trump sont entrés dans le dur des sujets qui fâchent, pour deux heures et quart d’entretiens.
Juste avant que les portes ne se referment sur les journalistes, Donald Trump, qui accorde une grande importance aux relations personnelles entre dirigeants, a multiplié les amabilités. Il a proclamé son « honneur d’être à (ses) côtés » et « l’honneur d’être (son) ami ». Fidèle à son optimisme, il a promis des relations bilatérales « meilleures que jamais » et « un avenir fabuleux ». Le président américain n’a évoqué aucune querelle spécifique, se concentrant plutôt sur les contrats qu’il espérait voir se concrétiser pour les nombreux chefs d’entreprise l’accompagnant.
Partenaires ou rivaux : l’impossible équilibre

Au-delà du protocole, ce sommet, première visite d’un président américain depuis celle de Donald Trump en 2017, visait un objectif principal : maintenir une forme de stabilité entre les deux premières puissances économiques mondiales et éviter d’envenimer les crises en cours. En haut de la liste de souhaits de Washington figuraient des accords dans l’agriculture et, potentiellement, la confirmation d’une commande massive d’avions auprès de Boeing. De son côté, Xi Jinping a promis devant les patrons américains que les portes de son pays allaient « s’ouvrir toujours plus grand », d’après un média d’État.
Les diplomates chinois ont rapporté que les deux présidents se sont entendus pour qualifier leurs rapports de « relation de stabilité statégique constructive ». Une nouvelle terminologie qui intervient après une période de fortes turbulences. En 2025, dès le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les deux superpuissances s’étaient livré une féroce guerre commerciale aux répercussions planétaires, à coups de droits de douane et de restrictions multiples.
Cette guerre avait connu une trêve en octobre, dont les suites devaient être discutées lors du sommet. Des consultations commerciales avaient d’ailleurs eu lieu en Corée du Sud juste avant, avec des « résultats généralement équilibrés et positifs » selon Pékin. Depuis cette trêve, la Chine ressentait aussi l’impact des politiques de Trump au Venezuela et en Iran. C’est dans ce contexte complexe que Xi Jinping a adressé un dernier message à son homologue : « Nous devons être des partenaires, pas des rivaux ».
Selon la source : journaldemontreal.com