Une tombe antique a abrité des corps anonymes pendant 2 300 ans : il s’agirait en réalité de célèbres membres de la royauté
Auteur: Mathieu Gagnon
L’héritage militaire d’Alexandre le Grand et de son père

Bien qu’il soit mort à l’âge de 32 ans, Alexandre le Grand domine régulièrement les classements historiques concernant les plus grandes prouesses militaires. Connu sous le nom d’Alexandre III de Macédoine, ce général a notamment vaincu l’armée perse lors de la bataille de Gaugamèles. À la suite de cette victoire majeure, il a obtenu les titres de « Roi de Babylone, Roi d’Asie, Roi des quatre coins du monde », tandis que ses stratégies de combat demeurent étudiées à l’époque contemporaine.
La préparation de ce dirigeant à de telles conquêtes s’est appuyée sur des figures majeures de l’Antiquité. Son éducation a été confiée au célèbre précepteur Aristote. Parallèlement, son principal avantage militaire provenait de son père, le roi Philippe II. Ce dernier a orchestré l’ascension de la Macédoine et a bâti une armée impressionnante, qu’Alexandre a par la suite menée à travers la Méditerranée orientale, le Moyen-Orient et l’Asie. Ces éléments sont rapportés dans un article rédigé par le journaliste Darren Orf, fruit d’une collaboration avec le site Biography.com.
La redécouverte archéologique de la cité d’Aigai

La localisation exacte du dernier repos de Philippe II a longtemps constitué une énigme pour les chercheurs. Pendant deux millénaires, la ville d’Aigai, ancienne capitale de la Macédoine, a disparu de l’histoire. C’est en 1977 que l’archéologue grec Manolis Andronikos a finalement mis au jour le site abritant le tombeau de Philippe II.
Cette ancienne cité, aujourd’hui située sous la ville moderne de Vergina en Grèce, a vu son importance patrimoniale reconnue à l’échelle mondiale. Le complexe archéologique a été officiellement inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1996. Si les spécialistes étaient convaincus que le père d’Alexandre le Grand reposait dans l’une des tombes de ce complexe funéraire nouvellement découvert, de multiples désaccords et controverses persistaient quant à l’identité précise des occupants répartis dans les trois sépultures distinctes du site.
Une enquête scientifique internationale pluridisciplinaire

Afin de dissiper ces zones d’ombre, une équipe internationale composée d’archéologues en provenance des États-Unis, de Madrid et de Grèce s’est mobilisée. Ces experts ont croisé les données issues de plusieurs méthodes d’investigation scientifique pour analyser ces squelettes royaux, restés anonymes durant 2 300 ans.
Les chercheurs se sont appuyés sur des analyses ostéologiques, des dissections, des examens aux rayons X, tout en consultant rigoureusement les sources historiques et anthropologiques disponibles. Les conclusions de cette vaste investigation ont fait l’objet d’une publication détaillée dans la revue spécialisée Journal of Archaeological Science: Reports, confirmant ainsi formellement l’emplacement des restes de la famille d’Alexandre.
La levée du mystère des trois tombes royales

Les données accumulées ont permis d’identifier avec certitude la répartition des défunts au sein du complexe. La Tombe I abrite bien les ossements de Philippe II, dont l’assassinat remonte à l’année 336 avant notre ère. À ses côtés reposent sa femme Cléopâtre, qui se distingue de la célèbre dirigeante égyptienne, ainsi que leur fils en bas âge. Ces deux membres de la famille royale ont été tués peu de temps après l’assassinat du roi.
L’identification des autres sépultures met fin à de longues décennies de débats académiques. La Tombe II, que de nombreux universitaires attribuaient auparavant à Philippe II, renferme en réalité la dépouille du roi Arrhidée, le demi-frère d’Alexandre le Grand. Il y repose en compagnie de son épouse, une guerrière du nom d’Adea Eurydice. Enfin, la Tombe III correspond au lieu de repos d’Alexandre IV, le fils adolescent du célèbre général macédonien.
Le chapitre final d’un duo militaire historique

L’équipe de recherche a justifié ses conclusions en écartant les théories antérieures avec précision. Le document scientifique précise : « Nous avons évalué l’hypothèse de Philippe II dans la Tombe II et démontré pourquoi elle ne peut être soutenue, sur la base d’un examen complet des preuves disponibles. »
Les auteurs de l’étude soulignent néanmoins que la collecte des données se poursuit pour affiner ces résultats. « Malheureusement, toutes les preuves ne sont pas encore disponibles. Nous attendons la publication des journaux de fouilles de la Tombe I », peut-on lire dans l’article de recherche. Quelque 2 350 ans après l’assassinat du roi à Aigai, et très exactement 2 360 ans plus tard selon la chronologie globale du récit, les archéologues et anthropologues apportent une conclusion matérielle à l’histoire de ce duo père-fils, dont l’influence militaire compte parmi les plus transformatrices de l’histoire humaine.
Selon la source : popularmechanics.com