Démission de Steven Guilbeault : un nouveau chapitre politique s’ouvre dans Laurier–Sainte-Marie
Auteur: Simon Kabbaj
Une sortie discrète pour l’ancien militant écologiste

L’ancien ministre Steven Guilbeault a décidé de tirer sa révérence, mais il le fait avec la discipline d’un joueur d’équipe qui caractérise son parcours depuis son saut en politique. Hier encore, l’élu montréalais a officialisé sa décision en précisant qu’il demeurerait au sein du caucus libéral jusqu’à sa démission, programmée pour cet été.
L’homme aurait tout à fait pu choisir une sortie plus fracassante, en claquant la porte dans l’immédiat pour siéger à titre d’indépendant et faire des vagues. Pourtant, lors de son discours d’adieu, les observateurs n’ont relevé aucune flèche, ni la moindre critique à l’endroit d’une formation politique qui enchaîne pourtant les reculs en matière d’environnement.
Ce départ sans grand bruit résonne comme l’écho des nombreuses couleuvres que l’ancien militant a dû avaler en silence au fil des années. Celui qui, dans le passé, avait escaladé la tour du CN au nom de la cause environnementale s’est visiblement assagi. Un esprit plus frondeur n’aurait pas hésité à saisir l’occasion pour brasser le cocotier de son patron.
Un calcul politique face à Mark Carney

Par cette attitude mesurée, Steven Guilbeault évite sciemment un choc frontal avec Mark Carney. Cette retenue stratégique permet au passage de protéger la faible majorité dont dispose actuellement son parti à la Chambre des communes. Le répit accordé au premier ministre semble toutefois n’être qu’une simple partie remise dans l’arène politique.
Du côté de Mark Carney, on ne va certainement pas pleurer ce départ, l’ancien ministre étant devenu au fil du temps un véritable caillou inconfortable dans sa chaussure. L’homme politique a d’ailleurs pris soin de minimiser l’importance de ce retrait, marquant une distance claire avec l’héritage de son collègue.
Interrogé sur la démission du député montréalais, Mark Carney a livré une réponse tout en retenue calculée. « Je sais depuis quelques mois que c’est une possibilité », a-t-il affirmé publiquement. Avant de conclure, dans une déclaration protocolaire : « Je comprends bien sa décision et je lui souhaite le bonheur. »
Laurier–Sainte-Marie : une forteresse à reconquérir
La retraite annoncée de Steven Guilbeault libère une circonscription clé du centre-ville de Montréal, un territoire historiquement peu enclin à voter en faveur des libéraux. Avant son élection, Laurier–Sainte-Marie n’avait en effet pas arboré la couleur rouge sur la carte électorale depuis les années 1980.
Le poids symbolique de ce secteur dépasse largement les frontières de la métropole québécoise. Cette circonscription demeure surtout célèbre dans l’imaginaire politique pour avoir été le fief indéboulonnable de Gilles Duceppe, figure historique qui fut d’ailleurs le tout premier élu du Bloc Québécois.
Ce vide laissé par l’ancien écologiste représente-t-il une occasion inespérée pour les troupes bloquistes ? L’indice le plus révélateur réside probablement dans le franc sourire affiché par le chef Yves-François Blanchet, lorsque la question des futures élections lui a été posée directement au Parlement.
Les ambitions affichées du Bloc Québécois

Visiblement enthousiaste à l’idée de reconquérir ce bastion, le chef du Bloc Québécois n’a pas caché ses ambitions électorales face aux journalistes. « Pour des raisons de contenu et de sujets et d’historiques, on va être hautement compétitif dans Laurier–Sainte-Marie », a lancé Yves-François Blanchet avec confiance.
La stratégie semble déjà toute tracée pour la formation souverainiste, qui compte bien capitaliser sur le profil spécifique de l’électorat montréalais. « Ce sera une tribune exceptionnelle pour ramener les valeurs progressistes du Bloc Québécois », a poursuivi le chef politique, posant ainsi les jalons de la future campagne électorale.
Derrière la mention de ces fameuses valeurs progressistes se cache une thématique bien précise : l’environnement. Yves-François Blanchet aborde ainsi un champ d’intérêt incontournable qu’il partage fondamentalement avec Steven Guilbeault, laissant présager une lutte acharnée sur le bilan climatique local.
L’opinion publique et le grand test au Québec

Le contexte global a toutefois considérablement évolué depuis l’époque où Justin Trudeau avait réussi le coup d’éclat de recruter le célèbre activiste. Le terme pipeline n’est manifestement plus perçu comme un mauvais mot au sein de la population, illustrant un glissement notable des priorités citoyennes.
Les données chiffrées confirment cette tendance lourde : un récent sondage indique que 61 % des Canadiens estiment aujourd’hui que la croissance économique doit primer lorsqu’il est question de politique énergétique. La bascule est frappante, sachant qu’il y a sept ans, 55 % des répondants jugeaient au contraire que l’environnement devait constituer la priorité absolue.
Cependant, ces multiples reculs environnementaux justifiés par l’économie n’ont pas encore affronté l’épreuve de la réalité concrète. On construit rarement un pipeline ou un autre grand projet sans casser des œufs. Les électeurs qui avaient porté Steven Guilbeault au pouvoir auront très bientôt l’occasion de juger le bilan des nouveaux libéraux façonnés sous l’influence de Mark Carney. Ce moment représentera tout un test au Québec pour le premier ministre.
Selon la source : journaldemontreal.com