Beaucoup ignorent l’origine du piment de la Jamaïque, et la réponse pourrait vous surprendre
Auteur: Mathieu Gagnon
Le mystère derrière la poudre : une simple baie

Les données d’analyse des moteurs de recherche révèlent une tendance claire. Chaque année, des milliers d’internautes interrogent Google pour découvrir ce qu’est réellement le piment de la Jamaïque, connu en anglais sous le nom de « allspice », et de quoi il est composé. Une version antérieure de cette histoire, publiée en mars 2023, s’était d’ailleurs déjà penchée sur ce sujet.
À la surprise de beaucoup, il ne s’agit pas d’un mélange de multiples aromates et de différentes épices. C’est en réalité une baie. Plus précisément, ce sont les baies non mûres séchées du Pimenta dioica, un arbre originaire d’Amérique centrale et des Caraïbes. Le produit est couramment broyé pour être vendu sous la forme d’une fine poudre, un processus documenté dans la Vidéo 1 qui illustre le sujet.
Une empreinte incontournable dans les cuisines du monde

Cette épice entretient l’association la plus intime qui soit avec la gastronomie mexicaine et caribéenne. Elle constitue la saveur fondamentale du féroce et délicieux assaisonnement « jerk » de la Jamaïque, par exemple. Sa présence se retrouve fréquemment dans les préparations culinaires de toute la région au sens large.
Bien que son origine soit ancrée dans les Amériques, cet ingrédient a su se frayer un chemin dans les cuisines du monde entier. Son influence s’étend des boulettes de viande suédoises aux ragoûts portugais, en passant par le vin chaud.
Le terme anglais « allspice » aurait été développé par les premiers colonisateurs européens arrivant aux Amériques. Ces derniers vénéraient la plante car elle parvenait à combiner les saveurs de la cannelle, de la noix de muscade, du clou de girofle et du poivre noir, soit certaines de leurs saveurs favorites de l' »Ancien Monde ». Si vous vous retrouvez un jour dans un besoin désespéré de cette épice, une combinaison de ces quatre poudres spécifiques constitue un substitut tout à fait raisonnable.
L’histoire d’un monopole colonial tenace

L’appréciation de cette baie dans les Amériques remonte à des siècles, peut-être des millénaires. Les peuples indigènes Mayas l’utilisaient pour aromatiser leurs boissons au chocolat, tandis que les populations indigènes des Caraïbes brûlaient les feuilles et le bois de la plante pour fumer la viande.
Les conquistadors espagnols ont croisé sa route dans ce qu’ils nommaient le « Nouveau Monde ». Ils l’ont rapportée en Europe, où elle est devenue une véritable sensation et un symbole de statut social. L’Empire britannique a ensuite agi promptement pour monopoliser le commerce à travers la Jamaïque coloniale, cimentant l’île comme la première source mondiale de cette épice, un titre qu’elle conserve encore aujourd’hui.
Malgré l’enthousiasme de l’Europe pour la baie, la plupart des tentatives visant à cultiver l’arbre en dehors des Amériques ont fait un flop. Les arbres ont obstinément refusé de fructifier lors de leur transplantation ailleurs, gardant la production indéniablement liée aux Caraïbes et à l’Amérique centrale.
Propriétés médicinales et jeu d’alias internationaux

Sur le plan chimique, l’épice contient de l’eugénol. Il s’agit du même produit chimique que l’on trouve dans les clous de girofle et la cannelle. Ce composé a démontré des propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes, avec de légères qualités analgésiques. Des caractéristiques antimicrobiennes ont été observées dans des environnements de laboratoire. Cela pourrait-il expliquer pourquoi elle a été historiquement utilisée pour conserver la viande dans les climats chauds ?
Le produit navigue sous plusieurs pseudonymes géographiques. Ses différents alias incluent le poivre de la Jamaïque, le poivre de myrte, ou encore pimento, qui est le mot portugais pour « poivre ».
En polonais, le nom utilisé est ziele angielskie, ce qui signifie « épice anglaise ». Cette appellation s’explique très probablement en raison des liens commerciaux de la baie avec l’Empire britannique.
Le paprika, l’autre grande illusion de nos placards

L’univers des aromates recèle d’autres secrets qui s’inscrivent dans la tendance des nouvelles du type « comment les gens pouvaient-ils l’ignorer ? ». Il a été récemment exposé que de nombreuses personnes sur internet ne savent pas de quoi le paprika est fabriqué.
C’est exact, il n’existe pas de buisson à paprika qui serait responsable de relever la saveur de votre goulash. Un mystère végétal de plus qui vient bousculer les certitudes des consommateurs.
Selon la source : iflscience.com