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Un immense navire militaire a disparu avec 306 personnes à bord : ni l’épave ni les corps n’ont jamais été retrouvés
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une énigme vieille de plus d’un siècle

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Dans les annales de l’US Navy, peu de dossiers sont aussi opaques que celui de l’USS Cyclops. Ce navire charbonnier de 164 mètres de long (540 pieds), dont le nom est tiré de la mythologie grecque, s’est volatilisé en 1918. Selon les informations rapportées par le magazine Popular Mechanics, cette disparition est survenue lors d’un trajet de retour depuis les Caraïbes en direction de Baltimore, dans le Maryland, une traversée qui s’annonçait routinière.

Le navire a emporté avec lui entre 306 et 309 personnes, équipage et passagers confondus. Le plus troublant reste l’absence totale de signal de détresse, alors même que la salle des radios du bâtiment était occupée sans interruption, 24 heures sur 24. Aucune épave certifiée n’a jamais été localisée, et aucun corps ni débris n’a pu être repêché pour offrir un début de réponse aux familles des disparus.

Aujourd’hui encore, la situation n’a pas évolué. En mai 2026, les archives historiques de la Marine américaine classent toujours le destin du Cyclops comme une disparition non résolue. Cette position officielle tranche avec les nombreuses affirmations publiées en ligne suggérant que l’affaire a enfin trouvé une conclusion ou que le navire a été découvert.

L’âge d’or du charbon et un chargement de guerre

credit : lanature.ca (image IA)

Au début du XXe siècle, la flotte américaine reposait sur une logistique colossale. Les grands navires de guerre de l’US Navy, à l’image des cuirassés de classe Nevada et New York, ou des croiseurs de classe Montgomery, dépendaient exclusivement du charbon pour alimenter leurs chaudières. Les charbonniers, capables de transporter des milliers de tonnes de combustible et d’en transférer jusqu’à deux tonnes à la fois sur les ponts d’autres navires grâce à d’énormes bennes preneuses, étaient indispensables pour maintenir la flotte en mouvement.

L’USS Cyclops était l’un de ces rouages vitaux, opérant pour le Naval Overseas Transport Service de l’US Navy. Affichant un déplacement de 19 360 tonnes à pleine charge, ce bâtiment exigeait une main-d’œuvre considérable en raison du manque de mécanisation de l’époque. Plus de 300 marins étaient nécessaires à son fonctionnement. À titre de comparaison, les pétroliers ravitailleurs modernes de la classe Henry J. Kaiser, bien qu’ils soient 50 % plus grands et affichent un déplacement deux fois supérieur, ne nécessitent qu’un équipage de 89 personnes.

Le dernier voyage documenté du Cyclops a débuté le 28 janvier 1918. Ce jour-là, le navire a livré 9 960 tonnes de charbon à l’Escadre de patrouille sud-américaine, stationnée à Rio de Janeiro, au Brésil. L’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale ayant généré une forte demande en matières premières, le bâtiment a ensuite chargé 11 000 tonnes de minerai de manganèse, un métal crucial pour la production de fer et d’acier. Le navire a fait une dernière escale à la Barbade pour s’approvisionner en charbon, avant de reprendre sa route vers Baltimore. Après ce départ, le navire et tous ses occupants ont disparu sans laisser de trace.

Erreur humaine, stress structurel et risques chimiques

credit : lanature.ca (image IA)

L’hypothèse la plus crédible avancée par les experts concerne la gestion de la cargaison. Le minerai de manganèse, particulièrement dense et lourd, aurait été chargé à l’avant et à l’arrière du navire. Cette répartition inégale aurait exercé une pression structurelle intense sur le centre de la coque, au point que le navire aurait pu se briser en deux lors d’une mer agitée. Ce mauvais chargement s’expliquerait par une querelle à bord : le capitaine, réputé pour son comportement irrationnel et tyrannique, avait fait arrêter son commandant en second à la suite d’une dispute mineure. Or, ce dernier était le seul officier doté d’une expérience dans le chargement de ce minerai lourd et magnétique.

La disparition totale de l’équipage s’expliquerait par le moment précis du naufrage. Les spécialistes estiment que le drame s’est produit de nuit. À cette heure, seulement 10 % de l’équipage était réveillé et en service. Si la coque a cédé sous le poids de la cargaison, le navire a dû sombrer si rapidement, entraîné vers le fond par le manganèse, que la majorité des hommes, endormis sous les ponts, n’ont eu ni le temps de se préparer ni de mettre à l’eau les canots de sauvetage.

En 2024, la compréhension de cet événement s’est enrichie d’une nouvelle dimension scientifique apportée par l’Université internationale de Floride (FIU). Tomás R. Guilarte, doyen et neurotoxicologue, a souligné que le manganèse posait un danger allant bien au-delà de son simple poids. Le chimiste pointe des risques d’exposition toxique ayant pu altérer les capacités de l’équipage, ainsi qu’un risque lié aux poussières combustibles. Ces données sont corroborées par la science moderne : l’Agency for Toxic Substances and Disease Registry considère le manganèse comme une préoccupation toxicologique. De même, la base de données CAMEO de la NOAA alerte sur le fait que la poussière de manganèse finement divisée peut être pyrophorique ou explosive, un fait appuyé par la fiche de sécurité chimique de l’OIT qui précise que ces particules dispersées peuvent former des mélanges explosifs dans l’air.

Météorologie extrême, conflits armés et mythes populaires

credit : lanature.ca (image IA)

Outre les failles internes, des forces extérieures ont été évoquées. La théorie d’une condition météorologique exceptionnelle, comme une tempête soudaine ou une vague scélérate, demeure étudiée. La NOAA décrit ces phénomènes comme de gigantesques vagues de surface pouvant se former lorsque des mers agitées par des tempêtes rencontrent des courants opposés, tels que le Gulf Stream. Une recherche récente de l’Université du Maryland a d’ailleurs démontré que ces vagues scélérates peuvent être mesurées et prévues plusieurs minutes à l’avance grâce aux données des bouées océaniques. Bien que cela ne prouve pas qu’une telle vague ait frappé le navire, cela inscrit cette hypothèse dans le champ de la science océanique et non plus du folklore.

Le contexte de la Première Guerre mondiale a logiquement orienté les soupçons vers une attaque ennemie. À la fin du conflit, les sous-marins allemands en patrouille dans l’Atlantique avaient détruit près de 5 000 navires marchands, soit 30 % de la flotte commerciale mondiale, en utilisant des torpilles et des mines. Cependant, aucun U-boat n’était connu pour opérer dans le secteur où le Cyclops naviguait, et la marine allemande n’a jamais revendiqué cette destruction. Par ailleurs, une attaque aurait immanquablement laissé des traces de l’explosion, or aucun débris n’a été retrouvé lors des recherches qui ont suivi.

Dans l’imaginaire collectif, cette absence de preuves matérielles a nourri les théories les plus fantaisistes. Pendant des décennies, le naufrage a été associé au Triangle des Bermudes, une zone de l’Atlantique et des Caraïbes réputée pour ses disparitions, ses observations d’ovnis et divers événements paranormaux. À l’instar de la célèbre disparition du Vol 19, la perte du Cyclops a été imputée à des forces mystérieuses allant des extraterrestres aux vortex interdimensionnels, en passant par la civilisation perdue de l’Atlantide.

Des recherches contemporaines qui se heurtent au silence de l’océan

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Malgré le temps écoulé, la quête d’une réponse formelle n’a jamais totalement cessé. En février 2024, la chaîne HISTORY a diffusé un épisode intitulé « Eye of the Cyclops » (L’œil du Cyclope), dans le cadre de la onzième émission de la deuxième saison de son programme The Bermuda Triangle: Into Cursed Waters. Pour cette production, la société Lone Wolf Media et la chaîne ont entrepris des investigations sérieuses, mobilisant des experts et des technologies de pointe.

Marvin Barrash, chercheur de longue date sur le sujet et participant à cette expédition télévisée, a partagé ses conclusions. Il a révélé par la suite avoir pu consulter des images issues d’investigations sur des épaves potentielles. Le résultat de cette démarche n’a cependant abouti à aucune découverte tangible. Le navire, a-t-il écrit, allait « rester dans l’ombre » pour le moment.

En définitive, l’absence d’identification certifiée ou de validation par des pairs scientifiques maintient l’USS Cyclops au rang des derniers grands navires de l’US Navy perdus en mer sans explication. Si de futures explorations venaient à retrouver son emplacement, de telles preuves matérielles viendraient enfin asseoir les hypothèses structurelles et chimiques. Cet article est basé sur les travaux de Kyle Mizokami pour Popular Mechanics, un auteur de San Francisco spécialiste des questions de sécurité et de défense depuis 2015, expert des explosifs et projectiles, dont les écrits ont également figuré dans des publications telles que The Daily Beast, U.S. Naval Institute News, The Diplomat, Foreign Policy, Combat Aircraft Monthly et VICE News. Jusqu’à ce qu’une découverte vienne contredire le vide actuel, la cause exacte de ce drame historique reste inconnue.

Selon la source : popularmechanics.com

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