Des experts révèlent les pays les plus à risque face à El Niño, annoncé comme le plus puissant jamais enregistré
Auteur: Simon Kabbaj
La nature et l’ampleur d’un phénomène sans précédent

En parcourant les chaînes d’information en continu et les fils d’actualité des réseaux sociaux, une partie du public découvre peut-être aujourd’hui le terme d’El Niño. Ce phénomène climatique suscite de vastes alertes mondiales, prévoyant une recrudescence des incendies de forêt, des épisodes de sécheresse et d’importantes inondations. Mais quelle est la mécanique exacte derrière ces perturbations qui menacent diverses nations à travers le globe ?
Dans des termes simples définis par le Met Office britannique, El Niño correspond à un schéma climatique d’origine naturelle. Il survient lorsque les eaux de surface de l’océan Pacifique, spécifiquement dans ses vastes étendues centrales et orientales, atteignent des températures nettement supérieures à la normale. Ce surplus de chaleur ne modifie pas uniquement la température marine, il réchauffe également de manière significative l’air situé en surplomb.
Les spécialistes de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) ont officiellement déclaré que les conditions propres à El Niño sont dorénavant en cours dans le Pacifique tropical. Selon leurs estimations, cet épisode pourrait être le plus intense jamais enregistré, avec des conséquences s’étendant jusqu’en novembre, et potentiellement jusqu’en 2027 et au-delà. L’agence a précisé : « Les conditions El Niño se sont développées au cours du mois dernier, comme le montrent les températures de surface de la mer (SST) supérieures à la moyenne à travers l’océan Pacifique équatorial central à oriental ». Une version de très forte intensité, qualifiée de « super » El Niño, est officiellement déclarée lorsque l’augmentation des températures de surface marin atteint ou dépasse les 2 degrés Celsius. Le professeur Adam Scaife, responsable des prévisions mensuelles à décennales au Met Office du Royaume-Uni, a confié à la BBC : « Nous devons nous inquiéter des impacts ». Il a souligné : « L’actuel El Niño chevauche une quantité substantielle de réchauffement climatique ». Avant de conclure : « Cela signifie que les températures réelles dans les régions touchées pourraient bien être sans précédent, car le réchauffement d’El Niño est complété par le changement climatique ».
Inondations : la carte des territoires submergés

L’élévation des températures modifie les précipitations globales de manière asymétrique, augmentant le risque d’inondations massives dans certains pays tandis que d’autres souffriront de conditions plus chaudes et sèches propices aux sécheresses et aux feux de forêt. Les projections indiquent que certains États nord-américains à forte vocation agricole, dont la Californie, ainsi qu’une myriade de pays du Moyen-Orient actuellement frappés par l’aridité, bénéficieront d’un accroissement bienvenu de la pluviométrie.
Néanmoins, la situation sera tragiquement différente pour d’autres territoires. Les pays situés dans le nord-est de l’Afrique figurent parmi les plus menacés par le risque de pluies dangereusement fortes et d’inondations destructrices. L’Égypte, la Somalie, l’Éthiopie et Djibouti sont directement concernés par ces prévisions, tout comme certaines zones d’Asie centrale, la partie nord du Pérou et le sud de l’Équateur.
Ces perturbations météorologiques vont frapper des populations dont la résilience est déjà mise à rude épreuve. Mohamed Adow, le directeur du groupe de campagne Power Shift Africa, a alerté sur le fait que les habitants d’Afrique de l’Est paieront un lourd tribut. Il a prévenu : « En Afrique de l’Est en particulier, cela va s’abattre sur des communautés déjà meurtries par les sécheresses et les inondations ces dernières années ».
Ouragans : le paradoxe des eaux chaudes atlantiques et pacifiques

La mécanique d’El Niño possède également un impact direct sur la formation des grandes tempêtes océaniques. Le journal britannique The Guardian a mis en évidence que ce phénomène a pour habitude d’atténuer la saison des ouragans dans l’océan Atlantique, sans pour autant l’éliminer totalement.
Cette particularité pourrait offrir un répit relatif à certaines régions du continent américain. Les secteurs côtiers des États-Unis, incluant la côte Est ainsi que les territoires bordant le golfe du Mexique, pourraient ainsi connaître une saison cyclonique moins active qu’à l’accoutumée.
Ce soulagement potentiel ne sera toutefois pas partagé de manière uniforme à travers les océans. Les experts en météorologie ont émis des avertissements sévères concernant l’océan Pacifique. Des zones insulaires, telles que l’archipel d’Hawaï, pourraient ne pas bénéficier de cette même clémence climatique et restent hautement vulnérables face au risque accru d’événements météorologiques extrêmes.
L’engrenage des sécheresses et l’épuisement des ressources

Si la diminution potentielle du nombre d’ouragans en Atlantique peut sembler rassurante, elle engendre des répercussions critiques sur les terres. Pour l’Amérique centrale, ce répit s’accompagnera de « beaucoup moins de précipitations et potentiellement des conditions de sécheresse », a mis en garde Liz Stephens, professeure spécialisée dans les risques climatiques et la résilience à l’Université de Reading. Un tel assèchement aura un impact direct sur les communautés de pêcheurs en entraînant une baisse de la disponibilité alimentaire pour de nombreuses espèces marines, notamment les anchois.
Ailleurs sur le globe, le tarissement des précipitations se conjuguera à une chaleur extrême. En Asie du Sud-Est ainsi qu’en Australie, les modèles anticipent des conditions climatiques beaucoup plus chaudes et sèches. Selon la BBC, cette combinaison de facteurs va décupler le risque de déclenchement de feux de forêt dévastateurs sur ces territoires.
Les répercussions s’étendent par ailleurs au sous-continent indien. Le dérèglement océanique a la capacité d’affaiblir la saison de la mousson, qui se déroule habituellement entre les mois de juin et de septembre, provoquant simultanément des vagues de chaleur plus intenses. Ces pluies sont d’une importance vitale pour la région, puisqu’elles ne servent pas uniquement à assurer le maintien de la production agricole, mais sont également indispensables au remplissage et au renouvellement des réserves d’eau potable.
L’appel pressant du Secrétaire général des Nations Unies

Face aux menaces identifiées, le neuvième Secrétaire général des Nations Unies, en poste depuis 2017, a tenu à s’exprimer publiquement. António Guterres, homme politique à la fois portugais et est-timorais, a diffusé une vidéo solennelle d’avertissement immédiatement après la déclaration officielle confirmant le développement des conditions El Niño.
« La science est claire : El Niño arrive à notre porte dans les mois à venir avec une certitude de 90 % », a-t-il fermement déclaré. Il a exigé une prise de conscience mondiale immédiate : « Le monde doit le traiter comme l’avertissement climatique urgent qu’il est. Les conditions El Niño verseront de l’huile sur le feu d’un monde en réchauffement ». Insistant sur l’accélération du phénomène, il a ajouté : « Les impacts frapperont encore plus fort, voyageront encore plus loin, et traverseront les frontières avec une vitesse dévastatrice ».
Afin d’enrayer cette dynamique, le dirigeant de 77 ans a estimé que la seule « réponse efficace est une action climatique à la hauteur de la crise ». Selon lui, cela implique de mettre un terme à « l’addiction aux combustibles fossiles » dont souffre le monde, tout en « accélérant le changement » vers des sources d’énergie renouvelable. Enfin, António Guterres a exhorté les responsables politiques du monde entier à « protéger les plus vulnérables » et à déployer sans délai des « systèmes d’alerte précoce pour tous ».
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