Aller au contenu
Allégations de racisme au poste 39 du SPVM : le gouvernement maintient son refus du terme systémique
Crédit: lanature.ca (image IA)

Suspensions et allégations de comportements discriminatoires à Montréal-Nord

credit : lanature.ca (image IA)

Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Fady Dagher, a annoncé la suspension de deux agents rattachés au poste de quartier 39. Cette décision administrative fait suite à des allégations de comportements discriminatoires visant des citoyens de l’arrondissement de Montréal-Nord, entraînant la réaffectation des effectifs d’une équipe de patrouilleurs.

Les détails entourant ces événements font l’objet d’une attention médiatique soutenue. Des reportages ont indiqué que des policiers auraient coupé les cheveux de personnes interpellées dans le but d’en faire des « trophées ». Lors d’un point de presse, le chef Fady Dagher a confirmé que ces éléments précis faisaient partie des allégations actuellement examinées par les autorités.

La situation pourrait dépasser le strict cadre disciplinaire, puisque les agents suspendus s’exposent potentiellement à des poursuites. Le dossier a été soumis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), qui procède à son analyse pour déterminer si des accusations criminelles sont justifiées.

La position gouvernementale et la métaphore des pommes pourries

credit : lanature.ca (image IA)

Face à ces allégations au sein du SPVM, le gouvernement provincial maintient sa position lexicale et refuse d’utiliser l’expression « racisme systémique ». Le ministre responsable de la Lutte contre le racisme, Christopher Skeete, a abordé la question lors d’une entrevue accordée au quotidien Le Devoir. Il a qualifié la situation de « panier de pommes pourries », rejetant la notion d’un problème strictement institutionnel.

« Le débat du racisme systémique, c’est une discussion philosophique. […] Pour moi, c’est de la sémantique », a déclaré le ministre Skeete. Il a fait valoir que l’utilisation de ce terme peut polariser le débat : « Ça nous enlève la chance de travailler sur le racisme. » Tout en se disant choqué par la nature des révélations, il conserve une ligne directrice claire dans le choix des mots pour qualifier la situation.

« Je m’attendais à ce qu’il y ait des gens, peut-être, individuellement… Tu sais, des pommes pourries. Là, ce qu’on voit, c’est que c’est un peu plus grand que ça. C’est un panier de pommes », a-t-il précisé, tout en fixant une limite : « C’est vrai que, dans ce cas-ci, il y avait un panier de pommes pourries, mais je ne suis pas prêt à parler du verger. »

Appelé à commenter les moyens de restaurer le lien de confiance entre le SPVM et les communautés racisées, Christopher Skeete a souligné l’importance des figures représentatives. « À tous les jours au Québec, on a la chance d’avoir des symboles. On a Lionel Carmant, on a Régine Laurent, qui préside des commissions sur l’avenir de nos petits-enfants. On a Christopher Skeete, qui part de rien dans sa vie, puis qui devient ministre », a-t-il illustré. Il a conclu en affirmant que ces exemples démontrent qu’il est possible de « tailler sa place dans le Québec contemporain ».

Des appels pressants à une enquête indépendante

credit : Madwa-Nika Cadet / via linkedin

La classe politique municipale et provinciale a réagi en demandant une transparence accrue dans le traitement de cette affaire. Le conseil municipal de Montréal a formellement réclamé une enquête indépendante sur ces soupçons. À l’Assemblée nationale, le Parti libéral du Québec (PLQ) a également demandé que le SPVM soit dessaisi de l’enquête pour éviter toute apparence de conflit d’intérêts.

La députée libérale de la circonscription montréalaise de Bourassa-Sauvé (incluant Montréal-Nord), Madwa-Nika Cadet, a plaidé pour que la Sûreté du Québec (SQ) prenne la relève. Lors d’un entretien avec Le Devoir, elle a insisté sur l’importance de la perception publique : « La population a besoin d’avoir l’assurance qu’une enquête véritablement indépendante et impartiale sera menée. » Elle a souligné que laisser le SPVM enquêter sur ses propres troupes dans un tel contexte ne répondrait pas aux attentes de transparence du public.

Pour l’élue libérale, ces allégations illustrent la nécessité de revoir l’approche institutionnelle. « Un épisode comme celui-ci nous rappelle que c’est absolument [nécessaire] de reconnaître au Québec la question du racisme systémique », a soutenu Mme Cadet. Elle juge cette reconnaissance incontournable pour prouver une tolérance zéro face aux discriminations et rassurer l’ensemble des citoyens.

La réponse de l’exécutif face aux exigences de transparence

credit : TVA Nouvelles, CC0, via Wikimedia Commons

Devant les demandes pressantes de transférer le dossier à la Sûreté du Québec, le gouvernement de François Legault a privilégié une étape intermédiaire. L’administration provinciale a annoncé le mandat d’un observateur indépendant, dont la tâche consistera à veiller à la conformité et à la rigueur de l’enquête en cours sur les membres du SPVM.

Le ministre de la Sécurité publique, François Bonnardel, a été interpellé concernant les mécanismes d’examen de ces événements. Par l’entremise des réseaux sociaux, le ministre n’a pas écarté la possibilité que d’autres instances soient impliquées si la situation l’exige au fil des découvertes.

« Selon ce qui sera rapporté, [des] processus demeurent : déontologie policière, transfert de l’enquête à un autre service de police ou au BEI [Bureau des enquêtes indépendantes] », a-t-il indiqué pour préciser les options disponibles.

Au niveau municipal, les instances décisionnelles assurent qu’elles suivront le dossier de près. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, appuyée par l’opposition officielle dirigée par Aref Salem, a insisté sur la nécessité d’une clarification complète : « Il faut s’assurer d’une reddition de comptes qui va être indépendante, qui va être authentique, qui va être directe et transparente. »

La mobilisation de la société civile et de Québec solidaire

credit : Christine Fréchette / via X

L’approche gouvernementale consistant à nommer un observateur est jugée insuffisante par divers intervenants politiques et communautaires. La co-porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, s’est rendue devant les bureaux montréalais du premier ministre pour faire écho aux demandes de la société civile. Forte d’une pétition de près de 800 signataires, elle a réitéré la demande d’une enquête publique et indépendante sur « le profilage racial et le racisme systémique au sein du SPVM ».

La représentante de Québec solidaire a mis en exergue l’importance de la terminologie employée par les institutions de la province pour qualifier ces enjeux sociaux.

« C’est important de mettre des mots sur ce que vivent les personnes racisées depuis des années. Et ce qu’elles vivent, c’est du racisme, et il est systémique », a déclaré Ruba Ghazal lors de son intervention publique.

Présent lors de cet appel, Mohamed Mimoun, coordonnateur du Forum jeunesse de Saint-Michel, a interpellé le gouvernement pour qu’il adopte des mesures plus structurelles. Il a averti qu’une approche individualisée ne suffirait pas : « Si on traite la question du profilage racial comme des actions individuelles et comme des gens pourris qu’on doit juste écarter, ça ne réglera jamais le problème. »

Selon la source : ledevoir.com

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu