L’hiver infernal et l’ombre de Monk

Soyons honnêtes, vous avez probablement passé un bon tiers de votre hiver le nez littéralement fourré dans les mouchoirs, à sniffer frénétiquement du ravintsara et à tousser, comme on dit, toute votre âme. C’était intense. Mais voilà, maintenant que vous allez mieux, que le pire semble derrière vous, un autre problème surgit : vous redoutez la rechute. C’est viscéral. Vous avez développé, presque sans vous en rendre compte, les mêmes petites habitudes maniaques que le célèbre détective Monk.
Vous commencez à voir des microbes partout, sur chaque poignée de porte, chaque barre de métro. Vous craignez de revivre ce rhume paralysant en boucle. Ce n’est peut-être pas juste de la prudence… c’est peut-être ce qu’on appelle une variante de l’hypocondrie.
Quand la grippe laisse des traces : l’anxiété de santé

Il faut dire que les microbes ne vous ont pas laissé beaucoup de répit cette année, c’est un fait. Vous sortez tout juste d’une période grippale franchement éprouvante, ponctuée de ces frissons désagréables, de fièvres et de symptômes envahissants qui vous mettent à plat. Vous avez joué de la trompette avec votre nez tout l’hiver — une image peu glamour mais tellement réaliste —, toussé jusqu’à en perdre connaissance et lutté contre ces parasites intérieurs avec l’énergie du désespoir.
Et pourtant ! Malgré dix couches de vêtements superposées, une écharpe qui ne vous quitte jamais, des potions immunitaires avalées à répétition et des précautions d’hygiène que vous pensiez optimales, vous avez quand même succombé aux virus de la saison. C’est la faute à pas de chance, diront certains. Sauf que depuis que vous êtes requinquée, vous ne pouvez pas vous empêcher de penser au pire.
Vous avez cette peur sourde de revivre ces scènes de léthargie totale, la tête coincée dans l’inhalateur et le Vicks Vaporub presque en perfusion, ou en cathéter pour être exact. Tant et si bien que vous rêvez secrètement — ne le niez pas — que les combinaisons stériles et les gants en latex deviennent la dernière mode tendance. Cette année, la grippe ne pardonne pas. Ce n’est pas le petit « coup de froid » passager qui s’envole aussi vite qu’il est venu. Non, c’est un rhume virulent, le genre qui nous cloue au fond du lit et nous donne l’impression d’être un légume.
Pas étonnant, dans ces conditions, que vous soyez un peu dans un état de psychose. Les professionnels de santé mettent un mot là-dessus : ils parlent d’anxiété de santé, un dérivé de l’hypocondrie. Rassurez-vous, vous n’en êtes pas forcément à un stade phobique irréversible, mais avouez que vous angoissez dès que votre gorge vous gratte un peu ou que la fatigue vous accable.
Miroir, mon beau miroir… suis-je malade ? Les symptômes qui ne trompent pas

Il vous est déjà arrivé de vous surprendre à tâter votre gorge en quête de ganglions suspects ? Ou de vous ausculter toute seule devant le miroir en imaginant des symptômes fantômes ? Si oui, c’est certainement le reflet d’une anxiété de santé qui s’installe. Vous faites des check-up plusieurs fois par jour, machinalement, et vous questionnez internet pour vous éclairer, ce qui est rarement une bonne idée. Si votre plus beau bracelet est devenu le tensiomètre et si vous dégainez le thermomètre dès que vous ressentez quelques bouffées de chaleur, alors vous êtes certainement en proie à ce mal du siècle.
Comme l’explique le Dre Spelman, psychologue et directrice clinique de la Private Therapy Clinic : « Cela varie d’une personne à l’autre et dépend de l’affection qui inquiète le plus la personne, et cette préoccupation peut évoluer ». C’est fluctuant, insidieux. Mais comment savoir si votre appréhension dépasse le cadre du raisonnable ?
Voici quelques signes fréquents identifiés chez les personnes vivant avec l’anxiété de santé :
- Obsédée par les signes du corps : porter une attention excessive à de petites sensations, comme un léger malaise, un grain de beauté qui change d’aspect, ou même un battement de cœur un peu plus rapide que d’habitude.
- Recherche compulsive de réponses : consulter Google frénétiquement pour comprendre un symptôme, lire des articles médicaux sans cesse, ou scruter chaque petite variation de votre santé.
- Vérifications répétées : mesurer votre pouls, vérifier votre température ou surveiller votre tension plus souvent que nécessaire (et souvent pour rien).
- Besoin constant d’être rassurée : appeler des proches à toute heure, consulter des médecins ou chercher des certificats de santé juste pour apaiser votre esprit.
- Peurs persistantes malgré des résultats rassurants : c’est le signe le plus tenace, même après un examen médical montrant que tout va bien, l’inquiétude persiste, elle est là, en toile de fond.
Covid, Google et thérapies : comprendre et agir

Ce n’est pas sorti de nulle part. Comme le précise la spécialiste, cette anxiété de santé, qui fait désormais partie du jargon médical courant, s’est nettement accentuée au plus fort de la crise du Covid-19. Et depuis cette époque étrange des masques chirurgicaux, des gels hydroalcooliques et des distances de sécurité, elle est devenue presque chronique chez certains. Ajoutez à cela les actualités anxiogènes qui dramatisent chaque pathologie, qui rappellent sans cesse la hausse des cas de cancer et qui nous donnent l’illusion d’être fichu à chaque gros titre… ça n’arrange pas ce bobo mental. Même lorsqu’elles ne concernent pas directement votre situation personnelle, ces infos ont tendance à faire monter la tension intérieure.
Avoir toutes les ressources médicales du monde au bout des doigts peut sembler rassurant… jusqu’à ce que l’on tombe sur le pire scénario possible. Une recherche banale sur des symptômes peut vite dériver en hypothèses alarmantes, surtout pour celles et ceux qui ont naturellement tendance à anticiper le pire. Or, consulter votre médecin tous les quatre matins dans l’espoir qu’il soigne des maux qui n’existent que dans votre tête n’est franchement pas la meilleure option.
La Dre Spelman, elle, recommande une approche de fond : la thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Elle ne guérit pas l’invisible par magie, mais elle vous désintoxique de vos pensées sombres et vous sèvre, petit à petit, de vos croyances nuisibles.
Conclusion : Rompre le cercle vicieux

En résumé, si vous vous alarmez de la moindre petite toux comme si elle allait vous être fatale, c’est très probablement de l’anxiété de santé. Mais ne désespérez pas : avec quelques bonnes stratégies, vous pouvez rompre ce cercle vicieux. Évidemment, l’idée n’est pas de se laisser dépérir ou de sceller le divorce avec votre médecin traitant, mais plutôt de raisonner vos peurs pour retrouver une vie un peu plus sereine.
Selon la source : ma-grande-taille.com
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