Sondage Léger : le PQ perd son avance et se retrouve au coude-à-coude avec les libéraux
Auteur: Adam David
Un duel inattendu : l’échiquier politique québécois redessiné
Le paysage politique québécois est en pleine mutation. L’avance confortable dont jouissait le Parti Québécois s’est évaporée, laissant place à une course beaucoup plus serrée avec le Parti Libéral. Selon un nouveau sondage Léger-Le Journal-TVA, les deux formations sont désormais nez à nez, recueillant respectivement 31 % et 30 % des intentions de vote.
Ce revirement est spectaculaire. Il y a peu, en décembre dernier, les troupes de Paul St-Pierre Plamondon dominaient largement le classement, affichant une avance de 18 points de pourcentage sur les libéraux. Le chef péquiste, qui incarnait jusqu’alors seul la volonté de changement des électeurs, doit maintenant partager la scène.
La remontée libérale et l’effet Charles Milliard
La nouvelle dynamique semble en partie portée par un renouveau au sein du Parti Libéral. « Il y a une certaine embellie pour le PLQ avec Charles Milliard, maintenant établi comme chef », analyse Sébastien Dallaire, vice-président de la firme Léger. C’est un véritable retour au jeu pour la formation fédéraliste, surnommée les « rouges ».
Ce n’est pas la première fois que les libéraux menacent la première place du PQ. En juin, l’arrivée de Pablo Rodriguez avait déjà permis au parti de chauffer son rival. Cet élan avait toutefois été rapidement perdu suite à l’affaire des « brownies », qui avait fait reculer le parti dans les sondages.
Le PQ, toujours maître chez les francophones mais fragilisé
Malgré cette chute au niveau national, le Parti Québécois conserve une base solide. Il demeure confortablement en tête dans les comtés majoritairement francophones, où il récolte pas moins de 39 % des intentions de vote. Cependant, même sur ce terrain crucial pour le scrutin d’octobre prochain, les libéraux progressent, améliorant leur score pour atteindre 19 %.
L’analyse de Sébastien Dallaire reste nuancée. « Ça s’est resserré beaucoup, mais avec des résultats comme ça […] le PQ remporte l’élection », souligne-t-il. Il précise toutefois une conséquence majeure de ces nouveaux chiffres : la perspective d’un gouvernement péquiste majoritaire, qui semblait plausible il y a quelques mois, s’éloigne considérablement avec les résultats publiés aujourd’hui.
La souveraineté à son plus bas niveau dans un climat mondial instable
Le projet phare du Parti Québécois subit lui aussi un sérieux revers. L’appui à la souveraineté du Québec atteint un plancher historique. Si un référendum avait eu lieu ces derniers jours, seulement 29 % des répondants auraient voté en faveur de l’indépendance. « C’est le chiffre le plus bas qu’on a mesuré [depuis le référendum de 1995] », constate Sébastien Dallaire. En conséquence, un bloc imposant de 71 % des Québécois aurait coché « Non » sur le bulletin de vote.
Le contexte international pèse lourd dans la balance. Le sondeur fait remarquer que le coup de sonde a débuté la veille des frappes américano-israéliennes sur l’Iran. Cette nouvelle crise au Moyen-Orient s’ajoute à une série de facteurs d’incertitude : l’élection de Donald Trump, l’imposition de tarifs douaniers et l’agression russe en Ukraine. Face à ces menaces, la prudence semble de mise pour l’électorat.
« Est-ce que ça va remonter si les choses changent au niveau géopolitique ? Probablement. Mais pour l’instant, les Québécois sont plus en mode “protéger les acquis” qu’en mode “changer de système”, étant donné qu’il y a beaucoup de menaces à différents niveaux », résume le sondeur. Dans ce contexte, la démarche référendaire du PQ pourrait devenir un boulet.
La CAQ en difficulté et la course à sa chefferie
Le climat d’instabilité économique ne profite pas à la Coalition Avenir Québec (CAQ). Le parti au pouvoir est même devancé pour la première fois par les conservateurs dans les intentions de vote. À l’intérieur même de la formation, la course à la chefferie voit Christine Fréchette creuser l’écart sur son rival. Pas moins de 70 % des sympathisants de la CAQ la considèrent comme « le meilleur chef », contre seulement 20 % pour Bernard Drainville.
Pourtant, cette popularité interne ne se traduit plus au niveau national. En janvier dernier, Mme Fréchette permettait à son parti de se hisser au deuxième rang dans les intentions de vote globales. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Elle a été supplantée par la nouvelle coqueluche du moment, le libéral Charles Milliard, et se retrouverait désormais à égalité avec le chef conservateur, Éric Duhaime.
Méthodologie du sondage : les détails techniques
Pour garantir la précision de ce portrait de l’opinion publique, le sondage a été mené en ligne auprès d’un panel de 1041 répondants. Ces participants, tous âgés de 18 ans ou plus, ont été interrogés sur une période allant du 27 février au 2 mars 2026.
Les résultats bruts ont ensuite été pondérés afin de refléter le plus fidèlement possible la composition de la population québécoise. À des fins de comparaison, la firme Léger précise qu’un échantillon probabiliste de cette taille comporterait une marge d’erreur maximale de plus ou moins 3,04 %, et ce, dans 19 cas sur 20.
Selon la source : journaldequebec.com