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Soutien à l’Iran : le virage pragmatique qui bouscule la diplomatie canadienne
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un ralliement qui prend tout le monde de court

Il avait été élu sur une promesse forte : celle d’un Canada libéré de sa dépendance envers les États-Unis. Un pays plus souverain, plus libre, plus fort. Lors de son discours à Davos, le premier ministre Mark Carney avait même évoqué une « rupture » dans l’ordre mondial, allant jusqu’à réclamer une alliance pour contrer « l’intimidation prédatrice » des superpuissances.

Pourtant, c’est un tout autre visage qu’il a montré face à l’une des décisions les plus radicales de la présidence de Donald Trump sur la scène internationale. Alors que le président américain annonçait des frappes contre l’Iran, Mark Carney a choisi de rentrer dans le rang. Un alignement qui soulève de nombreuses questions sur la nouvelle orientation de la politique étrangère du Canada.

Un soutien sans nuance et sans condition

La réaction du gouvernement canadien a été d’une rapidité surprenante. À peine l’annonce des frappes faite par Donald Trump, Mark Carney s’est empressé d’exprimer son soutien. Cette approbation a été formulée sans la moindre nuance, sans poser de conditions et sans lancer le traditionnel appel à la retenue diplomatique qui caractérise habituellement la voix du Canada dans les crises internationales.

Cette posture marque une rupture complète et frontale avec la philosophie libérale qui a guidé la diplomatie du pays pendant des décennies. En choisissant un appui inconditionnel, le premier ministre semble tourner le dos à une longue tradition de médiation et de prudence pour adopter une nouvelle posture, plus directe et alignée sur son voisin américain.

La fin d’une tradition diplomatique

Après la Seconde Guerre mondiale, le Canada a patiemment bâti sa crédibilité et son influence sur la scène mondiale en misant sur son appui indéfectible aux institutions multilatérales. La désescalade des conflits, la promotion du dialogue et le rôle central des Nations Unies formaient le triptyque autour duquel s’articulait sa politique étrangère. Un héritage solidement ancré dans l’identité nationale.

L’exemple le plus marquant reste celui de 2003, lorsque le premier ministre de l’époque, Jean Chrétien, avait refusé d’appuyer les États-Unis dans la guerre en Irak. Cette décision est aujourd’hui considérée comme l’un de ses grands legs politiques. Cette fois-ci, la démarche est radicalement différente : Mark Carney n’a pas demandé de réunion du Conseil de sécurité de l’ONU ni appelé à la désescalade en Iran. Il a préféré appuyer sans réserve une opération militaire lancée par Donald Trump.

Le pragmatisme comme nouvelle boussole

Comment expliquer un tel revirement ? Pour certains observateurs, le monde a tout simplement changé depuis la guerre en Irak. L’ONU, autrefois au centre du jeu diplomatique, est aujourd’hui perçue comme marginalisée, enfermée dans « la tour d’ivoire de sa bien-pensance ». Parallèlement, les États-Unis menacent l’équilibre commercial mondial, forçant des pays comme le Canada à sortir de ce qui est perçu comme de la complaisance.

Sous l’impulsion de Mark Carney, le Canada semble donc s’ajuster à cette nouvelle réalité. Ce réalignement ne se limite pas au dossier iranien. Il s’observe également dans le rapprochement opéré avec la Chine, malgré la détention arbitraire des « deux Michael », ou encore dans la grande réconciliation entamée avec l’Inde, en dépit des accusations d’ingérence de ce pays en sol canadien.

Un calcul stratégique face aux négociations

Derrière cette nouvelle posture, le message envoyé à l’administration américaine est limpide. Il semble exister des limites claires à la possibilité d’aliéner le président Trump, surtout à la veille de négociations jugées existentielles concernant l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Le timing de ce soutien inconditionnel ne serait donc pas un hasard.

La ministre Anita Anand a bien tenté de nuancer l’appui exprimé par son premier ministre, cherchant à adoucir les angles de cette nouvelle position. Mais pour beaucoup, le virage est déjà consommé. L’ère où la politique étrangère canadienne était guidée par un culte des valeurs semble avoir cédé le pas à une nouvelle ère, celle du calcul pragmatique.

Selon la source : journaldemontreal.com

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