L’œil des satellites perce le mystère amazonien
Un vaste réseau d’infrastructures vient de refaire surface sous l’épaisse canopée amazonienne. Les images capturées depuis l’espace par des satellites ont mis en évidence un aménagement paysager complexe mêlant tracés fonctionnels et axes cérémoniels. Ces voies terrestres, qui datent de 763 avant notre ère, suggèrent la présence de sociétés hautement développées il y a des milliers d’années. À l’époque, ces tracés servaient à la fois d’infrastructure matérielle et de couloirs pour le mouvement des forces spirituelles.
Les chercheurs ont scruté méticuleusement les clichés spatiaux pour traquer les moindres vestiges de ces anciennes routes. Leur zone d’étude chevauche la frontière actuelle entre le Brésil et la Bolivie, dans la partie sud-ouest de l’Amazonie. Sur un vaste territoire couvrant une superficie de 134 400 kilomètres carrés, soit 52 000 miles carrés, les scientifiques ont recensé un total de 955 routes anciennes. Mises bout à bout, ces voies représentent une longueur cumulée de 350 kilomètres, l’équivalent de 220 miles.
Les ingénieurs de la civilisation Aquiry

La datation au radiocarbone apporte des précisions temporelles sur l’édification de ce réseau. Les résultats indiquent que les axes les plus anciens ont été construits entre 763 avant notre ère et 950 de notre ère par l’ancienne civilisation Aquiry. « Les 955 routes anciennes de la région étaient à la fois remarquablement droites et soigneusement planifiées, suggérant l’implication de sociétés complexes », écrivent les auteurs de l’étude.
Les relevés topographiques révèlent des dimensions très spécifiques pour ces infrastructures. La majorité de ces routes s’étendent sur une longueur inférieure à 500 mètres, soit 1 640 pieds. Beaucoup d’entre elles présentent des profils sculptés et des bords surélevés, témoignant d’une maîtrise technique de l’aménagement du sol. « Ces caractéristiques attestent d’une conception délibérée et d’une ingénierie qualifiée », expliquent les chercheurs.
Géoglyphes, astres et dimensions spirituelles
Les premières routes associées à la culture Aquiry se distinguent par leur morphologie singulière. Elles sont généralement larges et courtes. Ces tracés émanent vers l’extérieur à partir de vastes motifs cérémoniels creusés directement dans le sol, appelés géoglyphes. Leurs orientations suivent souvent les points cardinaux, ce qui laisse entrevoir une connexion possible entre ces sites et des observations astronomiques de la voûte céleste.
La finalité exacte de ces courtes voies cérémonielles conserve une part d’ombre. Les auteurs de l’étude avancent une hypothèse sur leur utilisation spirituelle. Selon eux, ces infrastructures « auraient pu soutenir des engagements entre des sujets humains et non humains en facilitant les mouvements entre les réalités visibles et spirituelles. » L’aménagement physique du territoire permettait ainsi une interaction directe avec les mondes invisibles.
La seconde vague d’aménagements et le rôle des rivières

Une vague de construction routière ultérieure a démarré bien plus tard, vers 1200 de notre ère. Cette période correspond historiquement à l’apparition de campements établis sur des monticules dans la région. Les routes qui émanent vers l’extérieur de ces sites surélevés s’avèrent beaucoup plus étroites que les imposants axes de la période Aquiry.
Leurs fonctions semblent résolument tournées vers les nécessités du quotidien. Ces voies permettaient de relier les populations entre elles et facilitaient le transport des marchandises à travers la forêt. Les données géographiques montrent qu’environ 40 pour cent de ces routes mènent directement en direction des rivières. Cette orientation spécifique suggère que le réseau apportait un soutien logistique majeur aux activités centrées autour des ressources aquatiques de l’Amazonie.
Des chemins évanouis dans la forêt
Un phénomène étonnant caractérise la configuration de ces campements sur les monticules : environ la moitié des routes qui s’en échappent se dissipent simplement dans la forêt environnante. Les chercheurs estiment que ces tracés menaient peut-être autrefois vers des champs agricoles disparus sous la végétation. Une autre piste envisage une fonction rituelle pour ces chemins sans issue apparente. Ils « pourraient avoir simplement disparu dans la forêt en facilitant la transition des personnes entrant et sortant des environnements où existaient des relations multi-espèces, des esprits et d’autres entités non humaines », écrivent les scientifiques.
Déterminer l’usage exact de chacune de ces voies de transport reste ultimement impossible. Les auteurs affirment toutefois que leur étude « confirme que les routes anciennes fournissent des informations clés sur les civilisations passées et sont essentielles au patrimoine archéologique de la région. » Ces découvertes archéologiques majeures ont fait l’objet d’une publication détaillée dans la revue Latin American Antiquity.
Selon la source : iflscience.com