La grotte aux pythons d’Ouganda révèle comment une épidémie de virus Marburg pourrait débuter
Auteur: Mathieu Gagnon
Le virus de Marburg, une menace silencieuse

C’est une maladie hémorragique grave, souvent mortelle pour l’homme : la maladie à virus de Marburg (MVD). Provoquée par le virus du même nom, elle est transportée par les chauves-souris frugivores égyptiennes. La transmission à l’être humain peut se produire après une simple exposition dans les grottes ou les mines où ces animaux élisent domicile.
Imaginez alors la surprise des scientifiques lorsqu’ils ont surveillé la Grotte du Python, en Ouganda, un site connu pour être un réservoir du virus de Marburg. Leurs caméras ont révélé que, malgré le danger avéré, des dizaines de personnes pénétraient régulièrement dans la grotte. La plupart de ces visiteurs n’avaient aucune protection et ignoraient les règles de sécurité, créant une occasion idéale pour que le virus passe des chauves-souris à la communauté locale.
Une surveillance aux résultats inattendus

À l’origine, l’équipe de recherche, principalement issue du Volcanoes Safaris Partnership Trust, n’avait pas pour objectif d’enregistrer les interactions entre l’homme et l’animal. Leur but premier était d’observer les léopards d’Afrique et les hyènes tachetées. Pour ce faire, ils ont installé six pièges photographiques à énergie solaire à l’entrée de la grotte.
Ces caméras ont filmé près de 9 000 heures d’activité, réparties sur 368 « nuits de piégeage photographique » entre février et juin 2025. En examinant les enregistrements, les chercheurs ont fait une double découverte. D’un côté, un groupe diversifié d’animaux chassant et se nourrissant de chauves-souris. De l’autre, le passage de 214 personnes, parmi lesquelles des touristes et des enfants en sortie scolaire. Une seule personne portait un masque.
Un carrefour complexe entre humains et animaux

Les images ont révélé la présence de plus de 14 espèces animales différentes dans la grotte. Parmi elles, des léopards chassant des chauves-souris, mais aussi des singes les attrapant ou se nourrissant de leurs carcasses. Selon les chercheurs, ces clichés constituent une preuve visuelle rare d’un réseau complexe où humains et animaux entrent potentiellement en contact direct avec un virus mortel dans la nature.
Ces observations ont été détaillées dans une correspondance publiée dans la revue scientifique *Current Biology*. L’équipe de recherche y a écrit : « Nos découvertes reflètent un risque à l’échelle du paysage : non seulement la présence d’hôtes réservoirs, mais aussi les comportements, les interactions et les schémas d’accès humains qui façonnent l’exposition. »
Un danger connu mais largement ignoré

Comment expliquer une telle prise de risque ? Une partie du toit de la grotte s’est effondrée, ce qui a pour conséquence que les chauves-souris se retrouvent souvent au sol ou sur les parois inférieures, les rendant particulièrement faciles d’accès. Le danger n’est pourtant pas un secret. De nombreux panneaux d’avertissement concernant le virus sont installés à l’extérieur du site.
Ces panneaux rappellent une réalité médicale implacable : il n’existe aucun vaccin approuvé et largement disponible contre le virus de Marburg, ni de traitement spécifique efficace. L’histoire récente confirme la menace. En 2007 et 2008, deux touristes ont été infectés par le virus après avoir visité cette même grotte. L’un d’eux en est décédé par la suite.
Un tournant pour la surveillance et des mesures urgentes

L’équipe scientifique précise ne pas avoir vérifié si une transmission a eu lieu pendant la durée du projet de surveillance. Leurs enregistrements démontrent cependant comment les comportements des animaux et des humains peuvent créer les conditions parfaites pour le déclenchement d’une épidémie.
« La confirmation visuelle d’une guilde de prédateurs interagissant avec un réservoir de chauves-souris du virus de Marburg représente un tournant pour la surveillance zoonotique sur le terrain », ont écrit les chercheurs. Face à ce danger potentiel, ils suggèrent plusieurs mesures de protection. Ils recommandent de tester le sang des prédateurs qui visitent régulièrement la grotte, ainsi que celui des gardes du parc qui y travaillent. De plus, ils préconisent que les touristes souhaitant visiter le site soient obligés de porter des vêtements de protection.
Ces travaux ont été publiés par Bosco Atukwatse et ses collègues dans la revue *Current Biology* en 2026, sous le titre « Multi-species foraging on a Marburg virus bat reservoir », avec le DOI : 10.1016/j.cub.2026.02.043.
Selon la source : phys.org