Charles Milliard : le nouveau chef libéral déjà pris dans l’étau de son propre parti ?
Auteur: Adam David
Une lune de miel de très courte durée

Pour Charles Milliard, la période de grâce à la tête du Parti libéral du Québec (PLQ) semble déjà terminée. Successeur de Pablo Rodriguez, le nouveau chef se retrouve rapidement confronté à un paysage politique complexe, où les pressions ne viennent pas seulement de l’extérieur, mais aussi et surtout de l’intérieur de sa propre formation.
La situation est celle d’un homme cerné. D’un côté, les autres partis fédéralistes québécois affûtent leurs stratégies pour capter une partie de son électorat traditionnel. De l’autre, les tensions internes au sein du PLQ menacent de paralyser son action et de le forcer à adopter une ligne qui pourrait lui aliéner une partie de son soutien.
La tenaille des partis fédéralistes concurrents

La menace externe prend deux visages distincts. D’une part, au sein de la Coalition Avenir Québec (CAQ), une figure comme Christine Fréchette est décrite comme étant à la fois déterminée et charismatique. La nouvelle première ministre est présentée comme tout à fait capable de séduire l’électorat des fédéralistes nationalistes, un terrain de chasse traditionnel pour les libéraux.
D’autre part, le Parti conservateur du Québec (PCQ) d’Éric Duhaime s’aventure sur un nouveau terrain. Fort d’un livre récent, ce dernier vient de faire ce qui est qualifié de « révélation de l’autonomisme ». Cette nouvelle posture idéologique lui permettrait, lui aussi, de puiser dans l’électorat naturel du PLQ. Il ciblerait spécifiquement les francophones qui auraient encore pu être enclins à voter pour le parti fondé par les frères Dorion en 1867, un parti qui, selon l’analyse, aurait été dénaturé depuis.
Le danger intérieur, la plus grande menace

Pourtant, le défi le plus pressant pour Charles Milliard ne viendrait pas de ses adversaires, mais bien de ses propres rangs. C’est au sein même de sa formation politique que le nouveau chef se retrouve le plus coincé, face à des courants internes qui limitent sa marge de manœuvre.
Les « fédéralistes purs et durs » du parti ont envoyé un message clair à leur nouveau dirigeant. Il n’aurait pas le loisir de défendre la loi 96, qualifiée de « timide », en la soustrayant à l’application de la Charte canadienne des droits et libertés, établie à Ottawa. Cette pression interne place le chef dans une position délicate face aux enjeux linguistiques et identitaires québécois.
Un nationalisme de façade qui se fissure

Cette dynamique interne est exacerbée par les actions d’autres acteurs politiques. Paul St-Pierre Plamondon, le chef du Parti Québécois, va, selon l’analyse, constamment « brasser la cage ». Ses interventions attiseront la colère des libéraux décrits comme « allergiques au Québec et à ses revendications ». Pris dans cet engrenage, Charles Milliard serait contraint de se faire le porte-parole de ces « éléments désagréables ».
Ce sursaut au sein du PLQ contre le recours à la clause dérogatoire est perçu comme une bonne nouvelle par certains observateurs. Cette menace de mutinerie interne empêcherait Charles Milliard de « feindre le nationalisme », une posture qu’il aurait déjà adoptée allègrement. En renonçant à promouvoir ce qui est décrit comme les « thèses brillantes » du constitutionnaliste Benoit Pelletier, le PLQ se serait enfermé dans une vision du fédéralisme calquée sur celle de son grand frère d’Ottawa.
La conséquence anticipée est claire : le « vernis libéral francophone et souriant » finira par craquer. Cette situation mène à un constat empreint de pitié : « Pauvre Charles Milliard. Pauvre Parti libéral du Québec. »
Un avenir dans l’opposition en attendant des jours meilleurs ?

Dans ce contexte, l’avenir immédiat du Parti libéral du Québec semble tracé. Le parti risquerait de devoir patienter longuement dans les banquettes de l’opposition. Une issue ne serait possible qu’à travers une transformation démographique de la carte électorale.
Cette transformation est décrite par le terme de « lavallisation ». Le phénomène ferait référence à l’impact de l’immigration, qui modifierait progressivement la sociologie de certaines circonscriptions. L’exemple de Terrebonne est cité : ce territoire voterait désormais presque automatiquement pour le Parti libéral, tant au niveau provincial qu’au niveau fédéral. L’attente pourrait donc être longue avant que de tels changements ne permettent au PLQ de retrouver le pouvoir.
Selon la source : journaldemontreal.com