Heures d’attente et vols manqués : un nouveau système européen perturbe les aéroports
Auteur: Simon Kabbaj
Jusqu’à trois heures d’attente : le chaos s’installe dans les aéroports européens

Une nouvelle réalité pour les voyageurs se dessine dans les aéroports du continent. Des files d’attente pouvant atteindre trois heures aux contrôles aux frontières sont désormais signalées, une conséquence directe de la mise en service du nouveau système d’entrée-sortie (EES) de l’Union européenne. L’information émane du Conseil international des aéroports (ACI), qui tire la sonnette d’alarme.
Le phénomène touche de plein fouet plusieurs destinations majeures. Des passagers en France, en Allemagne, en Belgique, en Italie, en Espagne ou encore en Grèce subissent déjà ces délais de plusieurs heures. L’inquiétude monte à l’approche de la haute saison touristique, une période où les flux de voyageurs augmentent de manière exponentielle.
Olivier Jankovec, directeur de la division européenne de l’ACI, a exprimé ses craintes dans les colonnes du Financial Times. « Cette situation, dans les semaines à venir et certainement pendant les mois de pointe de l’été, va être tout simplement ingérable », a-t-il déclaré. Il précise : « Nous observons ces temps de file d’attente maintenant, aux heures de pointe, alors que le trafic commence à peine à s’intensifier. »
Qu’est-ce que le système EES et qui est concerné ?

Le système EES est entré en vigueur le vendredi 10 avril 2026 dans les pays de l’espace Schengen, qui comprend 25 des 27 États membres de l’UE ainsi que l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse. Sa mission : moderniser et renforcer les contrôles aux frontières extérieures de l’espace. Concrètement, il impose aux passagers venant de pays non membres de l’UE, comme le Royaume-Uni, d’enregistrer leurs informations personnelles et leurs données biométriques à la frontière.
Bien que son déploiement complet soit récent, le système est introduit progressivement depuis octobre. Cette phase de transition a déjà provoqué des retards importants dans certains aéroports. Un incident notable a été rapporté par la BBC : le dimanche précédant la publication de l’article, plus de 100 passagers n’ont pas pu embarquer sur un vol easyJet reliant Milan à Manchester, bloqués par des lenteurs aux guichets des passeports.
Avant même le lancement officiel, des ajustements avaient été nécessaires. Durant la période précédant Pâques, les voyageurs traversant la Manche du Royaume-Uni vers la France ont été informés qu’ils n’auraient pas à fournir leurs données biométriques. La raison : des retards dans le développement par la France de la technologie nécessaire pour collecter et traiter ces informations.
Les aéroports demandent un « bouton d’arrêt » d’urgence

Face à cette situation jugée critique, les représentants des aéroports et la Commission européenne se sont réunis le mardi 14 avril pour discuter des problèmes rencontrés. Lors de cette réunion, l’ACI aurait formulé des demandes précises : étendre les exemptions déjà existantes et, surtout, obtenir le pouvoir de suspendre intégralement les nouveaux contrôles en cas de crise.
Olivier Jankovec a été très clair sur ce point auprès du Financial Times. Il a insisté sur le fait que l’ACI avait besoin de la capacité de « suspendre entièrement l’enregistrement EES chaque fois qu’il y a des temps d’attente excessifs au contrôle des frontières qui sont tout simplement ingérables ». Cette mesure d’urgence permettrait de désengorger les terminaux lorsque la situation devient intenable.
La pression monte également du côté des compagnies aériennes. Michael O’Leary, le directeur général de Ryanair, la plus grande compagnie européenne, n’a pas mâché ses mots. Il a qualifié le système de « bordel et de pagaille monumentale » (« a shit show and a shambles »), y voyant une forme de punition pour le Brexit. Il suggère que l’UE devrait reporter l’introduction complète du système au mois d’octobre.
La Commission européenne défend son système et renvoie la balle

La Commission européenne, de son côté, offre une perspective bien différente. Un porte-parole a affirmé : « Ce que nous pouvons voir des premiers jours de fonctionnement complet, c’est que le système fonctionne très bien. Dans l’écrasante majorité des États membres, il n’y a pas de problèmes. » La Commission évalue le temps moyen d’enregistrement d’un passager à 70 secondes, un chiffre bien loin des cinq minutes avancées par l’ACI.
Le porte-parole a toutefois reconnu l’existence de difficultés localisées. Il a mentionné que dans « quelques États membres où des problèmes techniques ont été détectés », ceux-ci « sont en cours de résolution ». Il a ensuite rappelé la répartition des responsabilités : « Il appartient aux États membres d’assurer la bonne mise en œuvre de l’EES sur le terrain. »
Pour appuyer son propos, le porte-parole a partagé des statistiques depuis le début du déploiement en octobre. Le système EES a enregistré plus de 52 millions d’entrées et de sorties, ainsi que plus de 27 000 refus d’entrée. Parmi ces derniers, près de 700 personnes ont été identifiées comme représentant une menace pour la sécurité.
Un contexte tendu pour le transport aérien en Europe

Les problèmes liés à l’EES surviennent alors que les aéroports européens sont confrontés à une autre menace : une potentielle perturbation de l’approvisionnement en kérosène. Cette inquiétude est liée au blocus du détroit d’Hormuz. Le vendredi 10 avril, l’ACI a écrit aux commissaires européens à l’Énergie et aux Transports, prédisant que le bloc n’était qu’à trois semaines de pénuries systémiques.
Les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie illustrent la dépendance du continent. L’année dernière, l’Europe a consommé environ 1,6 million de barils de kérosène par jour. Sur ce total, environ 500 000 étaient importés, dont près de 75 % provenaient du Moyen-Orient. Une rupture de cette chaîne d’approvisionnement aurait des conséquences directes sur le trafic aérien.
De son côté, Michael O’Leary de Ryanair a rapporté des files d’attente allant jusqu’à quatre heures dans certains aéroports à cause de l’EES. Cette accumulation de défis, entre la logistique aux frontières et la sécurité énergétique, place le secteur aérien européen face à un été qui s’annonce particulièrement complexe. L’article original de Lauren Almeida a été publié le mercredi 15 avril 2026 à 16h46 BST.
Créé par des humains, assisté par IA.