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Vol de nids à Hawaï : cette pratique surprenante qui fragilise des oiseaux déjà menacés
Crédit: lanature.ca (image IA)

Sous la canopée, un système de vol organisé se révèle

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Dans les forêts denses d’Hawaï, certains oiseaux endémiques ont une technique bien particulière pour construire leur nid : ils ne se contentent pas de récolter des brindilles au sol. Ils vont directement les subtiliser dans les nids de leurs voisins, y compris ceux de leur propre espèce. Ce comportement, connu sous le nom de kleptoparasitisme, se révèle bien plus répandu qu’on ne le pensait.

La grande proximité des nids dans les forêts tropicales est le théâtre d’interactions complexes entre les individus. Beaucoup de ces comportements restent difficiles à observer sans un suivi patient et prolongé. Le vol de matériaux de nidification chez les oiseaux d’Hawaï est l’un de ces phénomènes, longtemps sous-estimé mais aujourd’hui documenté avec une précision inédite sur le terrain.

Une enquête de terrain inédite au cœur de la forêt

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Pour percer les secrets de ce pillage, une équipe menée par Erin Wilson Rankin, entomologiste à l’université de Californie à Riverside, a passé six mois sur la grande île d’Hawaï. Les chercheurs ont suivi de près plus de 200 nids appartenant à trois espèces endémiques emblématiques : l’apapane (*Himatione sanguinea*), l’i’iwi (*Drepanis coccinea*) et l’amakihi d’Hawaï (*Chlorodrepanis virens*). Ces petits passereaux ont la particularité de nicher dans la canopée des forêts de ʻōhiʻa, leurs habitats se trouvant parfois à quelques mètres seulement les uns des autres.

Le dispositif de surveillance était complet. Il combinait des caméras cachées, des observations directes, des comptages réguliers et la géolocalisation par GPS de chaque nid. L’objectif était de reconstituer une cartographie précise des larcins : qui volait quoi, à qui, à quel moment et par quels itinéraires. Si ce type de vol était déjà connu chez les rapaces ou les oiseaux marins, c’était la première fois que le phénomène était étudié avec une telle finesse en milieu naturel chez les passereaux forestiers hawaïens.

Un pillage opportuniste aux conséquences parfois graves

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Les résultats de cette étude, publiés dans la revue The American Naturalist, brossent un tableau fascinant. L’apapane se révèle être à la fois le principal voleur et la principale victime de ces vols. La grande majorité des pillages ciblent des nids abandonnés, ce qui justifie l’emploi du terme général de kleptoparasitisme par les biologistes. Cependant, la réalité est plus complexe : environ 10 % des vols concernent des nids encore actifs, que ce soit durant leur construction ou lorsqu’ils abritent déjà des œufs ou des oisillons.

Le vol se déroule presque systématiquement entre des nids situés à la même hauteur dans les arbres, une zone où les oiseaux recherchent également leur nourriture. Fait encore plus surprenant, le chapardage a souvent lieu entre des individus de la même espèce, un comportement que les scientifiques croyaient rare chez ces passereaux. Les conséquences peuvent être dramatiques. Dans les cas les plus sérieux, environ 5 % des nids pillés finissent par échouer, notamment parce que le départ des parents pour défendre leur bien laisse la couvée sans protection face aux prédateurs et aux intempéries. Les pilleurs sont particulièrement attirés par les structures contenant de la mousse et des filaments végétaux frais, délaissant les nids plus usés et dégradés.

Un facteur de stress pour des espèces déjà fragilisées

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Bien que discret, ce comportement est loin d’être anecdotique. Il s’ajoute à une liste de menaces déjà bien remplie pour les oiseaux natifs d’Hawaï. Ces derniers sont déjà confrontés à la malaria aviaire, une maladie qui progresse en altitude à mesure que le climat se réchauffe. Ils subissent aussi la disparition progressive de leur habitat, les forêts indigènes. Selon l’équipe de recherche, cette nouvelle forme de concurrence pour l’accès aux branchages pourrait accélérer le déclin de populations déjà très réduites.

L’exemple de l’i’iwi est parlant : cet oiseau n’occupe plus aujourd’hui qu’une infime fraction de son aire de répartition d’origine. La raison ? La progression des moustiques porteurs de la maladie vers les altitudes qui lui servaient autrefois de refuge. La compétition pour les matériaux de construction des nids ajoute donc une pression supplémentaire sur leur capacité à se reproduire.

Mieux comprendre pour mieux protéger

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Une question reste en suspens : ce pillage est-il un comportement récent, peut-être une réponse à une raréfaction des ressources, ou a-t-il toujours existé, simplement mieux observé aujourd’hui grâce aux nouvelles technologies ? La réponse à cette question est cruciale. D’autres oiseaux menacés, bien au-delà de l’archipel hawaïen, pourraient être confrontés à des dynamiques similaires sans que l’on en ait conscience.

Comprendre quelles espèces subissent cette pression, et dans quelles conditions précises, devient une priorité. Ces informations pourraient aider les gestionnaires de réserves naturelles à identifier et à protéger les zones de nidification les plus vulnérables, en particulier durant les saisons de reproduction, qui sont des périodes critiques pour la survie de ces espèces. L’étude ouvre ainsi une nouvelle porte sur la complexité des écosystèmes forestiers et sur les défis de la conservation.

Selon la source : science-et-vie.com

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