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Hantavirus : le témoignage poignant de ceux qui ont tout perdu dans le ‘village de la peur’
Crédit: lanature.ca (image IA)

Epuyen, un village marqué au fer rouge

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Bien avant que le mot hantavirus ne suscite une inquiétude mondiale, un petit village de Patagonie argentine a vécu une tragédie sanitaire qui a redéfini son histoire. À Epuyen, commune de 1 300 âmes nichée dans la province de Chubut, ce nom ravive des souvenirs d’une douleur encore vive. Entre 2018 et 2019, une épidémie foudroyante, liée à la souche Andes du virus, a emporté 11 personnes et en a contaminé 34.

À l’époque, cette crise est restée largement confidentielle sur la scène internationale, malgré le choc profond ressenti par la communauté. Pour les habitants, il y a un avant et un après ce drame. Entre les décès en cascade, les quarantaines strictes et la peur de son propre voisin, le village porte encore aujourd’hui les cicatrices de ces mois terribles.

Le témoignage d’une tragédie familiale

credit : lanature.ca (image IA)

Pour Mailen, 33 ans, raconter l’histoire reste une épreuve. « Perdre mon papa et mes deux sœurs en moins d’un mois… », souffle-t-elle, les mots étranglés par l’émotion, comme le rapporte le site actu.fr. Son père, Aldo Valle, avait assisté à une fête d’anniversaire au village en novembre 2018. Un événement festif qui s’est transformé en foyer de contamination.

« La personne qui avait le virus était à la même table que lui. À cette table, il y a eu plusieurs contaminations et des personnes sont mortes », explique-t-elle. Le drame ne s’est pas arrêté là. Quelques jours après les funérailles de son père, devenues à leur tour un lieu de transmission du virus, ses deux sœurs sont tombées malades. Elles ne s’en sont pas remises.

Face à un ennemi invisible et mal compris

credit : lanature.ca (image IA)

Durant cette période, le savoir médical sur l’hantavirus dans la région était parcellaire. « On savait très peu de choses sur la maladie », se souvient Mailen. Elle reste persuadée qu’une prise en charge plus rapide « aurait pu tout changer ». Une méconnaissance qui a compliqué la réponse sanitaire.

L’épidémiologiste Jorge Díaz, qui est intervenu durant la crise, apporte un éclairage crucial. Il précise que la transmission interhumaine de cette souche n’avait été formellement identifiée qu’en 1996 dans cette zone de Patagonie. L’hantavirus est endémique en Argentine, provoquant chaque année plusieurs dizaines de cas, surtout dans les provinces du sud. C’est là que circule la souche Andes, principalement transmise par un rongeur à longue queue, le « raton colilargo ».

L’isolement et le poids du regard des autres

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Pour tenter de briser la chaîne de transmission, les autorités ont pris une mesure radicale : une centaine d’habitants ont été placés en isolement obligatoire pendant 45 jours. Une décision sanitaire stricte, qui semble aujourd’hui préfigurer les confinements de la pandémie de Covid-19. Mais la peur du virus s’est doublée d’une autre épreuve : la stigmatisation.

Certains médias de l’époque avaient surnommé la commune « le village de la peur », une étiquette douloureuse pour ses résidents. « On se sentait très stigmatisés », confirme Mailen. D’après plusieurs témoignages, la méfiance était telle que des commerces dans les villages voisins refusaient l’entrée aux habitants d’Epuyen, comme s’ils étaient tous porteurs de la maladie.

« Patient zéro » : la double peine

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Isabel Díaz garde elle aussi un souvenir amer de cette période. Son père, Victor, également présent à la fête d’anniversaire fatidique, a été désigné comme le « patient zéro » de l’épidémie. Une accusation implicite qui l’a exposé à la méfiance de tous. « On le regardait de travers », raconte sa fille, encore émue.

Leur famille a payé un lourd tribut : contaminée quelques semaines plus tard, la mère d’Isabel fait partie des victimes. Face à cette injustice, Isabel martèle un message essentiel : « Mais ce n’est pas de sa faute si on tombe malade ! Ou si on est d’Epuyen, ou si on est cas zéro ». Depuis, les habitants de cette région andine ont appris à vivre avec le risque, intégrant de nouveaux gestes de prévention comme aérer les dépendances, désinfecter les espaces clos et limiter les contacts avec les rongeurs.

De l’épidémie aux incendies, le combat continue

Aujourd’hui âgé de 74 ans, Victor Díaz se souvient encore parfaitement des premiers symptômes de l’hantavirus. « Ça a commencé par une faiblesse. Je n’avais pas envie de manger », confie-t-il. Il a survécu à la maladie, puis au Covid-19 quelques années plus tard. Mais les épreuves ne sont pas terminées pour ce rescapé.

Désormais, il fait face à une autre catastrophe qui ravage régulièrement la Patagonie : les incendies de forêt. Tronçonneuse à la main, devant les arbres calcinés de son terrain, il lâche, entre résignation et humour noir : « C’est une épreuve après l’autre, après l’autre ! ». Une phrase qui résume la résilience d’un homme et de toute une communauté, forcés d’apprendre à se relever, encore et toujours.

Selon la source : aufeminin.com

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