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Comment les premiers humains traitaient et transportaient la viande il y a 1,6 million d’années
Crédit: lanature.ca (image IA)

Les origines de l’alimentation et de l’évolution cérébrale

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La manière dont les ancêtres des humains obtenaient leur nourriture constitue une interrogation fondamentale pour la compréhension de notre propre évolution. Évaluer la façon dont ces premières espèces humaines ont établi leur niche écologique, ce qu’elles mangeaient et la méthode employée pour se procurer ces vivres offre des indices cruciaux sur le développement de nos cerveaux. Ces éléments permettent de saisir comment ces habitudes ont influencé les changements sociaux au sein des groupes.

Les carcasses d’animaux représentaient un moyen important d’obtenir des calories. Pendant des décennies, les scientifiques ont débattu de la méthode employée par nos ancêtres : étaient-ils des charognards ou des chasseurs ? Les premières interprétations penchaient pour l’idée que les humains étaient des charognards opportunistes, tandis que les théories ultérieures privilégiaient l’hypothèse de chasseurs ou de charognards conflictuels. Des chercheurs ont désormais démontré que nos ancêtres étaient à la fois des charognards performants et des butineurs efficaces, capables d’accéder aux ressources animales, de les traiter et de les partager dans des environnements variés.

Les découvertes de la formation de Koobi Fora

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Pour mener à bien cette étude, les chercheurs se sont penchés sur des fossiles d’animaux vieux de 1,6 million d’années. Ces vestiges ont été découverts sur le célèbre site archéologique de la formation de Koobi Fora, situé dans le nord du Kenya, au sein du bassin du Turkana. Cette zone géographique abrite l’un des registres plio-pléistocènes les plus longs et les plus continus d’Afrique. Cette ère combine le Pliocène, qui s’étend d’environ 5,3 à 2,6 millions d’années, et le Pléistocène, d’environ 2,6 millions à 11 700 ans.

La formation contient une riche variété de preuves fossiles. Cet ensemble constitue un terrain idéal pour évaluer les changements de comportement chez les premiers hominidés. L’équipe a découvert que ces ancêtres humains ne se contentaient pas de manger la viande qu’ils obtenaient. Ils la dépeçaient, transportaient de manière sélective certaines de ses parties et la traitaient de façon systématique.

Traces microscopiques et transport sélectif

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L’équipe de recherche a étudié plus de 1 000 os fossilisés provenant du site, appartenant principalement à des antilopes et à d’autres herbivores. En observant ces spécimens, les chercheurs ont relevé des preuves de rayures et de creux. Ces marques microscopiques permettent de déterminer si les os ont été ébréchés par des outils en pierre ou par les dents de prédateurs. Tout au long des assemblages examinés, les os présentaient peu de marques de dents de carnivores, ce qui suggère que les hominidés ont joué un rôle substantiel dans le sort de ces animaux.

La concentration de marques de coupe et de percussion le long des tiges des os longs, comme celles trouvées au milieu des os des jambes, indique un décharnement systématique et une extraction de la moelle. Les assemblages contenaient un large excès d’os des membres par rapport aux autres types d’os. L’équipe estime que ces hominidés choisissaient des portions du corps faciles à transporter vers des endroits sûrs pour la consommation. L’absence de squelettes entiers sur le site vient confirmer qu’ils ne mangeaient pas à l’endroit même où l’animal mourait.

Les chercheurs précisent cette dynamique dans leur document : « Le profil dominé par les membres s’aligne sur les modèles de transport sélectif, indiquant que les premiers Homo donnaient la priorité au traitement des parties de carcasses à haut rendement et nécessitant peu d’efforts ».

Adaptation à des environnements changeants

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Les assemblages archéologiques mentionnés dans l’étude proviennent tous de zones qui étaient autrefois des environnements de zones humides. Ces habitats fournissaient une source d’eau fiable et des plantes aquatiques abondantes, ce qui attirait les herbivores de pâturage. La récurrence de ces assemblages à travers ces habitats indique que cette stratégie écologique n’était pas unique à un seul groupe d’hominidés, mais représentait une stratégie de recherche de nourriture opportuniste plus large.

L’équipe explique : « Ces résultats abordent des questions de longue date sur l’évolution des premiers Homo, y compris la façon dont cette lignée s’est adaptée à l’instabilité environnementale, s’est étendue dans de nouveaux environnements, et si l’émergence de l’Homo erectus a coïncidé avec des changements dans la consommation de viande ou des comportements coopératifs tels que le partage de nourriture ». La sélection naturelle a privilégié les traits permettant aux populations de persister face aux fluctuations environnementales, plutôt que les traits permettant à une population de se spécialiser dans un cadre unique.

Les auteurs ajoutent une précision sur ce point : « Le modèle comportemental documenté ici fournit une expression archéologique concrète de cette flexibilité adaptative, montrant qu’une stratégie cohérente d’exploitation des carcasses a été maintenue à travers l’hétérogénéité environnementale et des régimes compétitifs changeants ».

Partage de la nourriture et bénéfices évolutifs

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Pour bien comprendre la portée de cette découverte, les chercheurs définissent le cadre de leur analyse : « Dans ce contexte, la flexibilité fait référence à l’étendue des cadres écologiques dans lesquels cette stratégie pouvait opérer, plutôt qu’à des changements fréquents de mode de recherche de nourriture. » La recherche démontre au final que la transformation et la consommation de la viande étaient une caractéristique des modes de vie des premiers humains.

Cette pratique n’était pas spécifique à une seule espèce, comme l’Homo erectus, ce qui correspondait aux hypothèses formulées précédemment. Les travaux montrent l’existence d’avantages évolutifs liés au partage de la nourriture. Cette stratégie servait de tampon contre la variabilité à court terme de l’accès à la viande. Cela signifiait qu’aucun individu ne risquait nécessairement de souffrir de la faim ou de se mettre en danger en essayant d’obtenir plus de nourriture.

L’ensemble de cette étude détaillée et de ces analyses approfondies a été publié sous forme d’article scientifique dans la revue spécialisée PNAS.

Selon la source : iflscience.com

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