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PSPP se croit espionné : pourquoi son intuition n’a rien d’une fiction historique
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une méfiance qui ne date pas d’hier

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credit : UnPingouin, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Lorsque Paul St-Pierre Plamondon, le chef du Parti Québécois, affirme penser faire l’objet d’une surveillance par des agents fédéraux, l’idée peut sembler tout droit sortie d’un film d’espionnage. L’affirmation, qui a provoqué des remous à l’Assemblée nationale ce mardi, pourrait être vite balayée. Pourtant, la qualifier de simple paranoïa serait peut-être aller un peu vite en besogne.

Même en l’absence de preuves tangibles, cette déclaration s’ancre dans une longue histoire de tensions entre le pouvoir fédéral et le mouvement souverainiste québécois. L’histoire nous a appris une chose : la vérité met souvent des décennies à faire surface, et les exemples passés sont là pour le rappeler.

Dans les archives de la GRC : les souverainistes en ligne de mire

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Les exemples de surveillance ou d’ingérence ne manquent pas. En 2020, par exemple, des révélations ont montré que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) s’était intéressée de très près à la vie privée de René Lévesque. Au début des années 1970, alors qu’il dirigeait le Parti Québécois, c’est sa sexualité qui était dans le viseur de la police fédérale.

Un autre épisode marquant est celui de « l’affaire Morin ». Claude Morin, un ancien député péquiste, entretenait des liens avec la GRC. Si les motivations personnelles de M. Morin font encore l’objet de débats aujourd’hui, celles de la GRC étaient, elles, beaucoup plus claires : s’informer sur les stratégies du camp indépendantiste. La surveillance allait même plus loin que les individus.

En 1973, un événement illustre cette volonté d’infiltration. La police fédérale a mis la main, de manière totalement illégale, sur la liste complète des membres du Parti Québécois. Une opération clandestine qui visait à cartographier le mouvement de l’intérieur.

Le « problème français » et la raison d’État

credit : lanature.ca (image IA)

L’intérêt des services fédéraux ne se limitait pas aux frontières canadiennes. Dans un livre paru en 1994, un ancien espion fédéral a révélé l’existence d’une unité entièrement dédiée à ce que l’on nommait en interne le « problème français ».

Durant les années 1970 et 1980, cette cellule avait pour mission d’enquêter sur les liens entre le Parti Québécois et des pays étrangers. La France, en particulier, était au centre de toutes les attentions. Il s’agissait de surveiller de près toute tentative de soutien international à la cause souverainiste. Quand la sécurité ou l’unité nationale est en jeu, la raison d’État semble souvent prendre le dessus.

Le passé a ainsi démontré à plusieurs reprises que, pour certains, la fin justifiait les moyens. Certains observateurs pourraient même considérer que ces manœuvres relèvent de ce qu’on appelle « de bonne guerre » dans un conflit politique intense.

Référendum de 1995 : l’ingérence pour influencer le vote

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L’histoire récente offre une autre illustration frappante de cette logique d’intervention. Durant la campagne référendaire de 1995, le camp du Non a bénéficié d’un coup de pouce orchestré au plus haut sommet de l’État. Jean Chrétien, alors premier ministre, a donné une directive très claire à son ministre de l’Immigration, Sergio Marchi.

La commande était simple : accélérer le traitement des demandes de citoyenneté. L’objectif était de permettre à de nouveaux citoyens, jugés plus susceptibles de voter Non, de participer au scrutin et de faire pencher la balance en faveur du camp fédéraliste. Cette manœuvre, longtemps suspectée, n’était plus une simple rumeur.

M. Marchi a lui-même confirmé les faits des années plus tard. C’est lors d’une entrevue accordée à Raphaël Pirro, journaliste pour Le Journal, qu’il a officiellement « lâché le morceau », donnant une preuve tangible à ce qui n’était auparavant qu’un fort soupçon.

Face aux nouvelles technologies, la prudence est de mise

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Aujourd’hui, les méthodes de surveillance ont évolué. Comme le soulignait Paul St-Pierre Plamondon lui-même, les nouvelles technologies rendent l’espionnage potentiellement plus facile et plus omniprésent. Une réalité dont les acteurs politiques semblent avoir pleinement conscience. Pour se prémunir contre une éventuelle surveillance, les péquistes ont adopté de nouvelles habitudes.

L’une de ces mesures consiste à éloigner systématiquement les téléphones intelligents lors de rencontres jugées importantes. Cette pratique n’est pas propre au Parti Québécois. Depuis longtemps, les ministres, que ce soit à Québec ou à Ottawa, utilisent des méthodes similaires. Il est courant que les téléphones soient rangés dans des coffres de sécurité pour empêcher toute interception de données durant les réunions sensibles.

Après tout, personne n’y échappe réellement. Votre téléphone intelligent, avec ses micros, ses caméras et sa géolocalisation, vous connaît probablement aussi bien que vous-même. La sortie du chef péquiste apparaît alors sous un autre jour.

Entre saine méfiance et bonnes pratiques numériques

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En fin de compte, la démarche de Paul St-Pierre Plamondon et de son équipe relève peut-être moins de la paranoïa politique que d’une double réalité. D’une part, il s’agit d’une application de bonnes pratiques de sécurité à l’ère du tout-numérique, une précaution que beaucoup d’organisations et de gouvernements adoptent.

D’autre part, elle témoigne d’une saine méfiance, nourrie par des décennies d’histoire. C’est une méfiance à l’égard des tactiques que le pouvoir fédéral a pu employer par le passé face au mouvement indépendantiste. Dans ce contexte, la prudence affichée par le chef du Parti Québécois n’est pas une simple posture, mais une leçon tirée d’un long historique de confrontations.

Selon la source : journaldemontreal.com

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