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Des archéologues fouillaient un immense désert… et ont découvert des monuments funéraires vieux de 6 000 ans
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un passé enfoui sous les sables arides d’Afrique

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Il y a environ 6 000 ans, une culture d’éleveurs de bétail parcourait les vastes étendues du rude désert d’Atbai. Ce territoire hostile se situe précisément entre le fleuve Nil et la mer Rouge, dans la partie est du Soudan. Cette période illustre un moment perdu de l’histoire durant lequel les humains partageaient une connexion unique avec le bétail qui les accompagnait.

L’exploration de ces contrées livre aujourd’hui de précieuses informations, dévoilant ce que l’on peut apprendre en se penchant sur cette histoire lointaine. Des chercheurs ont en effet récemment localisé 280 monuments funéraires en pierre qui attestent de l’existence de cette ancienne population nomade et de leur mode de vie singulier.

Ces sites funéraires particuliers intègrent à la fois des restes humains et des restes de bétail. Ils offrent ainsi une fenêtre temporelle inédite sur les pratiques d’une société dont l’environnement et les coutumes se trouvent désormais remis en lumière face au monde scientifique.

L’imagerie satellite pour braver les dangers du terrain

credit : lanature.ca (image IA)

Pour mener à bien leurs délicates investigations, les scientifiques d’une équipe internationale ont fait appel à l’imagerie satellite. Cette technologie de pointe leur a permis d’examiner 175 000 miles carrés d’un terrain désolé. Ce choix d’observation à distance s’est imposé en raison de la nature isolée et dangereuse du travail sur le terrain dans ce pays déchiré par la guerre.

Grâce à ces images vues du ciel, les chercheurs ont pu repérer les 280 structures mentionnées, dont 260 étaient jusqu’alors totalement inconnues des spécialistes. L’ensemble de ces découvertes majeures a fait l’objet d’une vaste étude publiée dans les colonnes de la revue scientifique African Archaeological Review.

Les auteurs de l’étude insistent sur le caractère pionnier de leur travail d’inventaire : « Bien qu’elle se trouve au carrefour des mondes bien étudiés de l’Égypte ancienne et de la Nubie, l’archéologie du désert d’Atbai, la région située entre le Nil nubien et la mer Rouge, en est encore à ses balbutiements ».

Une architecture colossale au milieu des terres désolées

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L’ensemble de ces monuments répartis à travers le désert partage une conception funéraire monumentale parfaitement commune. Ces tombes se caractérisent notamment par de grands murs d’enceinte circulaires fabriqués à partir de pierre locale, lesquels entourent avec précision des chambres funéraires internes.

Ces structures imposantes ont été baptisées « Atbai Enclosure Burials » (AEB) par les archéologues qui les ont identifiées. Elles ont été datées d’une période comprise entre 4500 et 2500 avant notre ère et se distinguent par leurs mensurations colossales, mesurant pour certaines jusqu’à 60 pieds de longueur.

L’étude souligne l’étonnante constance de ces constructions millénaires : « Cette caractéristique monumentale, une manifestation locale d’une pratique funéraire préhistorique saharienne commune, bien qu’elle présente des caractéristiques architecturales diverses, présente une tradition funéraire cohérente à travers toute l’étendue désertique entre le Nil et la mer Rouge. » Les chercheurs ajoutent que « Cette tradition semble être largement confinée au désert d’Atbai, mais il existe de rares cas de structures similaires près de la vallée du Nil ». Les auteurs affirment que ce style est suffisamment distinct des autres cultures de la vallée du Nil pour posséder son propre caractère, rendant ces édifices fondamentalement uniques.

Le bétail et l’eau au centre d’un rite millénaire

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L’emplacement géographique des monuments répond à une logique de survie très précise. Ils étaient généralement situés à la base de montagnes et de plateaux, ou à proximité directe de points d’eau. « Le fait que bon nombre des sépultures soient spécifiquement situées dans des situations topographiques favorables pour accéder à l’eau », ont écrit les auteurs, « plutôt que d’être réparties uniformément à travers le désert, suggère que les anciens habitants ont délibérément construit les AEB près de sources d’eau propices. »

Cette répartition spatiale témoigne des impératifs de ces peuples nomades. Les chercheurs poursuivent leur analyse : « Dans l’ensemble, l’emplacement des AEB peut être pris comme un indice des zones favorables pour le pâturage et l’abreuvement, et donc l’habitation pastorale. » L’interaction étroite de cette communauté pastorale avec les animaux s’illustre par la présence flagrante de pistes de bétail, usées dans les plaines et près des sources d’eau environnant les monuments funéraires.

L’importance accordée au bétail demeure sans conteste la caractéristique la plus remarquable de ces sites. Cet animal occupe une place de choix dans l’art rupestre situé près des tombes, tandis que des restes de bétail ont été retrouvés à plusieurs reprises lors des fouilles archéologiques des sites funéraires. Les scientifiques émettent l’hypothèse que ces restes de bétail étaient placés aux côtés des sépultures humaines dans le cadre d’un rituel funéraire complexe. Ces édifices devaient avoir une grande importance en tant que marqueurs sociaux, étant donné que les éleveurs de bétail mobiles devaient suspendre leurs mouvements pour construire une telle architecture en pierre.

Un bouleversement climatique fatal à toute une culture

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Le destin de cette longue tradition de construction de tombes trouve son explication dans des causes environnementales qui ont dicté à la fois son essor et son déclin final. Cette culture a initialement émergé à la faveur d’un climat généreux durant la période humide africaine. L’équilibre a brusquement basculé lorsque les pluies de mousson se sont déplacées vers le sud, un phénomène climatique qui a eu pour effet de réduire drastiquement les terres de pâturage.

Face à cet assèchement implacable et à la perte définitive des sources d’eau, l’élevage du bétail est devenu impossible dans cette région du globe. Le désert a progressivement gagné la partie, une fatalité qui a forcé les éleveurs à fuir vers le sud. Cet exode forcé a eu une conséquence culturelle directe, empêchant de nouvelles traditions funéraires monumentales de pénétrer dans ce paysage devenu stérile.

Aujourd’hui, les tombes récemment découvertes constituent les ultimes reliques de cette époque révolue. Elles se dressent stoïquement comme les derniers vestiges d’une culture perdue, laquelle fut vraisemblablement effacée par un environnement changeant, laissant simplement ces traces monumentales à l’épreuve des millénaires.

Selon la source : popularmechanics.com

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