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Des archéologues explorent des eaux inconnues et découvrent deux épaves de la Seconde Guerre mondiale
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une exploration inédite dans la mer de Béring

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Les profondeurs glaciales entourant les îles Aléoutiennes de l’Alaska abritent des vestiges qui n’avaient jamais croisé le fer en surface, mais qui partagent le même tombeau sous-marin depuis 1943. Récemment, une équipe de chercheurs a plongé dans la mer de Béring pour enquêter sur l’un des théâtres d’opérations les moins étudiés de la Seconde Guerre mondiale. Cette mission a permis de mettre au jour les preuves de l’existence de deux navires perdus : le bâtiment japonais Kotohira Maru et le navire américain SS Dellwood, tous deux ayant sombré près de l’île d’Attu.

Pour mener à bien cette entreprise complexe, les archéologues se sont appuyés sur des sonars de haute technologie, des drones sous-marins et des archives historiques minutieusement conservées. Ces outils ont permis de localiser les épaves, perdues au moment de la préparation et des conséquences de la bataille d’Attu, un affrontement qui a duré trois semaines en 1943.

Il s’agit de la toute première étude systématique du patrimoine culturel sous-marin d’Attu. Les résultats de ces recherches, aujourd’hui publiés dans la revue scientifique Heritage, révèlent que le navire de transport japonais et le poseur de câbles américain ont connu des destins radicalement différents au fond de l’océan.

La fin tragique du Kotohira Maru sous les bombes américaines

credit : lanature.ca (image IA)

L’histoire du Kotohira Maru débute bien avant le conflit mondial. Lancé en 1918 par l’entreprise Osaka Iron Works Ltd., ce bâtiment de 6 101 tonnes était un navire à vapeur à hélice unique, fonctionnant au charbon, conçu pour le transport de marchandises générales. Avant de rejoindre les eaux nordiques, il avait apporté son soutien logistique à l’invasion de la Birmanie, l’actuel Myanmar. Il fut ensuite réaffecté au secteur des îles Kouriles, qui constituait alors l’avant-poste le plus au nord de l’Empire du Japon.

Le 31 décembre 1942, le navire entreprend sa dernière traversée. Il met le cap sur Attu sans la moindre escorte, les cales chargées de bois d’œuvre, de provisions, de carburant et de fournitures destinés aux soldats japonais. Les archives indiquent qu’il aurait pu également transporter un peloton de troupes, bien que ce détail précis ne soit pas certain. Tôt dans la matinée du 5 janvier 1943, alors qu’il approche de l’île par l’ouest, le Kotohira Maru contourne la pointe nord-est d’Attu. Son objectif est d’atteindre la baie de Holtz, la position la plus lourdement défendue par les forces japonaises.

Au cours de cette manœuvre délicate, le cargo est repéré par un pilote américain. Il est bombardé par la suite par des bombardiers B-24 Liberators des forces des États-Unis. Un explosif de 500 livres finit par sceller le destin du Kotohira Maru, l’envoyant par près de 300 pieds de fond. Le naufrage entraîne la mort de l’intégralité de son ultime équipage, composé de 30 à 50 marins, tous péris lors de l’attaque.

Une épave japonaise figée dans les abysses

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Pour retrouver cette relique de la guerre du Pacifique, l’équipe de recherche s’est servie des rapports historiques rédigés par les pilotes américains, offrant un point de départ inestimable. Cette piste s’est avérée fructueuse, permettant de localiser l’épave du Kotohira Maru dans un état de conservation remarquable, ses structures demeurant largement intactes malgré la violence de l’assaut.

Le navire repose en position verticale sur les fonds marins. Sa coque, parfaitement reconnaissable, gît à proximité de la proue qui se trouve sévèrement endommagée et détachée du reste du bâtiment. Cette disposition physique correspond avec une précision troublante aux récits d’époque, lesquels mentionnaient un impact direct de bombe sur la partie avant du navire.

Les observations sous-marines offrent un voyage dans le temps saisissant. Les drones ont pu capter des images d’une grande clarté où les écoutilles de chargement, une machine à vapeur, une chaudière de type écossais et la poupe à voûte, si caractéristique du cargo, demeurent toutes parfaitement visibles dans la pénombre océanique.

Le SS Dellwood : un naufrage civil aux conséquences militaires

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À l’opposé, le destin du SS Dellwood s’inscrit dans un registre purement accidentel. Ce navire avait entamé sa carrière navale en 1919 en tant que navire câblier. Dix jours seulement après l’attaque de Pearl Harbor par le Japon, il est transféré sous l’autorité de la Commission maritime des États-Unis. Dans le cadre de ses nouvelles fonctions militaires, il effectue des trajets réguliers depuis Seattle et le détroit de Puget Sound pour ravitailler les installations militaires nordiques situées en Alaska.

En juillet 1943, le Dellwood arrive au large de l’île d’Attu, peu de temps après la victoire américaine lors de la bataille homonyme. Sa mission est d’importance stratégique : il doit installer un câble de communication reliant le quartier général de commandement de l’île au nouvel aérodrome fraîchement établi sur l’île de Shemya. Le voyage prend une tournure désastreuse lorsque la coque heurte un pic rocheux submergé et non cartographié, situé au large d’Alexai Point, à proximité de l’entrée de la baie de Massacre.

Malgré l’intervention rapide d’autres navires venus à sa rescousse, les dommages structurels sont trop sévères. Avant qu’il ne coule définitivement, le personnel de sauvetage procède au dépouillement du navire pour récupérer tout ce qui a de la valeur. L’exploration récente a révélé que le Dellwood repose à environ 115 pieds sous la surface. Il a été découvert complètement aplati, son champ de débris éparpillé sur de vastes étendues du fond marin. Une démolition intentionnelle d’après-guerre, probablement menée pour dégager le port et faciliter la navigation, a rendu le navire en grande partie méconnaissable. Seule la machinerie spécifique, destinée à la pose de câbles, a survécu intacte à ces destructions.

L’empreinte du conflit et le destin de la population Unangan

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Au-delà de l’aspect purement mécanique ou militaire de ces découvertes, ces navires témoignent d’une histoire humaine complexe et tragique. Les auteurs de l’étude soulignent l’importance de ces vestiges en précisant : « Bien que ni le Kotohira Maru ni le SS Dellwood n’aient été directement impliqués dans la bataille d’Attu, la présence de ces deux navires naufragés représente des aspects critiques de l’effort de guerre qui s’étendent au-delà de ces trois semaines de mai 1943. »

La toile de fond de ce théâtre d’opérations est en effet marquée par des bouleversements majeurs pour les populations locales. En juin 1942, le Japon s’empare des îles d’Attu et de sa voisine Kiska, provoquant le déplacement forcé du peuple indigène Unangan qui y vivait. Dans cette perspective historique, le Kotohira Maru devient aujourd’hui le symbole de l’expulsion de cette population, tandis que le SS Dellwood représente le renforcement militaire américain qui a, par la suite, empêché leur retour sur leurs terres ancestrales.

La portée de cette mission archéologique dépasse ainsi la simple localisation géographique. Les chercheurs concluent leur rapport par une réflexion sur le devoir de mémoire : « La documentation de ces navires coulés ne met pas seulement en lumière leurs derniers instants, mais elle peut également être utilisée pour apporter une conscience renouvelée de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en Alaska et informer les gestionnaires des ressources culturelles sur le patrimoine submergé d’Attu. »

Selon la source : popularmechanics.com

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