Boissons énergisantes au Québec : un accord politique pour encadrer la vente aux mineurs
Auteur: Adam David
L’entente à l’Assemblée nationale

Le Parti conservateur du Québec (PCQ) a obtenu les consultations réclamées concernant le projet de loi visant à interdire la vente de boissons énergisantes aux individus de moins de 16 ans. La seule élue de cette formation politique, Maïté Blanchette Vézina, a accepté en contrepartie de ne pas entraver l’adoption accélérée de ce texte législatif.
Le chef de la formation, Éric Duhaime, a partagé cette avancée dans un message diffusé sur les réseaux sociaux vendredi soir. « Notre députée conservatrice, Maïte Blanchette Vezina, vient de réussir à obtenir des consultations particulières de la ministre de la Santé pour le projet de loi sur les boissons énergisantes », a-t-il déclaré.
Jusqu’à ce développement, le PCQ s’opposait seul à l’adoption rapide du document avant la clôture de la session parlementaire prévue la semaine prochaine. Le chef a précisé la suite des choses pour son équipe parlementaire. « À partir de maintenant, le Parti conservateur va assister aux consultations, poser des questions, proposer des amendements, si nécessaire, et laisser la démocratie faire son œuvre », a-t-il ajouté.
Le plaidoyer des parents de Zachary Miron

La journée de vendredi a été marquée par la présence de membres de toutes les autres formations politiques représentées à l’Assemblée nationale, réunis devant les médias pour discuter du dépôt de la pièce législative. Ils accompagnaient Veronica Martinez et David Miron, les parents de Zachary Miron, un adolescent dont le décès a été lié à une mauvaise interaction entre une boisson énergisante et ses médicaments.
Cette conférence de presse transpartisane a été l’occasion d’adresser un message direct aux représentants du PCQ. La mère de l’adolescent a pris la parole. « On lance vraiment un cri du cœur au Parti conservateur de faire la bonne chose », a déclaré Veronica Martinez.
Avant de s’entretenir avec la députée et le chef du parti conservateur, elle a tenu à exposer son approche. « Avec ce qui nous est arrivé, on n’est pas experts, mais on connaît bien le dossier », a-t-elle affirmé. « On va être en mode écoute pour essayer de comprendre pourquoi ne pas aller de l’avant. »
À l’issue de leur réunion, qui s’est tenue en présence de la députée et d’Éric Duhaime connecté à distance, l’élue conservatrice a réitéré que son parti demandait toujours des consultations avant le vote, tout en admettant l’impact de cet échange.
« J’avoue que mon cœur de mère est touché par ce qui se passe. J’ai dit après Stablex que j’allais toujours voter avec mon cœur », a partagé Maïté Blanchette Vézina.
Les interrogations maintenues par les conservateurs

Lors d’une entrevue accordée à ICI RDI vendredi matin, Éric Duhaime a souligné être favorable à l’idée de légiférer sur les boissons énergisantes, tout en pointant que de nombreuses questions demeuraient sans réponse. Il a justifié sa demande de prolonger la session parlementaire pour étudier le projet en profondeur.
« C’est important d’entendre l’industrie, c’est important d’entendre les spécialistes, pharmaciens, propriétaires de dépanneurs », a-t-il soutenu.
Le soir même, lors du Téléjournal, le chef a ramené des éléments évoqués par la famille de Zachary Miron pour appuyer la nécessité de ces analyses.
« Ce que je retiens de la rencontre avec les parents de cet après-midi, c’est qu’ils nous ont expliqué, entre autres, que jamais le médecin, quand il a prescrit le médicament à leur enfant, ne leur a dit que la caféine était un problème qui pouvait être mortel », a-t-il fait valoir.
Il a conclu cette intervention en affirmant : « Il y a beaucoup plus de travail à faire que ce que le projet de loi propose aujourd’hui. »
Parallèlement à ces discussions sur l’encadrement des ventes, d’autres intervenants gouvernementaux se sont impliqués dans le dossier. À l’Assemblée nationale, les ministres Sonia Bélanger et Christine Fréchette ont également rencontré les parents plus tôt en journée.
Lors des échanges, les représentants gouvernementaux ont assuré avoir demandé à la ministre de la Santé de faire de cet enjeu un dossier prioritaire dès sa prise de fonction pour s’assurer qu’il n’y ait pas d’autres cas similaires. Un message direct a été adressé aux parents : « Je vous en remercie, c’est grâce à vous, votre énergie, votre résilience qu’il y a un projet de loi déposé. »
Une mobilisation transpartisane à l’Assemblée nationale

La présentation du projet de loi a suscité de vives réactions parmi les participants à la conférence de presse. Sonia Bélanger, responsable du dépôt du texte, s’est exprimée sur l’importance de la démarche.
« En tant que mère, ça me touche profondément », a-t-elle affirmé. « Ce n’est pas un projet de loi qui concerne les industries ou l’économie. C’est un projet qui concerne la santé et la sécurité des jeunes. »
La ministre de la Santé a salué la collaboration des oppositions, soulignant un « geste fort, responsable envers les jeunes ». Elle a particulièrement mis en lumière le travail de Guillaume Cliche-Rivard, instigateur de la rencontre entre les parents et le gouvernement.
Ce député de Québec solidaire a indiqué que Maïté Blanchette Vézina avait donné son aval à une motion de sa formation qui « reconnaît le consensus scientifique et la nécessité d’encadrer la vente chez les mineurs ».
Il a poursuivi : « Je tends la main, j’espère que le cri du cœur de David et Veronica soit entendu pour qu’on puisse avancer. »
L’approche initiale du Parti conservateur a suscité des critiques de la part de Monsef Derraji, porte-parole libéral en matière de santé.
« Je vais porter mon chapeau de docteur en santé publique. Je refuse, aujourd’hui, que, sur la place publique, on nous dise que la démarche est bâclée », a-t-il déclaré. « C’est triste de voir le Parti conservateur faire de la petite politique sur un enjeu pareil. »
Le député péquiste Pascal Bérubé a de son côté évoqué un « grand rendez-vous avec l’histoire », félicitant tous les participants. « En 19 ans, c’est certainement un des dossiers les plus touchants que j’aie vus », a-t-il déclaré.
Les détails du projet de loi et la réaction de l’industrie

L’élément central du projet de loi déposé vendredi concerne l’interdiction de vendre ou de distribuer des boissons énergisantes aux personnes de moins de 16 ans. Sonia Bélanger a expliqué que le choix de cet âge précis reposait entre autres sur des questions d’applicabilité et de faisabilité, précisant qu’à partir de 17 ou 18 ans, dans les cégeps, l’encadrement devient plus complexe.
Le document définit les boissons visées comme celles possédant une concentration de caféine d’au moins 150 mg/L et contenant d’autres ingrédients, tels que la taurine, des vitamines et des minéraux. Le café, le thé et les produits de santé naturels sont exclus de cette liste.
De plus, la vente en ligne ainsi que dans les machines distributrices serait interdite, tandis que Santé Québec serait responsable de l’inspection et de la surveillance de ces nouvelles règles.
Des amendes de 100 $ sont prévues pour les individus de moins de 16 ans qui parviennent à se procurer ces boissons. Pour les commerçants qui refusent de se plier aux exigences du règlement, les sanctions financières peuvent dépasser 60 000 $.
Dans une déclaration transmise à Radio-Canada, l’Association canadienne des boissons s’est dite « fermement » opposée à « toute proposition visant à restreindre la vente des boissons énergisantes », avançant que « les données disponibles ne justifient pas de nouvelles mesures réglementaires ».
On ignore pour l’instant la date exacte des consultations, prévues entre lundi et mercredi prochain, et le nombre de groupes appelés à témoigner. Les parents de Zachary Miron demeurent focalisés sur le calendrier de l’Assemblée.
« On veut que, vendredi prochain, il y ait la loi », ont-ils affirmé après leur discussion avec les membres du Parti conservateur.
Selon la source : ici.radio-canada.ca