Des paléontologues ont découvert une nouvelle espèce de dinosaure de 12 mètres de long, surnommée le ‘héron de l’enfer’
Auteur: Mathieu Gagnon
Une découverte majeure au cœur du désert
Au milieu du Sahara, là où le sable s’étend à perte de vue, des chasseurs de dinosaures ont mis au jour une découverte qui bouscule les certitudes. Une équipe de chercheurs a en effet exhumé les restes fossilisés d’une espèce jusqu’alors inconnue, un prédateur aux proportions impressionnantes. Baptisé Spinosaurus mirabilis, ce géant mesurait la taille d’un bus scolaire et n’est que la deuxième espèce de Spinosaurus jamais identifiée.
Ce nouveau venu dans la famille des dinosaures possédait des caractéristiques uniques. Sa mâchoire, conçue comme un piège, était parfaitement adaptée pour capturer les plus gros poissons de l’Afrique préhistorique. Plus étonnant encore, son crâne était surmonté d’une immense crête en forme de cimeterre, que les scientifiques imaginent parée de couleurs vives. Une trouvaille qui relègue presque au second plan la star de Jurassic Park III, le Spinosaurus aegyptiacus.
Sur la piste d’une note vieille de 70 ans
L’histoire de cette découverte est une aventure en soi. Pendant plusieurs années, les chercheurs n’ont pas pleinement saisi la nature de leur trouvaille. Tout a commencé par une simple ligne écrite par un géologue français dans les années 1950, mentionnant un possible gisement de fossiles. C’est cette note qui a servi de point de départ à l’équipe dirigée par le paléontologue Paul Sereno, de l’Université de Chicago, comme le détaille leur publication dans la revue Science.
Guidée par un Touareg local qui se souvenait y avoir vu des ossements, l’équipe s’est enfoncée profondément dans le Sahara à moto. Ils ont fini par atteindre Jenguebi, un site fossilifère d’une grande richesse, où ils ont découvert les dents et les os de la mâchoire du nouveau Spinosaurus. « Personne n’était retourné sur ce site dentaire depuis plus de 70 ans », a raconté Paul Sereno. « C’était une sacrée aventure de s’égarer dans les mers de sable à la recherche de cet endroit, pour ensuite trouver une zone de fossiles encore plus reculée avec la nouvelle espèce. »
La révélation : un crâne assemblé à l’énergie solaire
Lorsque les scientifiques ont découvert la crête en forme de cimeterre en 2019, sa taille était si imposante qu’ils n’ont pas immédiatement compris de quoi il s’agissait. Il leur a fallu revenir sur le site trois ans plus tard et trouver deux autres crêtes pour enfin assembler les pièces du puzzle. C’est à ce moment-là qu’ils ont pu reconstituer l’animal de 40 pieds de long (environ 12 mètres).
Le moment décisif de l’expédition fut presque surréaliste. Au campement, un membre de l’équipe a utilisé des modèles numériques 3D des os pour reconstituer le crâne sur un ordinateur portable, alimenté par des panneaux solaires en plein milieu du Sahara. « Cette découverte a été si soudaine et incroyable, c’était vraiment émouvant pour notre équipe », a confié Paul Sereno dans un communiqué. « Je chérirai à jamais le moment au camp où nous nous sommes pressés autour d’un ordinateur portable pour regarder la nouvelle espèce pour la première fois […]. C’est là que l’importance de la découverte a vraiment été comprise. »
Portrait d’un prédateur hors-norme
Le Spinosaurus mirabilis était un géant à dos de voile qui pesait probablement plusieurs tonnes. Mais sa taille n’est pas son seul atout. Selon l’équipe de recherche, la crête osseuse et incurvée sur sa tête était sans doute très colorée, servant de parure pour attirer des partenaires. Un véritable atout de séduction dans le monde préhistorique.
Sa mâchoire était une autre de ses armes redoutables. Le S. mirabilis possédait des dents supérieures et inférieures qui s’interdigitaient. Concrètement, cela signifie que les dents de la mâchoire inférieure sortaient pour se loger entre celles de la mâchoire supérieure, créant un piège mortel pour les poissons glissants qui constituaient son régime alimentaire. Une mécanique implacable pour ne laisser aucune chance à ses proies.
Le « Héron de l’enfer » qui réécrit l’histoire
Cette découverte vient ébranler une théorie de longue date. Jusqu’à présent, le Spinosaurus était souvent considéré comme un dinosaure aquatique. Or, les fossiles du S. mirabilis ont été trouvés à une distance de 300 à 600 miles (environ 480 à 960 km) de la côte la plus proche il y a 95 millions d’années. À cette époque, la région était un habitat forestier intérieur, parcouru de rivières.
Cette localisation suggère un mode de vie différent. « J’imagine ce dinosaure comme une sorte de ‘héron de l’enfer’ qui n’avait aucun problème à patauger sur ses pattes robustes dans deux mètres d’eau, mais qui passait probablement le plus clair de son temps à traquer dans des pièges moins profonds les nombreux gros poissons de l’époque », explique Paul Sereno. Bien que similaire au S. aegyptiacus dans sa forme squelettique, sa crête crânienne bien plus haute le distingue.
Les proportions de son corps le placent à mi-chemin entre les échassiers semi-aquatiques comme le héron et les plongeurs aquatiques comme les anhingas. Une position qui le rend « éloigné de tous les autres dinosaures prédateurs », tout en affichant une taille impressionnante.
Le Sahara, un trésor sous le sable
Il est plus que probable que ce nouveau chapitre de la paléontologie serait resté enfoui si l’équipe n’avait pas osé s’aventurer dans un environnement aussi impitoyable que le Sahara. C’est la volonté de braver les éléments et de poursuivre l’inconnu qui a permis de mettre au jour ce monde perdu.
Paul Sereno résume parfaitement l’esprit de ces expéditions. À propos du Sahara, il déclare : « Il n’y a nulle part ailleurs de semblable. C’est aussi beau que redoutable. Si vous pouvez braver les éléments et que vous êtes prêt à poursuivre l’inconnu, vous pourriez bien découvrir un monde perdu. »
Selon la source : popularmechanics.com