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Cerfs à Montréal : pourquoi l’abattage de 2024 n’a pas suffi
Crédit: lanature.ca (image IA)

Le Bois-d’Anjou, un refuge surpeuplé

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Dans l’est de Montréal, le problème persiste. Les cerfs sont de retour en grand nombre dans le Bois-d’Anjou, et leur présence ne se limite plus aux sentiers du parc. Malgré l’abattage de 19 bêtes en 2024, la population semble de nouveau avoir atteint un seuil critique, débordant dans les rues du quartier avoisinant.

Ce boisé de 19 hectares, situé à l’est de la rue du Golf et au sud du boulevard Henri-Bourassa, est un site non aménagé du réseau des parcs-nature de la métropole. La question de la surpopulation y est devenue un enjeu double : celui de la sécurité publique, mais aussi celui de la survie de la biodiversité locale.

Un spectacle quotidien pour les habitants

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Les résidents sont les premiers témoins de cette prolifération. C’est le cas de Roger Leblanc, un habitué des randonnées hivernales dans le secteur. « Je ne peux pas dire combien il y en a, mais j’en vois tous les midis », confie-t-il au Journal. Pour lui, le spectacle est devenu une routine.

Le phénomène n’est pas confiné au parc. Dès l’aube, M. Leblanc aperçoit les animaux dans les rues du quartier. Il les observe « de retour de leur quête nocturne où ils vont manger du cèdre sur les différents terrains des sites industriels ». La cohabitation n’est pas sans risque. Il y a quelques semaines, il a lui-même constaté la présence d’une femelle qui gisait sur le boulevard, heurtée par un véhicule.

Quand le cerf menace l’écosystème

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Au-delà des dangers de collision, c’est l’équilibre naturel qui est en jeu. Jean-Pierre Tremblay, biologiste et professeur à l’Université Laval, alerte sur les conséquences d’une trop forte densité de cerfs de Virginie. « Le cerf de Virginie broute du matin au soir. Quand il y en a trop, c’est l’écosystème qui en paie le prix. Les seules plantes qui restent sont celles que le cerf ne mange pas », explique-t-il.

Ce constat n’est pas nouveau. En 2021, le professeur Tremblay avait cosigné, avec six autres experts, le « Rapport sur la situation du cerf de Virginie dans l’est de Montréal ». Le document avait fait grand bruit à l’époque, recommandant un abattage massif et récurrent de dizaines de cerfs. L’objectif était d’éviter que les problèmes ne se multiplient, non seulement dans les parcs-nature de Montréal, mais aussi dans des zones périurbaines comme les îles de Boucherville, le mont Saint-Bruno et le parc Michel-Chartrand à Longueuil.

Une pause dans les abattages, mais une vigilance maintenue

Face à cette situation, la Ville de Montréal a agi en 2024, procédant à l’abattage de 112 bêtes dans le parc de Pointe-aux-Prairies et des 19 spécimens du Bois-d’Anjou. Pourtant, la suite s’annonce différente. La relationniste Camille Bégin confirme qu’aucun abattage n’a été effectué en 2025 et qu’aucun n’est planifié pour 2026. Elle précise que « la Ville de Montréal demeure vigilante et analyse les développements ».

Pour certains experts, cette intervention contrôlée est une mesure difficile mais indispensable. « Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on procède à l’abattage de cerfs de Virginie, mais il faut le faire », souligne le biologiste Martin Leclerc. Sa crainte est que l’arrêt des opérations annule rapidement les bénéfices de l’intervention de 2024. « La situation est peut-être déjà revenue à ce qu’elle était avant l’abattage de 2024 », résume-t-il.

Sur la piste des cerfs pour mieux les gérer

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Comment gérer efficacement ces populations ? La réponse se trouve peut-être dans une meilleure connaissance de leurs habitudes. C’est l’objectif du projet mené par Martin Leclerc et son équipe de l’Université du Québec à Chicoutimi. Dans le cadre d’une première au Québec, ils ont équipé près d’une centaine de cerfs de la région de Montréal de colliers émetteurs pour suivre leurs déplacements.

Cela peut paraître étonnant, mais les scientifiques ignorent encore presque tout de la façon dont les cheptels évoluent, une donnée pourtant essentielle pour une gestion durable. Grâce à la télémétrie, les biologistes ont déjà pu observer un jeune mâle traverser le fleuve Saint-Laurent à la nage dans la région des îles de Boucherville. Martin Leclerc prévient cependant qu’il faudra attendre au moins deux ans avant de pouvoir tirer des conclusions fiables.

Il rappelle aussi qu’en raison de la grande fertilité de l’espèce, le contrôle des populations doit impérativement se répéter sur plusieurs années pour être efficace. Pendant ce temps, sur le terrain, la vie continue. Le Journal a pu constater sur place la présence de traces fraîches de cervidés dans la neige, le long de la voie ferrée, en direction de l’est de Montréal.

Selon la source : journaldemontreal.com

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