La fable du taureau et du nid de guêpes
Imaginez un puissant taureau. Agacé par les guêpes qui vrombissent autour de leur nid, il décide d’en finir. D’une charge, tête baissée, il pulvérise l’essaim, réduit l’habitat en charpie, écrase les alvéoles et tue plusieurs insectes. La victoire par la force brute semble totale. Mais que se passe-t-il si une seule guêpe, minuscule, parvient à se glisser dans son oreille ?
La piqûre, répétée à l’infini, rend le colosse fou. Il se rue dans toutes les directions, ses mouvements deviennent si convulsifs qu’il risque la chute mortelle d’une falaise ou une blessure fatale sur un rocher. C’est avec cette fable, attribuée à un certain Mario, que l’on peut illustrer une réalité complexe : avoir la supériorité militaire et l’impression de tout détruire ne garantit pas la victoire. Dans cette histoire, le taureau a-t-il vraiment gagné ?
La force ne suffit pas
C’est précisément cette nuance que Donald Trump aurait mal mesurée avant de déclencher son attaque contre l’Iran. Ou, selon une autre lecture des événements, avant d’y être entraîné par Israël. L’erreur d’évaluation ne porterait pas sur la puissance américaine, mais sur la capacité de l’Iran à semer le désordre dans le Golfe persique et à gripper les rouages de l’économie mondiale.
Lorsque le président américain et son secrétaire à la Défense multiplient les déclarations triomphantes sur leur supériorité militaire, ils ont à la fois raison et tort. Ils peuvent se vanter d’avoir littéralement écrasé l’armée iranienne et d’avoir infligé d’immenses dommages à ses infrastructures. Pourtant, ils passent à côté d’un point essentiel : l’Iran conserve intacte sa capacité de nuire.
L’impasse de l’intervention au sol
Comment anéantir totalement cette menace ? De l’avis de nombreux experts, la tâche s’avère quasi impossible sans une intervention terrestre. Seul le déploiement de soldats au sol, risquant leur vie pour sécuriser le territoire, pourrait potentiellement éradiquer les capacités de nuisance iraniennes. Une option que Donald Trump ne pourrait jamais se permettre pour des raisons politiques évidentes.
Le calcul est donc complexe. La puissance aérienne et technologique permet de détruire des cibles précises et de neutraliser une armée conventionnelle. Elle reste cependant limitée face à des forces plus diffuses, capables d’opérer avec un équipement minimal depuis des positions difficiles d’accès. C’est là que réside le principal défi pour la stratégie américaine.
Ormuz : le détroit de tous les dangers
Le détroit d’Ormuz est l’exemple parfait de cette asymétrie. Considéré comme le premier goulot d’étranglement de l’économie mondiale, ce passage est vital pour le transport du pétrole. Or, l’Iran menace de faire feu sur n’importe quel navire qui s’y aventure, y compris les gigantesques pétroliers. Dans ce canal relativement étroit, les bateaux deviennent extrêmement vulnérables aux tirs provenant de la rive.
Depuis les côtes rocheuses qui bordent le détroit, des forces iraniennes équipées de manière sommaire pourraient causer des dommages terribles. Des tirs de canon, des lance-missiles ou des attaques de drones suffiraient à paralyser le trafic. Sans un débarquement pour prendre le contrôle de l’ensemble de ce territoire côtier, il sera pour ainsi dire impossible de rendre le passage entièrement sécuritaire.
Tant que l’Iran maintiendra cette menace, la peur règnera dans le détroit d’Ormuz. Conséquence directe : le prix du baril de pétrole se maintiendra à un niveau préjudiciable pour l’économie. De plus, les fluctuations du cours de l’or noir continueront de faire vivre des semaines angoissantes aux marchés financiers.
Un calcul qui pourrait coûter cher
L’auteur de l’analyse initiale exprime un souhait personnel : « Je rêverais de voir tomber le régime iranien, pour le bien du monde. » Cependant, il confie qu’après deux semaines de cette guerre, une conviction s’est forgée en lui, une conclusion amère qui remet en cause la stratégie américaine.
Cette conviction se résume en une phrase : « Donald Trump a mal fait ses calculs. » Une erreur d’appréciation dont les conséquences, selon lui, ne se limiteront pas à la région. Elles pourraient bien s’étendre à l’échelle planétaire, comme le suggère sa dernière pensée : « Nous allons tous payer pour ça. »
Selon la source : journaldemontreal.com