Des archéologues découvrent un ancien camp militaire romain caché à 7 000 pieds d’altitude
Auteur: Mathieu Gagnon
Une forteresse dans le ciel des Alpes suisses
L’armée romaine n’avait manifestement pas le vertige. La preuve ? La découverte d’un camp militaire vieux de 2 000 ans, perché à plus de 2 100 mètres d’altitude (7 000 pieds) au cœur des Alpes suisses. Cette trouvaille inattendue vient éclairer d’un jour nouveau la présence et les stratégies des légions romaines dans la région.
Dans le cadre de recherches sur l’histoire de l’armée romaine sur le territoire de l’actuelle Suisse, un bénévole a mis au jour ce camp jusqu’alors inconnu. Selon un communiqué traduit du Canton des Grisons, son emplacement n’a rien d’anodin : il était stratégiquement positionné pour offrir une vue tactique imprenable sur les vallées et les cols environnants.
La découverte fortuite d’un bénévole
Depuis 2021, une équipe de l’Université de Bâle, en collaboration avec le Service archéologique des Grisons, menait des recherches sur le paysage de la région de Crap Ses, située entre Cunter et Tiefencastel. Le projet se concentrait initialement sur un champ de bataille romain identifié dans les Alpes de l’Oberhalbstein, dans l’est de la Suisse.
Mais les recherches ont pris une tournure radicalement différente à l’automne 2023. Un volontaire participant au projet a repéré ce que le communiqué officiel décrit comme « une structure de terrain frappante dans le couloir de Colm la Runga ». Ce site se trouvait à environ 900 mètres (3 000 pieds) au-dessus du champ de bataille étudié.
Quand la technologie révèle le passé
Pour investiguer ce site au sommet d’une colline, l’équipe a eu recours à des technologies de pointe. Un modèle numérique de terrain à haute résolution et des données LiDAR ont été employés. La technologie LiDAR utilise un balayage laser du sol pour révéler les moindres différences de hauteur, les traduisant en une image en niveaux de gris. Dans le couloir de Colm la Runga, cette méthode a fait apparaître le profil clair de la fortification artificielle du sommet.
Les archéologues ont ainsi pu identifier non seulement les fossés, mais également le mur du camp. Restée intacte pendant deux millénaires, cette fortification se composait de trois fossés et d’un mur doté de remparts. Le camp offrait une vue panoramique sur quatre vallées clés : Landwassertal, Albulatal, Domleschg et Surses, ainsi que sur Lenzerheide, un passage montagneux très fréquenté.
Les indices laissés par la 3ème Légion
Au mois d’août, une équipe d’étudiants de l’Université de Bâle, accompagnée de bénévoles, a entrepris d’étudier les structures à l’intérieur du système de murs et de fossés. Les premières fouilles ont déjà livré des armes et de l’équipement ayant appartenu à des soldats romains. Parmi les trouvailles, on compte des clous de chaussures et des projectiles de fronde en plomb.
Ces projectiles se sont avérés être une pièce maîtresse du puzzle. Certains portent en effet le sceau de la 3ème Légion romaine. C’est un indice crucial, car cette même légion était impliquée dans la bataille de Crap Ses. Ce lien évident entre le champ de bataille et le camp nouvellement découvert a été renforcé par la datation des artefacts, qui les rattache à la même période, il y a environ 2 000 ans.
Une nouvelle page de l’histoire romaine en Suisse
Cette découverte permet aux experts de retracer avec une précision accrue l’avancée des forces romaines il y a deux millénaires. Elle démontre leur progression depuis Bergell, en passant par le col du Septimer jusqu’à la région de Tiefencastel, puis de là vers Coire et la vallée du Rhin alpin. Le perchoir offrait aux soldats romains stationnés dans le camp un point d’observation parfait pour repérer toute approche ennemie.
Le communiqué du canton conclut que la « découverte sensationnelle d’un camp militaire romain dans les Grisons montre une fois de plus que la recherche archéologique sur la ‘Suisse romaine’ réserve encore de grandes surprises ». Une affirmation qui laisse présager d’autres révélations potentielles, cachées sous les paysages alpins.
Selon la source : popularmechanics.com