Cette Super-Terre pourrait abriter la vie, à seulement 10 années-lumière de nous
Auteur: Mathieu Gagnon
Une nouvelle voisine prometteuse dans notre galaxie
Une planète récemment découverte, gravitant autour de l’étoile GJ 887, pourrait bien être l’objet le plus proche de la Terre offrant de sérieuses perspectives pour abriter la vie. Sa confirmation ne sera pas simple, mais les premiers indices sont intrigants. Baptisée « super-Terre », elle posséderait une masse plus de six fois supérieure à celle de notre planète et bénéficierait de températures que l’on pourrait qualifier de tropicales.
Ce qui rend cet astre particulièrement intéressant, c’est l’activité de son étoile. GJ 887 est une naine rouge remarquablement calme. Sa faible activité éruptive augmente considérablement les chances que la planète ait pu conserver une atmosphère substantielle, un atout majeur que ne possèdent pas la plupart des mondes tournant autour de ce type d’étoile.
L’atmosphère, clé de la véritable habitabilité
La recherche de vie au-delà de notre système solaire est aujourd’hui largement guidée par la quête d’eau liquide, ou du moins de conditions permettant son existence. Les scientifiques parlent de « zone habitable » pour désigner cette région orbitale où il ne fait ni trop chaud, ni trop froid pour que l’eau puisse exister à l’état liquide à la surface d’une planète.
Cependant, la présence d’eau ne suffit pas. Sans une atmosphère pour exercer une pression suffisante, cette eau s’évaporerait instantanément dans l’espace. De nombreuses planètes situées dans la zone habitable de leur étoile sont ainsi suspectées d’en être dépourvues, anéantissant leurs chances de vie. Le cas de la nouvelle planète orbitant GJ 887 se distingue : elle a de bien meilleures chances d’avoir conservé son enveloppe gazeuse et de se trouver donc dans une zone réellement, et pas seulement théoriquement, habitable.
GJ 887, une étoile proche et son cortège planétaire
L’étoile au centre de ce système, GJ 887, est bien connue des astronomes sous plusieurs noms : Gliese 887, HD 217987 ou encore Lacaille 9352. Située à 10,7 années-lumière, elle est la 16ème étoile la plus proche du Soleil et la 8ème étoile solitaire la plus proche de nous. En 2020, une première étude avait déjà révélé la présence de deux planètes autour d’elle, mais toutes deux étaient bien trop proches de leur astre, et donc trop chaudes, pour abriter de l’eau liquide.
Cette découverte initiale était déjà importante, car des planètes si proches offrent des opportunités d’étude uniques. Mais l’article scientifique de l’époque laissait entrevoir les signes d’une troisième planète. Si elle était réelle, celle-ci recevrait une quantité de chaleur à peine supérieure à celle que la Terre reçoit du Soleil. Les auteurs précisaient alors que les observations pouvaient s’expliquer aussi bien par la présence de cette planète en zone habitable que par de simples distorsions du signal, moins excitantes. Cinq années d’observations supplémentaires ont finalement levé le doute et confirmé son existence.
Portrait-robot d’une super-Terre nommée GJ 887 d
La planète confirmée, désormais nommée GJ 887 d, boucle son orbite en 50,7 jours. Une année bien plus courte que celle de Mercure, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il s’agisse d’une fournaise. En effet, son étoile, GJ 887, ne fait que la moitié de la masse du Soleil et dégage moins de 4 % de sa luminosité. Les températures à sa surface devraient donc être modérément plus élevées que sur Terre, bien qu’un puissant effet de serre puisse changer la donne.
Le calme de son étoile est un atout majeur. Les étoiles de faible masse émettent souvent de puissantes éruptions capables d’arracher l’atmosphère des planètes voisines. C’est probablement pour cette raison que Proxima b, l’exoplanète la plus proche de nous, n’a plus d’atmosphère et donc aucune chance d’abriter la vie. GJ 887 est une exception. Il est possible que cette quiétude ne soit qu’une phase temporaire, mais l’éventualité qu’elle soit permanente est une perspective fascinante pour les scientifiques.
Avec une masse d’au moins 6,1 fois celle de la Terre, GJ 887 d possède une gravité bien plus forte. Si cela compliquerait un éventuel vol spatial, cette forte attraction augmente ses chances de retenir solidement son enveloppe de gaz. Le risque, cependant, est que cette atmosphère soit un peu trop épaisse, faisant de GJ 887 d non pas une version géante de la Terre, mais plutôt une « mini-Neptune » gazeuse.
Un monde fascinant mais difficile à observer
La plupart des exoplanètes qui ont le plus enthousiasmé les astronomes se situent à des distances d’environ 40 années-lumière. À un quart de cette distance, GJ 887 d présente de nombreux avantages en tant que cible de recherche. Malheureusement, elle a aussi un inconvénient de taille. Contrairement à la majorité des planètes découvertes, elle ne passe pas devant son étoile du point de vue de la Terre. Ce phénomène, appelé transit, est crucial car il permet d’analyser la composition d’une atmosphère en étudiant comment elle filtre la lumière de son étoile. Sa découverte a donc été réalisée par une autre technique, la méthode des vitesses radiales.
La distance de GJ 887 et l’écart entre l’étoile et la planète placent GJ 887 d à la limite de ce que le futur Observatoire des Mondes Habitables (Habitable Worlds Observatory) pourra détecter. Comme l’écrivent les auteurs de l’étude : « GJ 887 est un système fascinant pour de futures études. C’est une naine M proche et, par conséquent, brillante, hébergeant un minimum de quatre planètes, y compris une planète de masse super-Terre, une de masse terrestre, et potentiellement des planètes de masse sub-terrestre. Au moins une des planètes se trouve dans la zone habitable. »
Un système planétaire plus riche qu’imaginé
L’étude ne s’arrête pas là. Elle annonce également la découverte d’une quatrième planète, jusqu’alors insoupçonnée, avec une orbite de seulement 4,4 jours, la rendant férocement chaude. Les données suggèrent même l’existence d’une autre planète potentielle, non confirmée, dont l’orbite serait deux fois plus courte encore.
Ces travaux viennent s’ajouter à une autre étude, publiée l’année dernière, qui soulevait la possibilité qu’une planète géante se trouve bien plus loin en orbite autour de l’étoile GJ 887. Le système planétaire de notre proche voisine s’avère donc plus complexe et peuplé que prévu. L’ensemble de ces recherches est publié en accès libre dans la revue scientifique Astronomy and Astrophysics.
According to the source: iflscience.com