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Un impact d’astéroïde a laissé ces étranges billes de verre, mais le cratère reste introuvable
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un secret de verre enfoui au Brésil

C’est une découverte qui remonte le temps de plusieurs millions d’années. Une équipe internationale de scientifiques vient de mettre au jour la preuve d’un impact de météorite jusqu’alors inconnu, survenu il y a environ 6,3 millions d’années dans le nord-est du Brésil. L’indice ? Pas un cratère béant, mais des milliers de petites billes de verre naturel disséminées sur une zone immense.

Ces roches, appelées tectites, se forment lorsque la chaleur d’un impact cosmique est si intense qu’elle fait fondre la roche terrestre avant de l’éjecter dans l’atmosphère, où elle se refroidit brutalement. Les chercheurs ont identifié ce que l’on nomme un « champ de dispersion » s’étendant sur 900 kilomètres de long. Si la preuve de la collision est désormais établie, un mystère de taille demeure : le cratère d’origine reste, pour l’heure, parfaitement introuvable.

La Terre, une planète qui cache bien ses cicatrices

Au cours de ses 4,6 milliards d’années d’existence, notre planète a connu son lot de rencontres violentes avec des corps célestes. Aucune n’égale la collision cataclysmique avec Théia, un corps de la taille d’une protoplanète dont l’impact aurait donné naissance à la Lune. Peu atteignent l’intensité de l’astéroïde de 6,2 miles de large qui a mis fin au règne des dinosaures. Ces événements majeurs ont laissé des traces que la science peut aujourd’hui étudier.

Pourtant, pour la plupart des collisions plus modestes qui ont ponctué son histoire, la Terre est une experte en dissimulation. Contrairement à des astres comme Mercure ou Mars, qui conservent leurs cratères quasi intacts faute d’activité tectonique et d’érosion intense, notre planète efface ses blessures. L’activité géologique et l’érosion par l’eau et le vent recouvrent ou gomment les preuves de ces impacts traumatisants.

Il a fallu des décennies, voire des siècles, pour que les scientifiques commencent à exhumer ces souvenirs oubliés. La découverte au Brésil s’inscrit dans cette quête patiente, révélant un nouveau chapitre de l’histoire mouvementée de la Terre grâce à ces fameuses tectites.

Les tectites, larmes de la Terre après un choc

Le mot « tectite » vient du grec *tektos*, qui signifie « fondu ». Une étymologie qui décrit parfaitement leur origine. Ces roches naissent lorsque des débris terrestres, riches en quartz, sont projetés hors d’un cratère d’impact avec une énergie telle qu’ils sont chauffés à l’extrême puis refroidis à toute vitesse. Ce processus leur donne cet aspect vitreux si particulier.

Le plus grand champ de tectites connu, le champ australasien, couvre près de 10 % de la surface du globe. D’autres ont été identifiés en Europe centrale, en Côte d’Ivoire, en Amérique du Nord et au Belize. Mais jusqu’à cette nouvelle étude, publiée dans la revue Geology, aucune n’avait jamais été formellement découverte en Amérique du Sud.

« Cette croissance de la zone de découverte est tout à fait cohérente avec ce que l’on observe dans d’autres champs de tectites à travers le monde », explique dans un communiqué de presse Álvaro Penteado Crósta, auteur principal de l’étude de l’Institut de Géosciences de l’Université d’État de Campinas. « La taille du champ dépend directement de l’énergie de l’impact, entre autres facteurs. »

Portrait des « geraisites », les perles noires du Brésil

Chaque famille de tectites reçoit un nom. Celles-ci ont été baptisées « geraisites », en l’honneur de l’État brésilien de Minas Gerais, où les premiers spécimens de ce champ de 900 kilomètres ont été trouvés. Les chercheurs estiment que plus de 600 geraisites ont été découvertes sur le site. Leurs tailles et poids varient, allant d’un simple gramme à 85,4 grammes pour les plus massives.

À première vue, elles semblent noires et opaques. Mais lorsqu’on les examine à la lumière, elles révèlent une surprenante teinte bleu-vert translucide. Toutes arborent les formes aérodynamiques typiques des tectites, sculptées par leur course à travers l’atmosphère : sphères, ellipsoïdes, disques ou gouttelettes. Un autre détail les caractérise : leur surface est criblée de petites cavités.

« Ces petites cavités sont des traces de bulles de gaz qui se sont échappées lors du refroidissement rapide du matériau en fusion alors qu’il traversait l’atmosphère, un processus également observé dans la lave volcanique mais particulièrement caractéristique des tectites », précise Álvaro Penteado Crósta.

L’enquête continue pour retrouver le point d’impact

Alors, d’où viennent exactement ces tectites et quand se sont-elles formées ? Grâce à la datation par isotopes de l’argon, l’équipe de recherche a pu estimer que l’impact de la météorite a eu lieu il y a 6,3 millions d’années au maximum. L’analyse de la composition des roches suggère qu’elles proviennent d’une croûte archéenne vieille de 3 milliards d’années. Le candidat le plus probable pour leur origine est donc le craton de São Francisco, le cœur géologique du continent sud-américain.

Pourtant, le plus grand mystère demeure. Álvaro Penteado Crósta et son équipe n’ont trouvé aucune trace du cratère. Étant donné la taille du champ de dispersion, celui-ci devrait être de taille conséquente. Les auteurs de l’étude rappellent que la moitié des champs de tectites connus sur Terre ne sont pas associés à un cratère visible. L’espoir n’est pas perdu pour autant.

Les scientifiques comptent sur de futures études magnétiques et gravimétriques pour peut-être détecter la structure annulaire caractéristique d’un cratère ancien et érodé, caché sous la surface près du Minas Gerais. Une chose est sûre : ce chapitre particulier de l’histoire géologique de l’Amérique du Sud est encore loin d’être refermé.

Selon la source : popularmechanics.com

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