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Crise démographique : Moscou veut orienter les femmes sans enfant vers des psychologues
Crédit: Kremlin.ru, Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

Une nouvelle directive au sein des cabinets médicaux

Face à une situation démographique jugée critique, le ministère russe de la Santé déploie une nouvelle stratégie. Une directive récente recommande désormais au corps médical d’orienter les femmes qui affirment ne pas vouloir d’enfants vers des professionnels de la santé mentale. L’objectif de cette démarche est de les amener à reconsidérer leur choix de vie.

Le document officiel, dont l’Agence France-Presse (AFP) a pu prendre connaissance ce jeudi, détaille précisément la marche à suivre. Il indique que les médecins doivent inciter ces patientes « à une consultation avec un psychologue dans l’objectif de former une attitude positive à l’égard de la maternité ». Il s’agit d’une approche institutionnelle inédite pour tenter de relancer les naissances dans le pays.

Si la révélation de cette mesure est toute récente, sa validation remonte à plusieurs mois. Ces recommandations spécifiques ont en effet été approuvées à la fin du mois de février. Elles n’ont toutefois été rendues publiques que cette semaine, par l’intermédiaire de différents médias russes.

Un suivi médical annuel différencié

Pour appliquer cette recommandation, le document cible une tranche d’âge bien définie de la population féminine. Les médecins sont tenus d’inviter les femmes âgées de 18 à 49 ans à se présenter à des consultations médicales organisées de façon annuelle. Le but affiché de ces rendez-vous réguliers est d’« évaluer leur santé reproductive ».

Le protocole mis en place s’adresse parallèlement aux hommes se trouvant dans la même tranche d’âge. Ces derniers sont, eux aussi, conviés à des visites médicales annuelles dans le cadre de ce suivi national de santé.

Cependant, le parcours de soins diffère sensiblement selon le sexe du patient. Si les hommes de 18 à 49 ans sont examinés, c’est uniquement dans l’optique d’évaluer leur état de santé physique. Aucune orientation vers des psychologues n’est prévue pour eux en cas de réticence à la paternité.

Des indicateurs démographiques au plus bas

Cette politique sanitaire s’inscrit dans un contexte chiffré particulièrement inquiétant pour les autorités. Actuellement, le taux de natalité en Russie a chuté pour atteindre environ 1,4 enfant par femme. Selon les données historiques, il s’agit du niveau le plus bas enregistré dans le pays depuis 200 ans.

Ce chiffre se situe très en deçà du taux de renouvellement des générations. Les démographes estiment en effet que le seuil de 2,1 enfants par femme est le minimum indispensable pour parvenir à stabiliser la population à long terme.

Cette fragilité démographique préexistante s’est accentuée au cours de la période récente. Depuis le lancement de l’offensive contre l’Ukraine en février 2022, la situation a pris une tournure plus sévère. Des centaines de milliers de jeunes hommes ont été envoyés sur le front, aggravant directement le problème de la natalité sur le territoire russe.

Le discours d’urgence du Kremlin

Le déclin du taux de natalité n’est pas un sujet nouveau au sommet de l’État. Il constitue l’une des principales préoccupations du président Vladimir Poutine depuis son arrivée au pouvoir il y a maintenant 25 ans. Au fil des décennies, le chef de l’État a régulièrement abordé ce défi devant la nation.

Aujourd’hui, le maître du Kremlin présente la diminution de la population russe non plus comme un simple enjeu social, mais comme une véritable question de survie nationale. Le ton employé dans ses discours officiels reflète une urgence grandissante face aux statistiques.

Lors d’une prise de parole en 2024, le dirigeant a lancé un avertissement particulièrement dramatique. Il a affirmé que la Russie serait purement et simplement confrontée à « l’extinction » si elle ne parvenait pas à augmenter rapidement son taux de natalité.

Un arsenal législatif et des incitations financières

L’initiative du ministère de la Santé complète un arsenal législatif et social déjà largement remanié ces dernières années. Dans sa quête de relance démographique, Moscou a progressivement durci la législation entourant le recours à l’avortement, limitant ainsi les possibilités d’interruption de grossesse.

Sur le plan idéologique, l’État a également légiféré pour encadrer les discours publics autour de la parentalité. Des lois ont été adoptées afin de rendre illégale ce qui est officiellement qualifié de « propagande child-free », visant les mouvements valorisant la vie sans enfant.

Dans cette même dynamique, les autorités déploient d’importants efforts de communication et de soutien matériel. Les familles nombreuses sont désormais glorifiées dans les médias nationaux. En guise de soutien concret, elles bénéficient d’une multitude d’avantages financiers et sociaux accordés directement par l’État pour encourager les naissances.

Selon la source : tvanouvelles.ca

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