Un navire légendaire de la Seconde Guerre mondiale coule sans avertissement et réapparaît, presque intact, 82 ans plus tard
Auteur: Mathieu Gagnon
La découverte inattendue dans les profondeurs de l’océan

En fin d’année 2023, la Marine royale australienne mène une mission sans aucun lien avec la recherche d’épaves. C’est au cours de cette opération que se produit une trouvaille inopinée. Un imposant navire militaire de 314 pieds de long, l’USS Edsall, est localisé à environ 200 miles à l’est de l’île Christmas, au sud de l’île de Java en Indonésie.
Englouti le 1er mars 1942 sous les tirs de l’armée japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale, le destroyer repose aujourd’hui à la verticale sur le fond marin. Fait notable après près de 82 ans passés sous l’eau, l’imposante structure métallique a été retrouvée en grande partie intacte. Les experts ont consacré environ une année entière à examiner l’épave à l’aide de sonars et de robots sous-marins.
Cette minutieuse investigation visait à certifier qu’il s’agissait bien de l’USS Edsall, et non de l’USS Pillsbury, un bâtiment de la même classe connu pour avoir coulé dans ce secteur. L’identification formelle a finalement été officialisée le jour des anciens combattants en 2024. Le chef de la Marine royale australienne, Mark Hammond, a souligné dans un communiqué que la détection a été rendue possible par des « systèmes robotiques et autonomes avancés normalement utilisés pour des capacités de levés hydrographiques ».
L’évolution d’un destroyer d’une guerre à l’autre

L’histoire de ce destroyer de la classe Clemson prend racine lors de la Première Guerre mondiale, période de sa mise en service initiale. Le bâtiment militaire a par la suite été stationné en Asie, une affectation qui a couru de 1920 jusqu’à ce jour fatidique de mars 1942. Au fil de ces déploiements, l’équipage a pris part à de très nombreux exercices militaires.
Le destin opérationnel du navire prend un premier tournant à cause d’une défaillance technique. Une charge de profondeur larguée depuis le pont explose prématurément, provoquant des dommages importants sur la propre structure du vaisseau. Cette avarie limite fortement sa capacité de manœuvre, ce qui pousse la hiérarchie à le déclarer inapte au combat direct. L’USS Edsall est alors relégué à des tâches d’escorte de convoi.
Le jour de son ultime affrontement, la trajectoire du navire suggère qu’il se dirigeait peut-être pour porter secours à un pétrolier, l’USS Pecos. Ce navire logistique transportait à son bord des centaines de survivants tout juste récupérés sur d’autres bâtiments endommagés. Selon les indications d’une déclaration de Lisa Franchetti, chef des opérations navales de la marine américaine, l’USS Edsall comptait plus de 200 militaires ce jour-là, précisément 185 membres du personnel de la marine américaine et 31 pilotes de l’armée de l’air américaine.
La stratégie d’esquive de la « Souris dansante »

Bien que son navire ait été déclassé pour le combat, le capitaine Joshua Nix décide d’engager le face-à-face lorsqu’il croise la route d’un convoi japonais. Les archives officielles retraçant l’historique du vaisseau ont été compilées par Samuel Cox, contre-amiral de la marine américaine à la retraite et actuel directeur du Commandement de l’histoire et du patrimoine naval.
Les rapports issus des navires japonais de l’époque décrivent une scène étonnante, affirmant que le bâtiment américain s’est comporté comme une « Souris dansante japonaise », une référence à un animal de compagnie très populaire en ce temps-là. Ce surnom de « Souris dansante » tire son origine des tactiques de survie employées par l’équipage. Le navire a alterné habilement les changements de vitesse et de direction, tout en dissimulant sa position derrière d’épais écrans de fumée au cours de ses manœuvres.
Grâce à cette mobilité imprévisible, le destroyer est parvenu à échapper à des navires ennemis significativement mieux armés pendant plus d’une heure. Loin de se cantonner à la fuite, le capitaine Nix a ordonné de riposter aux tirs attaquants. Les marins ont notamment procédé au lancement de torpilles contre la flotte adverse, sachant que le navire ne disposait que d’un stock très limité de neuf unités à son bord.
L’assaut des bombardiers et l’ultime provocation

La disproportion des forces en présence finit par avoir raison de l’équipage américain. Ne parvenant pas à couler le fuyard, l’adversaire fait appel à un renfort aérien massif composé de 26 bombardiers en piqué japonais. D’après les analyses historiques, c’est l’impact d’une seule bombe qui est considéré comme le coup fatal porté à l’USS Edsall.
Juste avant d’émettre l’ordre d’abandonner le bâtiment chavirant, le capitaine pose un acte de défiance mémorable. Il donne l’instruction d’orienter la proue du navire pour la pointer directement vers les chasseurs japonais. Comme l’a relaté Samuel Cox au journal Washington Post pour illustrer ce geste : « C’est une version maritime du doigt d’honneur. »
L’emplacement de l’épave, ainsi que la dernière demeure de la plupart des militaires présents, sont restés une énigme pendant plus de huit décennies. Samuel Cox précise que seule une poignée de survivants a pu s’échapper, avant de périr plus tardivement dans un camp de prisonniers ennemi. Dans une déclaration officielle rendant hommage à ces hommes, Caroline Kennedy, ambassadrice des États-Unis en Australie, a affirmé : « Le capitaine Joshua Nix et son équipage se sont battus vaillamment ».
Un lien indéfectible scellé par l’histoire du Pacifique
La localisation inespérée de l’USS Edsall remet en lumière l’importance stratégique des déploiements conjoints dans la région pacifique. Mark Hammond a tenu à souligner publiquement la valeur de cette mémoire militaire. « L’USS Edsall a servi vaillamment pendant la Seconde Guerre mondiale, plus particulièrement lors des premières campagnes du Pacifique », a-t-il déclaré.
Le chef de la Marine royale australienne a pris soin de détailler l’implication spécifique du navire bien avant son naufrage face aux bombardiers. « Il a opéré aux côtés des navires de guerre australiens protégeant nos côtes et a joué un rôle dans le naufrage du sous-marin japonais I124 au large de Darwin », mentionne son communiqué officiel.
Ces missions communes passées résonnent comme les fondations d’une alliance toujours en vigueur. Mark Hammond termine son intervention en évoquant l’héritage humain de ces combats lointains. « Les efforts conjoints dans des engagements tels que la bataille de la mer de Corail et la défense des territoires alliés dans le Pacifique ont forgé entre les marins américains et australiens des liens qui perdurent encore aujourd’hui. »
Selon la source : popularmechanics.com